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Chronique - janvier 2011

Euro : le génie sorti de la bouteille

Par Bernard Cassen  |  3 janvier 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

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A l’issue du Conseil européen des 16 et 17 décembre, son président, Herman Van Rompuy, déclarait que l’Union européenne (UE) fera « tout ce qui est nécessaire pour garantir la stabilité de la zone euro ». Tous ceux qui s’intéressent aux questions européennes (spéculateurs compris) ne seront pas dupes. Ils savent parfaitement ce que l’UE peut faire et ce qu’elle ne peut pas faire. Au-delà de ses aspects monétaires et budgétaires, la crise de l’euro pose en effet la question de la capacité de l’UE à contrôler un outil qu’elle a créé – la monnaie unique - mais qui, comme le génie sorti de la bouteille, a désormais acquis sa dynamique propre. Une dynamique auto-destructrice.

L’ouverture de la bouteille a pris un double aspect : technique et idéologique. L’erreur technique a consisté à imposer une politique monétaire unique à des pays dont les cycles économiques, les structures productives, les niveaux de compétitivité et les perspectives démographiques étaient complètement différents.

Le dogmatisme est celui de l’idéologie néolibérale qui imprègne le traité de Maastricht créant l’euro, ainsi que les traités européens ultérieurs. Il se traduit par la déréglementation tous azimuts, la liberté totale de circulation des capitaux, l’interdiction de toute intervention des Etats en matière monétaire, via le statut de la Banque centrale européenne (BCE). Non seulement elle est indépendante de toute autorité politique, mais elle a une seule et unique mission, au service de la rente : la lutte contre l’inflation. La Réserve fédérale des Etats-Unis, en revanche, se doit également de promouvoir la croissance.

Après une dizaine d’années de fonctionnement de l’euro, les « fondamentaux » économiques ont repris leurs droits : le grand écart entre la compétitivité des pays du « centre » de l’UE (en premier lieu l’Allemagne) et ceux de la « périphérie », dits du « Club Med », est devenu intenable. Il a fourni aux marchés financiers des possibilités infinies de spéculation dont il n’y a aucune raison de penser qu’elle s’arrêtera aux rives de la Méditerranée ou de la mer d’Irlande. Cette situation a donné aux dirigeants des motifs de satisfaction, mais aussi d’inquiétude.

Le motif de satisfaction a été l’utilisation du prétexte conjoncturel de la crise pour faire payer aux salariés le coût du renflouement du système financier en imposant des contre-réformes sociales qui, elles, seront permanentes. Le motif d’inquiétude est le risque d’explosion de la zone euro avec des conséquences dont personne ne peut prévoir la nature ou l’issue.

La difficulté, pour les gouvernements, est que, par le biais des traités européens, ils se sont eux-mêmes dépouillés des instruments qui auraient pu leur permettre de gérer la situation. Il est significatif que la chancelière allemande, Angela Merkel, ait exigé de ses partenaires la mise en route d’un processus de révision du traité de Lisbonne pour « blinder » juridiquement le Mécanisme européen de stabilité (MES) décidé lors du Conseil européen des 16 et 17 décembre [1]. Il faudra beaucoup d’autres décisions, et de plus grande ampleur, pour remettre le génie de l’euro ou du dispositif monétaire qui lui succèdera dans la bouteille d’une UE devenue démocratique.

 

Notes

[1] Lire Bernard Cassen, « Un ‘consensus de Berlin’ imposé à l’Europe » Le Monde diplomatique, décembre 2010. Egalement, « Une épreuve de vérité pour la gauche de gouvernement » : http://www.medelu.org/spip.php?article687





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