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Une correspondance de Guadalajara

Au Mexique, du sang et de l’espoir

Par Pierre Beaudet  |  16 novembre 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Au Mexique, une violence extrême gangrène les régions proches de la frontière où les cartels de la drogue constituent un État dans l’État. Le trafic rapporte des milliards de dollars, ce qui permet d’acheter policiers, juges, avocats, douaniers, journalistes, politiciens. Ceux qui résistent deviennent des cibles. La semaine dernière, le ministre de l’intérieur, José Francisco Blake, est mort dans un mystérieux accident d’hélicoptère. Dans la rue, la plupart des gens pensent que c’est un attentat, d’autant plus que c’est le deuxième ministre à périr en quelques mois ! Depuis 2006, 35 000 personnes ont été tuées, selon le gouvernement mexicain. Comparaison macabre mais instructive, moins de civils sont morts en Afghanistan depuis 2001 dans le cadre des affrontements entre les forces de l’OTAN et les insurgés.

Fait à noter, selon l’organisme de droits humains, Human Righs Watch, plusieurs personnes sont victimes des forces de l’« ordre ». Des policiers et soldats commettent en effet des assassinats extrajudiciaires, pratiquent la torture, séquestrent des gens sans mandat. La « guerre contre la drogue » décrétée par le président Felipe Calderón au début de son mandat s’est avérée un désastre à tous les niveaux. Pour l’opinion mexicaine, en effet, Calderón a cédé trop facilement aux pressions états-uniennes qui veulent que le Mexique « règle » un problème qui est surtout le problème des États-Unis.

Si la guerre frappe surtout le nord du pays, la situation est explosive ailleurs. Dans l’Etat de Michoacán, on assassine des chefs de la police (six depuis le début de 2011), des maires (Ricardo Guzman, tué en pleine rue alors qu’il faisait campagne pour la candidate du Parti d’action nationale, le PAN) et des citoyens « ordinaires », comme ces 28 personnes tuées en juin dernier parce qu’elles se trouvaient sur le chemin des narcos. Il y a quelques jours, l’élection provinciale s’est terminée par la victoire du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), mais aussi bien le PAN (droite) que le Parti de la révolution démocratique (centre-gauche), accusent le PRI d’être de mèche avec les trafiquants. Chose certaine, plusieurs milliers d’électeurs n’ont pu voter, intimidés par la présence d’hommes encagoulés.

À Guadalajara, ces misères semblent bien loin. Dans cette deuxième ville du pays (cinq millions d’habitants), la prospérité se mesure, entre autres, au fait que restaurants, bars et cafés regorgent de clients. « La plupart des quartiers », me dit le chauffeur de taxi, « sont sécurisés ». Je ne sais pas si je dois être rassuré ! Sur le campus de l’université Tech de Monterrey, les étudiants sont plutôt cyniques : « Le rêve est de partir » affirme Carlos Roque, qui termine son bac en relations internationales. El Norte est la porte de sortie pour les milliers de paysans qui traversent la frontière illégalement, mais aussi pour un grand nombre de diplômés qui aboutissent dans les emplois subalternes et mal payés dont les États-uniens ne veulent pas. Ces jeunes, ceux qui restent et ceux qui s’en vont, ont perdu confiance.

Au-delà de ces fractures, ce qui frappe est l’exclusion sociale. Plus de 40% des habitants de Guadalajara, pourtant l’une des villes les plus riches du pays, sont pauvres. 300 000 sont carrément dans la misère, surtout des ex-paysans fuyant la famine rurale. Carmen Venegas Herrera, chercheure à l’Université de Guadalajara, affirme que le gouvernement n’a aucune politique cohérente pour combattre cette pauvreté. Entre-temps, le Mexique se vante d’abriter le milliardaire le plus riche au monde, Carlos Slim. Depuis la libéralisation économique des années 1990, on observe la montée d’une couche d’ultra-riches qui ont profité des privatisations et de l’intégration de l’économie mexicaine dans le cadre de l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena).

Dans le Parc de la révolution, une cinquantaine de jeunes s’apprêtent à remiser les tentes qu’ils ont installées dans le cœur de Guadalajara depuis une semaine. Tout avait commencé avec une grande manifestation, le 15 octobre, sous une bannière simple : Nous voulons vivre, pas seulement survivre ! Depuis, les Indignados ont tenu des assemblées où tout le monde a eu la parole, sans chef, sans programme, sans déclaration, mais où s’est manifestée une galaxie de messages. Via la magie des réseaux sociaux, les jeunes sont restés branchés sur les occupations ailleurs au Mexique, mais aussi partout dans le monde. Certes, dans cette ville plutôt conservatrice, l’écho a été limité. « Mais on a l’impression que quelque chose commence à bouger », affirme Carlos. Il faut dire qu’ici, des réseaux activistes prolifèrent, comme cette plateforme La otra Guadalajara qui regroupe des mouvements, mais aussi des citoyens « ordinaires » et qui sont héritiers du mouvement zapatiste, certes affaibli, mais dont l’influence culturelle n’est pas négligeable. Aujourd’hui, l’occupation symbolique se termine. « Partie remise », dit-on dans le parc. Une grande assemblée citoyenne est convoquée pour dimanche.

Pour sa part, Carlos a décidé de rester au pays malgré le fait que ses cousins lui offrent un boulot à Orlando (Floride). Il ne désespère pas. Il va même voter à l’élection présidentielle de 2012 pour celui qui sera probablement le candidat du PRD, Andrés Manuel López Obrador, et qui avait perdu en 2006 dans un contexte que beaucoup de Mexicains ont vu comme une gigantesque fraude. Un pays insurgé (que John Reed avait magistralement raconté au moment de la Révolution de 1910) vit dans le cœur battant de ce Mexique rebelle et excessif.

Guadalajara, 15 novembre 2011

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