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La paix et la guerre dans les médias en Colombie

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Avancées et contradictions de la gauche au Brésil

Par Pierre Beaudet  |  6 septembre 2010     →    Version imprimable de cet article Imprimer

En octobre prochain, le Brésil retourne aux urnes : élection présidentielle - la plus importantes –, mais aussi renouvellement de la moitié des parlementaires au niveau fédéral et régional (les États), ainsi que des gouverneurs des États. Élu à la présidence en 2002, le fondateur du Parti des travailleurs (PT), Luiz Inácio « Lula » da Silva, a, pendant huit ans, dominé le pays, au point que, selon divers sondages, il obtient aujourd’hui l’approbation de 80 % des Brésiliens. Presque tout le monde, même à droite, admet qu’il est le président le plus populaire de l’histoire de la République. S’il était candidat, il serait probablement réélu facilement, mais la Constitution interdit trois mandats d’affilée.

Dilma contre José

La candidate du PT qui aspire à succéder à Lula, Dilma Roussef, était, il n’y a pas si longtemps, une technocrate assez peu connue. Au début de la campagne officielle qui vient de commencer, elle devance cependant dans les sondages le principal candidat de la droite, José Serra (affilié au Parti social-démocrate brésilien, PSDB). Le PT lui-même pourrait augmenter le nombre de ses élus au Congrès- il a actuellement 83 députés sur 513 -, et devenir ainsi le premier parti politique du pays. L’élection de Dilma constituerait un deuxième « tremblement de terre » dans un pays dominé pendant des siècles par des hommes riches et blancs dans un pays pauvre et métissé.

 

Une campagne électorale polarisée

Dilma dispose d’un avantage important sur la droite, du fait des changements qu’a connu le Brésil depuis huit ans. Le premier, le plus visible et le plus fondamental, est que 50 millions de Brésiliens (25 % de la population) sont sortis de la pauvreté. En effet, un vaste programme d’assistance, « Zéro faim », a permis à des millions de familles de recevoir jusqu’à 200 réais par mois (environ 120 dollars). Les familles s’alimentent mieux, les enfants vont davantage à l’école et, parallèlement, une certaine dignité humaine a été rétablie pour ceux et celles qui subissaient la famine et la misère depuis la domination coloniale au XVIème siècle [1].

Cette véritable révolution a changé bien des choses, notamment dans le vaste Nordeste, zone de grande pauvreté, territoire des anciens esclaves africains et des communautés autochtones, pour qui le président Lula est devenu une figure quasiment mythique. Entre-temps, l’économie brésilienne connaît une embellie qui dame le pion aux pays capitalistes du Nord affectés par la crise. Parallèlement, le Brésil de Lula s’est affirmé sur la scène internationale, en mettant en place un faisceau d’alliances qui diminue sa dépendance envers les États-Unis tout en renforçant la capacité de l’Amérique latine à s’affirmer dans le monde.

 

La droite déstabilisée

De tels résultats ont pour effet de déstabiliser la droite. Elle tente de discréditer Dilma en rappelant son passé d’ancienne guérillera - elle a combattu la dictature militaire les armes à la main au début des années 1970. On la traite aussi de « faire valoir » de Lula, insinuant que le président sortant va continuer de régner « dans l’ombre ». La droite insiste aussi sur le fait que Lula a mené une politique internationale qui indispose Washington, non seulement en Amérique latine, mais aussi ailleurs dans le monde où, reprenant à son compte la phraséologie des néo-conservateurs états-uniens, elle affirme que le Brésil se retrouve avec Cuba, le Venezuela, voire l’Iran, c’est-à-dire, selon elle, des « États voyous ». Pour le moment, en tout cas, ce ne sont pas arguments qui passent bien pour la majorité des Brésiliens, et ils reflètent le désarroi des élites traditionnelles du pays.

 

Une domination séculaire remise en cause

Colonisé par les Européens il y a 500 ans, le Brésil est devenu alors le pays de l’esclavage et des plantations de sucre, de café et de cacao, raconté si merveilleusement par le génial Jorge Amado. Les maîtres étaient les maîtres, génération après génération, dans des enclaves urbaines tournées vers l’Europe et, plus tard, les États-Unis. Les dominés se révoltaient régulièrement, mais la violence extrême des dominants les remettait à « leur place », comme lors du coup d’Etat militaire de 1964 qui a élaboré une dictature « efficace » sévissant pendant plus de 20 ans.

Au centre de ce dispositif se retrouvent plusieurs registres de pouvoir. Le premier est évidemment économique. Le Brésil, aujourd’hui encore, demeure le pays le plus inégalitaire au monde : à peine 1 % de la population concentre 50 % des richesses. Les quartiers riches des grandes villes, véritables forteresses médiévales, emmurées et protégées par des armées privées, se retrouvent devant les favelas (bidonvilles) où, dans des conditions misérables, s’entassent des millions de pauvres urbains qui fuient la famine structurelle du monde paysan.

 

Violence et manipulation

Le deuxième registre de la domination est politique. Traditionnellement, la scène politique est dominée par des « caciques », qui contrôlent des réseaux de pouvoir et de manipulation. Surtout au niveau local, ces caciques s’assurent par divers moyens que les gens votent du « bon côté ». Aux fraudes électorales pratiquées sur une grande échelle ont succédé des systèmes plus sophistiqués de financement opaque et de clientélisme impliquant des institutions, des entreprises et des groupes sociaux.

Lorsque ces réseaux sont menacés (c’était le cas dans les années 1950), les dominants s’appuient alors sur l’armée. Même lorsque les militaires sont dans les casernes, la violence étatique n’est jamais loin au Brésil. La brutalité policière, les régimes d’incarcération et disciplinaires moyenâgeux, la prolifération de milices privées opérant en dehors de la loi, et l’impunité dont bénéficient les détenteurs de l’autorité étatique sont autant de moyens pour contrôler les « classes dangereuses ». Jusqu’à récemment, cette « alternance » de pouvoir dictatorial et de régime démocratique limité a réussi à maintenir les dominants au pouvoir.

 

La bataille des idées

Le troisième registre est celui de l’idéologie. Les dominants représentent la « civilisation », le progrès, la modernité. Les dominés sont, au mieux, des démunis qu’il faut « protéger », au pire « discipliner ». L’Église catholique, du moins dans ses hauteurs hiérarchiques, les Églises évangéliques (en essor depuis une trentaine d’années) répètent un message qui valorise la soumission et qui encourage les dominés à espérer une meilleure vie après la vie. Pour compléter le tout, les grands conglomérats médiatiques, tous privés - comme le gigantesque Réseau Globo -, produisent et reproduisent à l’infini un monde de rêve, où les bons triomphent des méchants, sans jamais en remettre en question les fondements d’une société construite sur la violence et l’expropriation.

Or, aujourd’hui, cet édifice de la domination est lézardé. Il n’est certes pas détruit, mais l’initiative a changé de mains. Le pouvoir de Lula, sorte de révolution bien tranquille marquée de grands compromis, est globalement menaçant pour les dominants brésiliens même si leurs privilèges économiques n’ont pas été touchés, du moins jusqu’à cette date.

Face à cette situation, les principaux secteurs de la gauche brésilienne, de même que les mouvements sociaux les plus importants, affirment leur appui au gouvernement sortant et appellent la population à voter « contre la droite ». Comme l’affirme Joao Pedro Stedile, un des principaux leaders du MST, une victoire de Dilma représentera un alignement des forces plus favorable aux mouvements sociaux, permettant de lutter pour de nouvelles avancées, y compris en matière de réforme agraire.

 

Hésitations des couches moyennes et populaires

En dépit d’une polarisation qui semble favoriser le PT et Dilma, on ne peut pas dire que les jeux sont faits. La droite dispose encore de plusieurs atouts. Mais, en parallèle, il n’est pas certain que le PT puisse faire le plein des votes populaires. La situation est en effet plus ambiguë dans les grands centres urbains du sud du pays, et notamment dans la mégapole de Sao-Paulo (15 millions et plus d’habitants). En réalité, les programmes sociaux du gouvernement Lula ont surtout aidé les secteurs les plus défavorisés, et beaucoup moins les classes populaires et moyennes urbaines, disposant d’un emploi (relativement) stable et d’acquis sociaux. C’est le cas, notamment, des employés du secteur public, des « cols blancs » des entreprises industrielles et de services, et d’une vaste couche de Brésiliens qui n’ont pas « directement » bénéficié du gouvernement Lula même si, indirectement, ces secteurs ont profité de l’embellie économique générale.

Parmi ces hésitants, on compte aussi une partie de la classe ouvrière, qui a mal vécu la stagnation, voire le déclin relatif de l’industrie. Les politiques économiques de Lula, en effet, ont misé sur la consolidation du secteur financier et des services, entretenue par une politique fiscale austère et des taux d’intérêt élevés, de même que sur l’expansion de l’agro-industrie sous toutes ses formes. En huit ans, le Brésil est devenu le principal exportateur de soja et de viande au monde, ce qui a bien sûr bénéficié à la balance commerciale et à la valeur nominale des taux de croissance. Dilma affirme cependant que le bilan demeure « globalement » positif au niveau de la création d’emplois et de l’augmentation du salaire minimum (multiplié par 4), mais il est clair que la bonne performance économique des huit dernières années reste vulnérable.

 

Les limites de la « stabilité macro économique »

En fin de compte, les avancées sociales réalisées sous le gouvernement Lula se sont faites, comme le Président l’avait lui-même annoncé, dans le respect des grandes politiques macro-économiques des gouvernements précédents, également dans le sillon des options « fondamentales » préconisées par la Banque mondiale et le FMI. Dans un sens, le Brésil a bien tiré ses cartes du jeu, mais sans changer la donne, et même en accentuant les vulnérabilités traditionnelles d’un pays producteur et exportateur de ressources naturelles. Bien que l’envolée des prix de ces matières ait permis une forte rentabilisation des investissements dans l’agro-industrie et dans le secteur minier, on ne peut pas dire que l’économie brésilienne en sorte structurellement renforcée, au contraire de ce qui s’est opéré dans d’autres pays dits « émergents », notamment la Chine et l’Inde.

Sur d’autres plans, le gouvernement Lula n’a pas réalisé de grandes réformes structurelles qui auraient réorganisé la société ou l’économie brésiliennes. Cette retenue est la plus flagrante au niveau de la réforme agraire, pourtant promise par le PT tout au long de ses luttes depuis le début des années 1980. Certes, une certaine redistribution des terres s’est faite, mais elle est restée confinée dans des limites très étroites. Les agro-industries, pendant ce temps, ont renforcé leurs positions et leurs capacités. Pour le MST, le bilan est assez négatif, même si le mouvement reconnaît avoir consolidé ses positions dans un contexte où l’État fédéral a limité la répression contre les initiatives d’occupation de terres, et appuyé les mouvements agraires via divers projets sociaux et économiques.

 

Quelles alternatives ?

Le débat ne porte pas tellement sur ces constats qui relèvent des faits plutôt que des interprétations. La vraie question est plutôt de savoir si Lula aurait pu faire autrement. Selon Frei Betto, un compagnon du PT de la première heure, le Brésil était mûr pour des changements plus courageux. Le PT a cédé trop rapidement et trop facilement aux pressions des milieux financiers et a eu peur de se retrouver isolé. Le gouvernement Lula a été « plus catholique que le pape » dans la gestion financière, dégageant des surplus énormes, officiellement pour réduire la dette, mais en fin de compte pour signaler aux dominants qu’il n’y aurait pas de restructuration majeure de l’économie ni de redistribution de la richesse. Une fois dit cela, Betto pense qu’il faut continuer avec le PT, quitte à mieux organiser la pression venant de l’extérieur (des mouvements sociaux) et à relancer les débats internes dans un parti qui garde une tradition d’ouverture [2].

Ce n’est pas le point de vue de Plinio Sampaio, candidat présidentiel au nom du Parti Socialisme et Liberté (P-SOL), une dissidence de gauche du PT créée pendant le premier mandat de Lula. A l’âge vénérable de 80 ans, Sampaio, vieux routier du PT et des luttes sociales, tente avec de grandes difficultés de critiquer Lula sur sa gauche. Son parti, le P-SOL, qui avait obtenu un score honorable lors des élections précédentes en 2006, est cependant en perte de vitesse [3].

 

Changer pas à pas ?

Les partisans de Lula répliquent à cela qu’il était impossible de transformer 500 ans d’histoire de domination en quelques années, et qu’il faut tout simplement « donner du temps au temps ». Depuis 2002, la plupart des grands mouvements sociaux, notamment les syndicats regroupés au sein de la puissante confédération CUT, se sont retrouvés avec le gouvernement Lula [4]. Une très grande quantité de cadres syndicaux et populaires ont été absorbés par l’appareil de l’État à tous les niveaux : dans le gouvernement directement ou comme responsables politiques de plusieurs grands dossiers [5]. Cette intimité avec le pouvoir a réduit les capacités critiques des mouvements, mais a aussi bousculé les classes traditionnelles qui géraient l’État et ses appareils.

En termes de réalisations, les syndicalistes qui font maintenant partie de l’appareil du pouvoir prétendent que le gouvernement Lula est en train de changer le Brésil. Des initiatives comme le Programme d’accélération de la croissance (PAC) - consistant en investissements dans les infrastructures - non seulement créent des milliers d’emplois, mais visent aussi à la modernisation de l’économie. Ils créent ainsi un « cercle vertueux » de nature similaire à celui qui a dominé pendant les Trente Glorieuses dans les pays capitalistes avancés [6]. Cette opinion est partagée par les autres partis de gauche qui œuvrent avec le PT au sein d’une alliance électorale [7].

 

Recomposition du politique

L’expérience des deux gouvernements Lula, certes limitée dans le temps, ouvre de nouveaux espaces pour la reconfiguration du politique au Brésil. Le projet de Lula, largement hégémonique au sein du PT, est de refonder le Parti « des travailleurs » pour en faire une vaste alliance de centre-gauche, capable de rallier la majorité de la population autour de transformations se faisant dans la stabilité, et non dans la confrontation. Encore récemment, Lula affirmait que les riches n’avaient jamais été aussi confortables au Brésil et il le disait sérieusement. La grande revue faiseuse d’opinion, Carta Capital, pourtant si proche des élites, conclut qu’il faut assurer la continuité en faisant élire Dilma lors des élections d’octobre.

De l’autre côté de l’équation, ce projet vise à rallier les couches populaires les plus défavorisées (bénéficiaires des programmes sociaux), tout en assurant aux couches moyennes des espaces de promotion à travers la modernisation de l’État. Y sont conviés les « cadres et compétents », soit les intellectuels, animateurs des mouvements sociaux, jeunes entrepreneurs publics et privés, etc.

 

Le péril d’une alliance arc-en-ciel

Cette alliance « arc-en-ciel » implique de diluer le PT dans une architecture complexe d’alliances avec plusieurs secteurs politiques [8]. À court terme, l’enjeu est de rallier, voire d’absorber le PMDB (Parti du mouvement démocratique brésilien), formation fourre-tout ancrée dans les élites locales. Le tournant est clair puisque le candidat à la vice-présidence associé à Dilma est Michel Tener, chef nominal de ce parti qui est en fait une sorte de constellation de champions du système de magouilles et de clientélisme qui sévit au niveau local.

Le problème est qu’une alliance structurelle avec le PMDB, voire la fusion dans un grand parti de centre-gauche, pourrait tirer le PT « vers le bas », notamment en termes de pratiques de gestion. Déjà, en 2005, le PT avait subi de durs revers suite au scandale des commissions illégales et cachées versées aux parlementaires pour acheter leur vote. Le coup avait été dur pour un parti qui s’était toujours réclamé de l’éthique, de la lutte contre la corruption et de la transparence.

Dans l’immédiat, la recomposition pose un sérieux défi à la droite. Le PSDB, en tant que représentant de la couche « moderne » des dominants, peine à les rallier dans leur ensemble. Pour les uns, mieux vaut miser sur une certaine stabilité » avec le PT, quitte à accepter certaines réformes sociales. Pour les autres, il faut au contraire tout faire pour le déstabiliser, quitte à mettre en péril l’économie du pays, et cela pour éviter un déplacement plus fondamental du centre de gravité du pouvoir vers une nouvelle élite non traditionnelle.

 

L’imprévisible dans le prévisible

Il est probable que le projet initié par Lula se poursuivra dans les prochaines années, avec la « Présidente » Dilma ou même sans elle. La plupart des acteurs en conviennent : le modèle mis en place est « gagnant », et il serait périlleux d’en changer. D’autres facteurs entrent cependant en compte, qui pourraient changer la donne fondamentale. Au sein même du PT, des divergences subsistent, pas tellement sur le fond, mais sur le rythme et les modalités des transformations en cours. Une certaine radicalisation n’est pas impensable, même s’il serait illusoire de penser à une réorientation stratégique. Par exemple, la gestion publique pourrait être un peu plus audacieuse au niveau macro-économique, en diminuant, par exemple, l’importance du secteur financier (caractérisé par ses tendances spéculatives) par une plus grande régulation par l’État.

Il serait en revanche surprenant de voir l’alliance du PT bouger plus radicalement sur la réforme agraire. Le secteur de l’agro-industrie se situe tellement au centre de la croissance économique que le gouvernement post Lula aurait les plus grandes difficultés à laisser beaucoup d’espace aux paysans pauvres et moyens. Ce qui ne veut pas dire pour autant que des programmes de revitalisation de l’agriculture familiale sont impensables [9]. Par ailleurs, le MST est la cible numéro un des dominants, tous confondus, y compris de certains proches du PT. On lui reproche ses pratiques « illégales » et des actes « violents », résultat de certains dérapages au sein de l’organisation, mais qui servent d’excuses à la droite pour appeler à sa criminalisation. Il reste que le MST constitue le cœur du mouvement social résistant.

 

L’énigme Marina

À l’extérieur du PT, d’autres initiatives peuvent avoir un impact. Parmi celles-ci se trouve le projet de Marina Silva, l’ex-ministre de l’environnement de Lula, aujourd’hui candidate du Parti Vert PV). Marina joue sur deux tableaux en même temps, ce qui fragilise sa position. D’une part, elle veut capter une partie des déçus du PT, en se livrant à une critique du gouvernement dont elle a fait partie jusqu’à 2008, et en faisant la promotion des intérêts des couches populaires, paysannes et autochtones dont elle est issue. D’autre part, elle veut attirer une clientèle de classes moyennes sensibles à la question environnementale et qui peuvent être séduites par un discours « éco-capitaliste » (comme le promeut Fernando Gabeira, candidat du PV au poste de gouverneur de l’État de Rio). Le pari est risqué, car les deux terrains ne sont pas complémentaires, au contraire. Néanmoins, la personnalité originale et sympathique de Marina peut déboucher sur un pourcentage de suffrages important et une influence à long terme.

 

La lutte pour l’intégration régionale

Restent les facteurs externes. Jusqu’à aujourd’hui, Lula a bénéficié d’une assez grande marge de manœuvre. Le projet des États-Unis et du Canada d’imposer la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA ou ALCA en espagnol et en portugais) a été enterré en 2004, laissant la place à des initiatives régionales de divers types. L’intégration latino-américaine, projet mille fois annoncé, avance lentement, face à de grandes difficultés et des conflits entre divers pôles qui aspirent à une certaine hégémonie (le Brésil, l’Argentine, le Venezuela, etc.). Parallèlement, Lula a profité de l’affaiblissement de l’hégémonie des États-Unis et de l’Union européenne sur l’échiquier international, tant dans les négociations de nature économique et commerciale ( G-20 et OMC) que sur des dossiers politiques comme celui du Moyen-Orient. Mais ces circonstances propices pourraient changer.

 

Le retour des tensions ?

Washington, dans une position de repli, regarde d’un œil attentif cette situation et attend son heure pour des interventions plus vigoureuses, comme cela a été le cas au Honduras l’an passé. Les tensions régionales (notamment avec la Colombie) peuvent être attisées. Ces conflits pourraient s’envenimer, surtout si les diverses tentatives de déstabilisation du gouvernement d’Hugo Chavez s’intensifient, plaçant le Brésil dans une position inconfortable.

À l’échelle internationale, en dépit des avancées évoquées plus haut, le Brésil et les autres pays dits « émergents » restent dans un positionnement fragile que les alliés occidentaux veulent utiliser pour verrouiller à leur avantage des crises comme celle de l’Iran où le Brésil a voulu jouer dans la « cour des grands » en court-circuitant l’offensive états-unienne qui se prépare. Washington a averti Lula qu’il y avait des limites à ces « interférences », ce qui a d’ailleurs été repris par la droite brésilienne qui accuse Lula de pactiser avec les « terroristes ». Ce sont en tout cas des tensions qui pourraient faire basculer le Brésil d’une manière ou d’une autre.

 

 

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Notes

[1] En 1978, moins de 8 % de la population brésilienne recevait des aides de l’État. En 2008, cette proportion est de 58 %.

[2] Entrevue avec Frei Betto, Caros Amigos, juillet 2010.

[3] Les diverses factions de la gauche radicale, dont le P-SOL, le PSTU et le PCB, n’ont pas réussi à s’entendre sur une plateforme minimale et, à côté de Sampaio, il y a deux autres candidats se présentant au nom d’un programme critique face à Lula.

[4] La CUT représente 38 % des salariés syndiqués et 20 millions de salariés.

[5] À lui seul, le Président de la République contrôle plus de 22 000 postes « politiques ».

[6] Selon l’Instituto de Pesquisa Econômica Aplicada (Ipea), on note une croissance de 7,2 % par an des revenus des 10 % les plus pauvres et de 2,4 % pour les 50 % les plus pauvres. Dans le même temps, le revenu moyen des 50 % les plus riches a été réduit de 1,4%.

[7] Notamment le Parti communiste du Brésil (PCdB), le Parti socialiste brésilien (PSB), le Parti démocratique du travail (PDT).

[8] Le PMDB hérite du MDB, parti d’opposition toléré par les militaires dans les années 1970, et dont le rôle était de donner une façade démocratique à la dictature. Première force politique au niveau municipal, le PMDB a également le plus grand nombre de députés au Congrès (89). Sous le gouvernement Lula, plusieurs ministres appartenant au PMDB ont fait leur marque.

[9] En 2006, l’État a subventionné l’agriculture commerciale à la hauteur de 50 milliards de réais contre 10 milliards versés à l’agriculture familiale. Voir à ce sujet Damien Larrouqué, Lula et la réforme agraire timorée, Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes, juin 2010.





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