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De l’impact des révolutions arabes dans le monde et sur les forces de transformation internationales

Un projet Mémoire des luttes

Par Christophe Ventura  |  13 mars 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Le dernier Forum social mondial (FSM) qui s’est tenu à Dakar (6-11 février) a été le témoin d’événements historiques (chute de Zine El Abidine Ben Ali en Tunisie et de Hosni Moubarak en Egypte le jour même de sa clôture) qui se sont développés loin de son cœur. Dans ces conditions, comment ce processus du FSM peut-il contribuer au renforcement des révoltes arabes ? Dans le même temps, comment ces dernières s’inscrivent-elles dans le développement des luttes internationales pour la transformation démocratique, économique et sociale ? Comment peuvent-elles y contribuer ?

De nombreux débats traversent le processus du FSM sur son rapport et son articulation avec les forces politiques et les gouvernements progressistes engagés dans la lutte contre le capitalisme et l’impérialisme. Désormais, il convient d’ouvrir une réflexion renouvelée sur cette question en prenant en compte l’émergence d’une nouvelle composante de mouvements démocratiques "non organisés auto-organisés" (pas de partis, de leaders, d’organisations de masse au cœur des processus), peu ou non présents dans ce processus, mais qui s’imposent sur la scène de l’Histoire.

Mémoire des luttes a décidé de conduire une série d’entretiens avec des acteurs des révolutions arabes, du mouvement altermondialiste, des intellectuels sur ce thème. Pour cette première livraison, Mdl s’est entretenue avec Fathi Chamkhi, porte-parole du Raid/Attac Tunisie.

Ce travail constituera la première étape d’une réflexion plus large sur les contours du nouveau monde qui se dessine peu à peu avec les révolutions arabes.

 

Entretien avec Fathi Chamkhi, porte-parole du Raid/Attac Tunisie

Mdl : Quelle est ton analyse de la situation actuelle en Tunisie et dans le monde arabe ? Penses tu que les mouvements populaires puissent porter un projet politique alternatif ? Le mouvement sait-il ce qu’il veut ? Tu disais dans l’un de nos précédents entretiens que le mouvement altermondialiste devait s’impliquer, qu’il ne l’avait que peu fait jusqu’à présent. Que voulais-tu dire ?

Fathi Chamkhi (FC) : La révolte qui a commencé dans la ville de Sidi Bouzid, dans le centre-ouest de la Tunisie, le 17 décembre 2010, s’est transformée en mouvement révolutionnaire arabe. Ce mouvement est tout à fait exceptionnel. C’est un tournant historique non seulement pour la région arabe mais certainement pour la géostratégie planétaire. Nous sommes au tout début de ce phénomène. Une véritable contre-offensive des peuples pointe aujourd’hui à l’horizon.

La révolution a déjà eu raison de deux dictateurs, Ben Ali en Tunisie, et Moubarak en Egypte. Le premier ayant gouverné 23 ans a été abattu au bout de 29 jours. Le second, 31 ans, abattu au bout de 18 jours. A l’heure actuelle, c’est Kadhafi, le dictateur libyen, qui semble être le prochain sur la liste. La révolution libyenne a été foudroyante. Kadhafi est au pouvoir depuis 42 ans. Il semblait indéboulonnable mais peut désormais tomber d’un jour à l’autre.

Le ras-le-bol de régimes dictatoriaux complètement dégénérés a fini par exaspérer toutes les classes sociales arabes, sans exception. Le rejet social est général. La rapidité de l’écroulement des dictateurs atteste du degré élevé de ce sentiment. Nul doute que la crise sociale, notamment la pauvreté et le chômage, a aussi largement contribué à nourrir le mécontentement populaire.

Pour l’instant, les revendications des masses populaires, en Tunisie, en Egypte, au Yémen, au Bahreïn, en Libye et ailleurs dans la région arabe, sont la liberté, la dignité, le travail, etc. Une dimension sous-jacente de la révolution, sa signification historique, est bien la remise en question de la domination impérialiste sur l’ensemble de la région. Il s’agit, ni plus ni moins, de l’aspiration des masses arabes à l’indépendance. C’est le néocolonialisme qui est remis en cause aujourd’hui dans la région arabe. C’est vrai que cette dimension n’est que sous-jacente actuellement, mais elle ne va pas tarder à remonter à la surface. La conscience politique des masses évolue actuellement assez rapidement. On commence par poser la question de l’emploi et l’on aboutit ensuite à la politique économique et on finit par remettre en question les diktats des forces impérialistes.

Actuellement, que ce soit en Tunisie ou bien en Egypte, la revendication centrale est l’Assemblée constituante, ce qui donne une idée sur la volonté des masses populaires à vouloir faire table rase de tout le passé.

Lors du dernier FSM de Dakar, plus précisément dans une réunion de préparation à l’Assemblée des mouvements sociaux, les discussions tournaient autour des stratégies à mettre en place pour réaliser des victoires sur la mondialisation capitaliste néolibérale. Je suis intervenu pour faire remarquer que nous avons déjà remporté une victoire en Tunisie. De plus, avant la fin des travaux du FSM, une nouvelle victoire en Egypte a été obtenue.

De plus, on continu de parler de l’offensive capitaliste à l’échelle mondiale. Début février, au sein du FSM, j’avais fait remarquer que peut être ce qui est en train de se passer en Tunisie et en Egypte, notamment, est le début de la contre-offensive des peuples.

Depuis, cette tendance ne fait que se confirmer. La région arabe est en ébullition, les dictatures chutent les unes après les autres sous le poids de mouvements populaires d’une détermination impressionnante. Leur énergie créatrice est immense.

Enfin, le mouvement altermondialiste a travaillé jusqu’à aujourd’hui sur une hypothèse, celle d’un autre monde possible. La révolution arabe en montre aujourd’hui le chemin.

 

MDL : A ton avis, le processus du Forum social mondial a-t-il joué un rôle dans les événements en Tunisie et en Egypte ? Si oui, lequel ?

FC : Une révolution vient d’avoir lieu en Tunisie. En soi, c’est une chose historiquement importante. Ce qui donne plus d’importance à cette révolution, c’est le fait qu’elle a enflammé un secteur entier de la révolution mondiale, ou bien une région du nouvel ordre capitaliste mondial, qui est la région arabe.

En Tunisie, nous luttions depuis des années contre la mondialisation néolibérale. Nous nous sommes, dès le début, engagé dans le mouvement altermondialiste naissant en créant Attac Tunisie en 1999. Nous étions présents aux rencontres internationales d’Attac à Saint Denis, en juin 1999.

Nous étions parmi les premiers à organiser un contre sommet que nous avions appelé « l’Autre sommet » en novembre 2000 à Marseille pour dire notre opposition au partenariat euro-méditerranée. L’Autre sommet a été en quelque sorte l’ancêtre des Forums sociaux.

Ensuite, nous avons lancé la dynamique d’un Forum social Tunisien, qui a bien fonctionné jusqu’à ce que la dictature, aidée en cela avec la direction bureaucratique de l’UGTT (syndicat ouvrier), ne réussisse à l’étouffer.

Jamais, au cours de toutes ces luttes, nous n’avions réussi à soulever un quelconque intérêt de la part des réseaux sociaux actifs dans le FSM. Encore moins, un soutien. C’est vrai que nous étions assez faibles en tant que mouvement social.

Cette révolution est en quelque sorte notre revanche ! Nous sommes tellement fiers d’avoir démontré qu’un petit peuple peut faire de grandes choses !

 

Propos recueillis par Christophe Ventura





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