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Climat, réfugiés, terrorisme : le fil rouge

Par Bernard Cassen  |  30 novembre 2015     →    Version imprimable de cet article Imprimer

La tentation est toujours forte de vouloir inscrire dans un même cadre d’analyse des faits à première vue sans relation, mais qui se situent dans la même unité de temps. On peut se livrer à la recherche d’un tel fil rouge pour trois grands événements de répercussion mondiale de cette fin d’année 2015 : les flux de réfugiés vers l’Europe d’une ampleur sans précédent ; les monstrueux attentats commis à Paris et Saint-Denis par l’organisation terroriste Etat islamique (EI) dans la soirée du 13 novembre ; et, du 30 novembre au 11 décembre, la tenue, également à Paris, de la conférence des Nations unies sur les changements climatiques dénommée COP 21.

Le lien de cause à effet est évident entre, d’un côté, les guerres qui, de l’Afghanistan au Proche-Orient, ont créé les conditions locales d’émergence d’un terrorisme islamiste qui se projette également dans d’autres zones géographiques et, d’un autre côté, les immenses déplacements de population en cours et à venir : 3 millions de réfugiés prévus en Europe dans les prochaines années, sans parler des millions qui se trouvent entassés dans des camps en Turquie, en Jordanie et au Liban. Mais ces réfugiés des zones de conflits ne font que s’ajouter à ceux en provenance des zones de misère, en premier lieu d’Afrique. Même si, par miracle, le Proche-Orient retrouvait la paix, ces flux sont potentiellement sans limites car ils renvoient à la situation de non développement et d’explosion démographique de bon nombre d’Etats africains.

A ce tableau déjà plus qu’inquiétant, il faut incorporer l’apparition d’une nouvelle catégorie de réfugiés : les réfugiés climatiques qui se compteront par dizaines, voire par centaines de millions dans le monde si rien n’est fait pour enrayer le réchauffement du climat. Déjà, on évalue à 20 à 30 millions chaque année depuis 2009, le nombre de citoyens des pays du Sud chassés de leurs terres et de leurs villages par la désertification, la sécheresse, la faim causées par la croissance de l’émission des gaz à effet de serre. Sans parler de ceux, surtout en Asie (Philippines, Bangladesh), victimes d’événements extrêmes : typhons, cyclones, inondations.

Tel est l’enjeu de la COP 21 de Paris dont rien, au moment où ces lignes sont écrites, ne garantit qu’elle débouchera sur des mesures contraignantes pour limiter à 2 degrés, à la fin 2100, la progression des émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de celles du milieu du XIXème siècle. Le consensus sur la hauteur de ce plafond ne débouche pas en effet mécaniquement sur un accord de 195 Etats pour le faire respecter.

Tout se passe comme si la majorité des gouvernements ne savaient appréhender une telle situation qu’à travers le prisme de l’économisme le plus myope. En ne mettant pas la solidarité au poste de commandement, en oubliant que l’enjeu n’est rien moins que l’habitabilité de la planète pour les humains, et en se cramponnant aux dogmes de la recherche du profit, de la compétitivité et de la concurrence comme finalités ultimes de la vie en société, ils donnent l’impression d’avoir opté, par défaut, pour une implosion plus ou moins lente et plus ou moins chaotique des sociétés organisées. Une politique de l’autruche, à coup sûr génératrice d’une violence sociale croissante qui entraînera la prolifération et la banalisation du terrorisme.

Si la logique de la concurrence l’emporte, cette violence sera suicidaire pour tous. Les privilégiés d’aujourd’hui seront certes bien moins affectés que les plus démunis, mais ils seront affectés quand même. A cet égard, on ne peut ici s’empêcher de penser au célèbre tableau de Goya Duel au gourdin [1] qui fait partie des « peintures noires » de l’artiste. On y voit deux paysans qui s’affrontent à coups de gourdin alors qu’ils sont déjà à demi-enlisés dans des sables mouvants. Plus ils se tapent dessus et plus ils s’enfoncent. L’un des deux finira sans doute par assommer l’autre, mais il sera de toute manière trop tard pour qu’il échappe lui aussi à l’engloutissement. Il n’est pas de meilleure parabole de l’absurdité de la compétition pour mettre à sac la planète [2].

Notes

[1] Exposée au musée du Prado à Madrid, cette œuvre a pour titre en espagnol Duelo a garrotazos et parfois aussi La Riña.

[2] Lire Manière de voir n° 144, décembre 2015 - janvier 2016, « Environnement, climat, désordres et combats », publié par Le Monde diplomatique SA, Paris, 2015.





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