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2014, la croissance, le mensonge et Cahuzac

Par Jacques Sapir

Par Jacques Sapir  |  21 avril 2013     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Les événements de ces derniers jours ont pu occulter l’aggravation continue de la situation économique en France comme dans le reste de l’Europe. La chute de la consommation dans trois des principales économies de la zone euro (France, Italie, Espagne) se confirme. Seule la consommation allemande progresse légèrement, mais elle ne pourra pas compenser l’effondrement de la consommation en France. On la redoutait, elle est en train de se produire.

Graphique 1

Source : Eurostat

Dans le même temps, l’investissement productif (formation brute de capital fixe) des entreprises continue de diminuer. Il faut ici noter qu’il n’avait jamais retrouvé les niveaux d’avant la crise, soit de la fin 2007. La baisse est continue depuis le 4ème trimestre de 2011, mais elle s’accélère sur le dernier trimestre de 2012.

Graphique 2

Source : INSEE

Ces éléments jettent une lumière crue sur les prévisions de la Commission européenne. Cette dernière, rappelons-le, prévoit pour la France une croissance de 1,2 % en 2014. Or, la croissance a trois moteurs : la consommation interne, l’investissement, et la différence (excédent ou déficit commercial) entre les exportations et les importations. Il est aujourd’hui très peu probable que l’on assiste à une amélioration spectaculaire du solde commercial. La demande restera en effet déprimée en Europe, et faible dans le reste du monde. Les problèmes budgétaires américains limiteront eux aussi la croissance. L’industrie française devra, de plus, s’accommoder d’un euro bien trop cher par rapport au dollar ou au yen (qui est à son plus bas niveau depuis 2009). Avec une consommation intérieure et un investissement en baisse, on ne voit pas d’où pourrait surgir cette croissance que l’on nous annonce.

Ajoutons que les pressions européennes pour faire réduire le déficit et la dette vont s’amplifier pour l’année 2014 [1]. Ces pressions sont d’ores et déjà relayées, en France même, par la Banque de France, institution qui porte désormais mal son nom puisqu’elle est aux ordres de la Banque centrale européenne : son gouverneur propose de réaliser 40 milliards d’économies [2]. De telles coupes claires achèveront de faire plonger l’économie française dans la spirale de récession. Certes, au gouvernement, Arnaud Montebourg, soutenu par Benoît Hamon et Cécile Duflot, s’est opposé à cette démarche, mais il n’en tire pas toutes les conséquences [3].

Dans ce contexte, compte tenu du dérapage des comptes publics - dû non pas à un excès de dépenses, mais à la contraction mécanique des recettes en raison d’une croissance en 2013 significativement en dessous des 0,8% prévus -, il faudra probablement que le gouvernement fasse l’équivalent d’un point de produit intérieur brut (PIB), soit 20 milliards d’euros, d’économies supplémentaires. Or, le multiplicateur des dépenses publiques étant largement supérieur à 1, ces économies devraient provoquer une nouvelle chute du PIB, sans doute de 24 à 28 milliards d’euros. Il manquera de toute manière de 10 à 13 milliards de recettes, soit entre 0,5 % et 0,7 % du PIB.

Dans le meilleur des scénarios, il faut donc s’attendre à une croissance de 0,5 % en 2014 (et non pas de 1,2%) et, au pire, à une croissance négative de -0,2%. Le déficit, pour l’année 2014, devrait atteindre au mieux 3,5 % et au pire 3,7 %, soit exactement le même chiffre qu’en 2013. Cela pose la question de la crédibilité des annonces gouvernementales. Et là, il convient de se rappeler ce que vient de déclarer Jérôme Cahuzac : “On me dit que j’ai menti sur ma situation personnelle. Cela veut dire quoi ? Qu’il y aurait des mensonges indignes et d’autres qui seraient dignes ? A ce compte-là, j’ai menti devant l’Assemblée sur la possibilité de réaliser les 3 % de déficit en 2013”. On peut être choqué par le cynisme de ces propos, mais il faut reconnaître leur vérité.

Où est le pire mensonge de Jérôme Cahuzac ? Dans une fausse déclaration de son patrimoine, certes éminemment condamnable mais qui n’a d’effets que sur lui-même ? Ou bien dans une fausse déclaration de nature politique, faite, elle aussi, devant l’Assemblée nationale ? Car, en tant que ministre du budget, il a, tant devant la commission des finances que devant l’Assemblée, affirmé que la croissance serait en 2013 de 0,8 % du PIB et le déficit de 3 %, alors que le gouvernement savait, au minimum depuis le mois d’octobre 2012, qu’il n’en serait rien.

Qu’un gouvernement et ses ministres fassent des prévisions et, ce faisant, pêchent par optimisme, est inévitable et ne doit pas leur être reproché. Mais que le ministre des finances et celui du budget maintiennent des prévisions qu’ils savent parfaitement fausses pose un vrai problème de moralité politique. Ou d’incompétence, c’est au choix. Avoir maintenu, de la mi-octobre 2012 à la fin février 2013, et contre toute évidence, les chiffres initiaux est un mensonge dont les conséquences sont beaucoup plus graves pour les Français. C’est ce mensonge-là qui appelle une sanction politique. Le mensonge sur son patrimoine qu’a commis Jérôme Cahuzac n’appelle, lui, qu’une sanction judiciaire, en France et probablement en Suisse s’il se confirme que l’ex-ministre a fait une déclaration mensongère à la banque Julius Baer.

Source  : http://russeurope.hypotheses.org/1132

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Notes

[1] Boursier.com, « Bruxelles pointe du doigt les déséquilibres macroéconomiques de la France », le 10 avril 2013, URL : http://www.boursier.com/actualites/economie/bruxelles-pointe-du-doigt-les-desequilibres-macroeconomiques-de-la-france-19342.html

[2] AFP/Le Figaro, « Noyer préconise 40 milliards d’économies », le 10 avril 2013, URL : http://www.lefigaro.fr/noyer-preconise-40-milliards-d-economies

[3]  Le Monde du 9 avril 2013 « Montebourg : “Cette politique d’austérité conduit à la débâcle ». URL : http://www.lemonde.fr/arnaud-montebourg-cette-politique-d-austerite-nous-entraine-dans-une-spirale-recessive





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