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A Dakar, un autre Forum social mondial : celui de la santé

Par Michèle Dessenne  |  8 février 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Le 6 février 2011, veille de l’ouverture du Forum social mondial, les participants au IVe Forum social mondial de la santé (FSMS) ont conclu leurs travaux et tracé les perspectives pour les deux années à venir. Deux décisions ont été actées : la création d’un « laboratoire politique » et l’organisation d’une deuxième conférence mondiale, en 2013, regroupant gouvernements et « société civile ».

D’abord, se mettre d’accord sur les mots et les concepts. Protection sociale et sécurité sociale ne recouvrent, en effet, ni les mêmes réalités ni les mêmes objectifs selon les continents et les pays. Tandis qu’en France la protection sociale comprend quatre branches de la Sécurité sociale (vieillesse, assurance maladie, accidents du travail/maladies professionnelles et famille), auxquelles s’ajoutent la dépendance, les assurances chômage, les personnes âgées et les personnes en situation de handicap, les pays d’Amérique latine et d’Afrique sont étrangers à cette codification.

Brésil, Venezuela, Equateur, Bolivie construisent actuellement une théorie de la protection sociale dans laquelle ils incluent également l’accès à l’eau potable, le logement, les transports publics, l’éducation, la qualité de l’environnement. Cette démarche « hors normes » crée un véritable bouillonnement d’idées. Elle interroge et bouscule les définitions historiques de la Sécu vue par les Européens de l’Ouest. Pour les Africains, encore très largement privés de protection sociale, le débat ne fait que commencer.

Le « laboratoire politique » dont la création a été décidée par le Forum social mondial de la santé (FSMS) vise donc à tracer des pistes pays par pays, région par région, pour conduire à l’universalité de la sécurité sociale et de la protection sociale. Quant à a conférence mondiale de 2013 - dont les Brésiliens seront sans doute la cheville ouvrière, comme pour la première édition en décembre 2010 – elle sera préparée par des initiatives locales, nationales et régionales. Reste encore à définir l’échelle des régions.

Une conférence andine (regroupant l’Amérique latine) sera à coup sûr organisée. Espérons que les Vénézuéliens, absents au FSMS de Dakar, y contribueront activement. Les Africains, eux, cherchent à s’appuyer sur les mouvements de jeunes et de femmes, « ceux et celles qui se bougent et portent l’espoir de changement ». Les organisations françaises présentes, l’Union des familles laïques (UFAL) notamment, proposent une initiative régionale francophone « Nord/Sud », incluant la France, la Belgique, les quatre pays du Maghreb, les 13 pays de la CDAO. Elle pourrait se tenir au Maroc.

Les organisations participant à ce IVe Forum ont conscience de l’ambition de leur démarche. Elles savent qu’elle englobe une pluralité de droits jusqu’alors objets de luttes sectorielles menées par des syndicalistes, des politiques et des associatifs, dans chaque pays comme au sein du Forum social mondial (FSM). Mais c’est justement la dimension politique impulsée par les représentants des mouvements sociaux brésiliens et du gouvernement du Brésil qui crée la dynamique. Une approche qui oblige à répondre à des questions clés : « Quel Etat voulons-nous ? que faisons-nous pour conquérir le pouvoir ? ».

Sur les deux fronts, résistances à la privatisation et au démantèlement des droits sociaux - comme en France et dans les pays de l’Union européenne - , et création d’alternatives politiques, le Forum social mondial de la Santé bouscule l’altermondialisme classique.

En savoir plus : www.fsms.org.br





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