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Au Chili, Sebastian Piñera triomphe, le centre-gauche est défait, la gauche de transformation confirme ses positions

Par Pedro Santander  |  23 décembre 2017     →    Version imprimable de cet article Imprimer

La réalité a fait voler en éclats les prédictions et tout ce qui était annoncé pour cette élection présidentielle au Chili. Au premier tour, personne ne s’attendait au résultat si faible de Sebastian Piñera, qui a obtenu 36,6 % quand tout le monde lui donnait au moins 45 %. Personne ne croyait non plus que le Frente Amplio (Front élargi), avec sa candidate Beatriz Sánchez, obtiendrait un si bon résultat (20,2 %), le plaçant à deux points du second tour.

Lors du deuxième tour, on s’est retrouvé dans la même situation : on entendait partout que le résultat serait très serré et que la compétition entre M. Piñera et Alejandro Guillier se réglerait à quelques voix près.

Même la droite s’attendait à une différence minime, d’une ou deux voix par bureau de vote. Mais rien ne s’est passé comme prévu. Piñera a devancé de neuf points le candidat officialiste – représentant le gouvernement de centre-gauche sortant – (54,5 % contre 45,4 %). On s’attendait aussi à une baisse de la participation, mais elle ne s’est pas vérifiée non plus : plus de sept millions de Chiliens ont voté, c’est à dire 329 000 de plus qu’en novembre dernier.

Que s’est-il passé ? Les analyses commencent lentement. Si l’on regarde seulement les chiffres, il est évident que la droite a réussi à mobiliser plus d’électeurs, au point d’augmenter la participation totale, ce qui est très rare pour un deuxième tour. Il semblerait que la campagne de la peur menée par la droite a été efficace. Ses partisans n’ont pas hésité à parler de « Chilezuela » (en référence au Venezuela). Ils ont également agité le spectre d’une forte augmentation du chômage en cas de gouvernement de gauche. La foule qui est allée applaudir le candidat Piñera dimanche soir scandait « le Chili est sauvé ! », « le Chili est sauvé ! ».

De son côté, la performance électorale de M.Guillier a été mauvaise. Lors de son discours le soir du second tour, il a admis « une dure et douloureuse défaite » et a parlé d’une triste nuit. L’officialisme a effectivement subi une lourde défaite. Au premier tour, tous les suffrages du centre et de la gauche additionnés promettaient un total de 3,621 millions de voix. Dimanche dernier, M. Guillier n’a recueilli que 3,154 millions de voix.

Mais le plus surprenant est le résultat de Piñera. Au premier tour, son résultat ajouté à celui du candidat « pinochetiste » José Antonio Kast représentait 2,939 millions de voix. Dimanche dernier, Piñera seul a recueilli 3,793 millions de suffrages, soit 854 000 de plus que la somme de toute la droite en novembre ; c’est leur meilleur résultat depuis la fin de la dictature.

Cela veut dire que même si tous les suffrages obtenus par le Frente Amplio étaient allés à Guillier, – ce qui ne s’est pas évidemment produit –, ils n’auraient pas été suffisants pour vaincre la droite. Différentes hypothèses cherchent à expliquer ce résultat. Par exemple, si nous considérons que tous les nouveaux électeurs (329 000) ont voté Piñera, ce dernier a quand même bénéficié d’un transfert de 527 000 voix obtenues au premier tour par des candidats qui n’appartiennent pas à la droite. Par ailleurs, il n’est pas possible d’écarter totalement l’hypothèse d’un mouvement générationnel à l’origine d’un transfert de voix. Ici, des jeunes ayant voté lors du premier tour se seraient abstenus au deuxième. En revanche, des électeurs plus âgés, qui s’étaient abstenus au premier tour, seraient allés eux voter dimanche 17 décembre. Il semble évident aussi que la droite s’est vraiment crue menacée, d’où le succès de la mobilisation de toutes ses réserves.

Ce résultat constitue une énorme défaite pour le gouvernement en place, qui, entre les deux tours, a appuyé fortement le candidat Guillier et a revendiqué avec force les réformes (tièdes) de la présidente Michelle Bachelet. Cette dernière se voit contrainte de transférer une deuxième fois le pouvoir à Piñera, après le précédent de 2011.

Cependant, à quelques voix près, la droite n’est pas majoritaire au Congrès. A la Chambre des députés, elle dispose de 47 % des sièges, c’est-à-dire de 72 élus sur 150 ; il ne lui manque que trois sièges pour disposer de la majorité simple. Elle ne pourra pas remettre en cause facilement les réformes déjà approuvées, telle que la réforme fiscale ou celle concernant les questions de genre. En revanche, la possibilité de réformer la Constitution chilienne, qui date de 1980, donc de l’époque Pinochet, s’est éloignée. Piñera sera obligé de faire des alliances pour gouverner. Les regards se tournent vers la Démocratie chrétienne, parti soumis à des fortes tensions actuellement, ce qui empêche de savoir quel sera son comportement. Un secteur de ce parti a sûrement voté Piñera. Par ailleurs, la coalition au pouvoir, la Nouvelle majorité, est pratiquement à terre. Elle s’est présentée divisée au premier tour, ses résultats ont été mauvais et elle affronte maintenant sur sa gauche le Frente Amplio.

Ce dernier connaît son heure de gloire. Il incarnera l’opposition le plus forte face à Piñera. Il a donné des signes d’unité, de maturité et d’audace politique pendant ces quelques jours d’une rare intensité où le fascisme « pinochetiste » a de nouveau pointé le bout de son nez au Chili. Le Front dispose de l’énergie nécessaire pour faire face au cycle d’intensification néolibérale et de restauration conservatrice qui s’abat sur le Chili.

Se termine ainsi un cycle politique initié en 1990 avec la restauration de la démocratie. Hélas, il se clôt à droite. La principale responsabilité pour expliquer cette situation revient à la « Concertation » (l’actuelle Nouvelle majorité). Cette dernière a mené une politique de plus en plus droitière et néolibérale au fur et à mesure de ses victoires électorales, en oubliant les principes qui inspirèrent les luttes des milliers de Chiliens et Chiliennes assassinés ou détenus disparus pendant la dictature, celle-là même que les partisans de Sebastian Piñera ont applaudi dimanche 17 décembre.

 

Pedro Santander est chercheur au Centre stratégique latino-américain de géopolitique (CELAG) 

Article publié le 18 décembre 2017 : http://www.celag.org/elecciones-presidenciales-chile-pinera-arrasa-oficialismo-se-derrumba-la-izquierda-afirma-posiciones/

Traduction : Rosa Gutierrez

Illustration : Roberto Herrera Pellizzari

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