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Crise politique au Honduras après les résultats contestés de l’élection du 24 novembre

27 novembre 2013     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Un entretien avec Christophe Ventura réalisé pour le site Affaires strategiques

Alors que le Tribunal suprême électoral annonce la victoire de Juan Orlando Hernandez, quels enseignements peut-on tirer de ces élections ?

Actuellement, la situation est troublée au Honduras et on ne sait pas ce qu’il va advenir dans les prochaines heures sur place, et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, parce que le Tribunal suprême électoral (TSE) hondurien annonce effectivement la victoire de Juan Orlando Hernandez, candidat du Parti national (PN) du Honduras qui est un parti de droite conservateur associé au camp du coup d’Etat de 2009 contre Manuel Zelaya (Monsieur Hernandez était jusque-là président du Congrès, depuis 2010). Cette annonce est faite sur la base d’un dépouillement partiel - les résultats définitifs seront connus en milieu de semaine - de 67 % des bulletins de vote et donne à Juan Orlando Hernandez la victoire, avec 34,08 % des voix. Pour le TSE, ces résultats sont « irréversibles ». Ils créditent Xiomara Castro, la candidate de gauche du parti Liberté et Refondation (LIBRE), de 28,92 % des scrutins. Le parti LIBRE est en fait un parti qui s’est initialement construit autour de la question du retour de Manuel Zelaya au pouvoir, après le coup d’Etat de 2009. Xiomara Castro, qui est la femme de Manuel Zelaya, aurait donc perdu l’élection selon le TSE. Cependant, son parti ne reconnaît pas ces résultats et affirme fortement que le scrutin est entaché de fraudes massives et d’irrégularités importantes. Selon LIBRE, c’est bien Xiomara Castro qui serait arrivée en tête du scrutin, quasiment dans des proportions inversées par rapport à ce qu’annonce le TSE. Après une longue réunion hier soir à Tegucigalpa, l’ancien président Zelaya, qui est aujourd’hui le coordinateur national du parti LIBRE, a appelé les Honduriens à défendre dans la rue, sous la forme d’une marche pacifique, la démocratie et le résultat du scrutin. De l’autre côté, l’ambassadeur étasunien a reconnu les résultats du tribunal électoral, ce qui représente un signal politique à prendre en compte, et les observateurs internationaux de l’Union européenne penchent plutôt pour une reconnaissance du résultat actuel. 

Les appels à manifester de la candidate de gauche, Xiomara Castro, pourraient-ils entraîner des troubles ?

Le Honduras est un pays où la violence politique est structurelle. Cette violence marque la vie politique hondurienne depuis de nombreuses années, en particulier depuis le coup d’Etat de 2009 qui avait rompu l’ordre démocratique et brisé la légitimité des autorités. Il faut savoir que le Honduras détient malheureusement le record mondial d’homicides avec un taux de 86 homicides pour 100.000 habitants. Même si ces crimes sont notamment liés à la délinquance et au crime organisé, on trouve aussi parmi les nombreuses victimes des militants politiques, des paysans et des journalistes qui sont souvent assassinés au Honduras dans un relatif silence médiatique international. La vie politique de ce pays est en effet très militarisée : la police joue un rôle important et a des pratiques violentes, notamment contre les militants politiques, syndicaux et associatifs, que condamnent régulièrement les organisations des droits de l’homme. Si le bras de fer continue entre Xiomara Castro, qui s’estime lésée par une falsification du résultat du vote par les autorités, et la droite hondurienne, qui appuie la supposée victoire de son candidat, il n’est pas à exclure que, dans les heures et les jours qui viennent, l’on puisse être témoin de certaines violences dans ce pays qui est très coutumier du fait. Mais je crois que si ces violences ont lieu, elles ne seront pas le fait des militants du parti de Mme Castro puisque la marche à laquelle a appelé Manuel Zelaya est, les mots employés sont importants, « pacifique ». La question est donc plutôt de l’autre côté : comment, si d’importantes mobilisations se développent, vont réagir les forces de l’ordre, les services de sécurité et l’armée qui ont généralement la main lourde contre les opposants ? 

Quatre ans après le coup d’Etat qui avait renversé le président Manuel Zelaya en 2009, dans quelle situation se trouve le Honduras ?

Le Honduras est traversé par d’énormes problèmes sociaux. C’est un pays où la pauvreté et les inégalités sociales sont dramatiques, particulièrement dans les campagnes même si la zone urbaine est également touchée. Le Honduras est un petit pays d’environ 8 millions d’habitants dont l’économie est très limitée et qui, aujourd’hui, peine à trouver un rebond. D’autant plus que depuis 2009, la situation politique et sociale s’est fortement dégradée après le coup d’Etat contre Manuel Zelaya qui n’a jamais été réparé en quelques sortes. Depuis lors, le Honduras fait face à divers phénomènes de blocages institutionnels et, au-delà, à un problème de légitimité très important car, de manière générale, la population fait peu confiance à ses dirigeants. D’ailleurs, un symptôme de cette tendance est la troisième place non prévue dans ce scrutin controversé du candidat portant les couleurs d’un Parti anticorruption qui aurait récolté 15 % des voix. Cela indique bien la réalité de la corruption au Honduras qui n’est pas le seul Etat d’Amérique latine à connaître ce problème. Aussi, les quelques richesses qui existent dans ce pays sont captées par des élites cleptomanes. Le Honduras se trouve donc dans une situation assez dramatique et n’a que peu de perspectives. En effet, tant que la stabilité démocratique ne sera pas rétablie et que les institutions ne fonctionneront pas sous un régime de légalité et de légitimité, il sera très difficile pour un gouvernement, quel qu’il soit, de diriger le pays correctement et de pouvoir développer des politiques publiques permettant d’éradiquer certains maux de la société hondurienne. Dans ces conditions-là, Monsieur Hernandez, qui n’est manifestement pas reconnu aujourd’hui par une grande partie de la population, aura de toute façon du mal à gouverner réellement et à changer la situation du pays. Il est donc dans une situation qui reste, pour l’instant, très compliquée.

 

Photo : Tegucigalpa, 24 novembre 2013 (Maurice Lemoine)

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