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Opinion

Hubert Védrine : "La résolution sur la Libye est historique"

20 mars 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Pour la première fois, la Russie et la Chine n’ont pas opposé leur veto à une résolution fondée sur la responsabilité de protéger, souligne l’ancien ministre des Affaires étrangères.

 

Vous avez expliqué que vous apportez votre soutien à l’intervention militaire en Libye. Quels doivent être les buts de cette intervention ?

- Ce doit être la mise en œuvre d’un principe adopté par l’Onu il y a quelques années sous la direction de Kofi Annan, c’est la responsabilité de protéger : un concept sur lequel les membres de l’Onu s’étaient mis d’accord afin de mettre fin au débat sensible sur le droit d’ingérence. Il fallait déplacer l’approche pour qu’il n’y ait pas certains pays, toujours les mêmes, qui gardent le droit de s’ingérer dans leur sphère d’influence coloniale. Ce concept très important n’avait jamais été clairement concrétisé.

Il me semble qu’il y avait une exception libyenne et que nous ne pouvions pas rester impuissants. Simplement, il fallait remplir certaines conditions et la diplomatie française a bien joué, je n’hésite pas à le dire. Nicolas Sarkozy et Alain Juppé ont, avec le Premier ministre britannique David Cameron, bien joué dans cette affaire. Le vote de cette résolution 1973 est un vote très important et qui sera même historique dans les relations internationales.

Vous étiez ministre des Affaires étrangères lors des frappes aériennes contre la Serbie. Y a-t-il des similitudes avec l’intervention qui se prépare contre la Libye ?

- Il n’y a jamais deux situations entièrement comparables. Dans l’affaire du Kosovo, il y avait des exactions serbes auxquelles nous devions mettre un terme. Il y a eu un travail diplomatique énorme, sur la durée, de la part des membres de ce qu’on appelait le groupe de contact, ainsi qu’une tentative de la dernière chance à la conférence de Rambouillet, que j’avais organisée avec le ministre britannique de l’époque, pour donner une chance à Milosevic de comprendre qu’il devait changer fondamentalement sa politique. Cela n’avait pas abouti. Nous étions arrivés, désolés, à la conclusion que nous n’avions plus d’autre moyen que d’employer la force, donc d’utiliser l’Otan - ce n’est pas l’Otan qui a décidé de quoi que ce soit, mais nous, les ministres des pays importants. Sans les Russes, parce qu’à l’époque la Russie n’avait pas la position qu’elle vient d’avoir sur la Libye. La Russie aurait menacé d’un veto si on était passé par le Conseil de sécurité

Donc nous avions dû nous résigner à intervenir sur une base un peu plus fragile que la base actuelle. Il y avait deux résolutions du Conseil de sécurité qui condamnaient les exactions serbes, mais elles ne disaient pas qu’il fallait intervenir par tous les moyens. Donc il n’y avait pas les formules consacrées pour le recours à la force. Mais il y avait quand même deux résolutions, il y avait l’unanimité des pays voisins, donc finalement nous avons mené l’opération que l’on sait.

Cette opération est comparable avec la Libye par certains points, mais pas entièrement. La résolution récente est plus nette. Et ce qui est extraordinairement frappant à propos de cette résolution -et c’est pour cela que je dis qu’elle est historique- c’est que les Russes et les Chinois n’ont pas mis de veto. Alors que d’habitude, ils mettent toujours le veto lorsqu’il y a des actions qui peuvent un jour se retourner contre eux. C’est un vrai succès de la diplomatie française.

Comment l’expliquez-vous ?

- Je l’explique par le fait que dans le monde actuel, cela devient politiquement coûteux, même pour la Chine, même pour la Russie, de s’opposer frontalement à des actions de ce type, aussi évidement légitimes, pour défendre un régime indéfendable. Il y a une évolution. Peut-être qu’il y a aussi eu des négociations bilatérales habiles entre la France et la Russie, entre la France et la Chine, portant sur d’autres sujets. La France a également obtenu le vote de l’Afrique du Sud, c’est très important et cela a entrainé d’autres votes. Il y a eu un travail très remarquable. Ce qui est regrettable, c’est que l’Allemagne ait campé sur sa position et se soit abstenue au lieu de soutenir le travail de la France et de la Grande-Bretagne.

Le vote du Conseil de sécurité n’aurait pas pu avoir lieu si la Ligue arabe n’avait pas adopté une position courageuse, sous l’impulsion de son secrétaire général Amr Moussa, c’est-à-dire si les Arabes n’avaient pas lâché Kadhafi. S’ils avaient conservé l’attitude ancienne de se solidariser avec les chefs d’Etat, quoi qu’ils fassent, cela n’aurait pas pu aboutir. Et les Russes et les Chinois n’auraient pas suivi.

Les acteurs de l’intervention militaire ne sont pas encore connus précisément, mais il semble qu’il ne s’agira pas seulement d’occidentaux. S’agit-il là aussi d’un tournant ?

- On ne sait pas à l’avance qui peut participer à une intervention car l’Onu n’est pas une organisation militaire. L’Onu donne le droit de, demande que. La mise en œuvre dépend de qui est capable. Si Kadhafi ne s’arrête pas aussitôt, il y aura une intervention des Français, des Britanniques, des Américains, on parle aussi d’un ou deux pays arabes, on a cité le Canada. Ce ne sont pas uniquement les Occidentaux et pas dans le cadre de l’Otan.

En tout cas, il est clair que le projet de résolution a été adopté parce qu’il écarte absolument toute intervention au sol. Donc ce n’est pas une nouvelle guerre, il n’y aura pas d’engrenage. Et tous ces éléments ont permis que se forme un consensus. C’est très important pour la suite des événements dans le monde arabe, car si on était resté impuissant face à la répression par Kadhafi, les démocrates arabes auraient été désespérés.

Est-ce bien certain qu’il n’y aura pas d’engrenage au sol ?

- C’est strictement écarté par la résolution. Et personne ne le veut. De plus, le consensus entre les pays qui ont adopté la résolution et les pays arabes qui ont souhaité l’intervention serait brisé. L’intervention, si elle doit avoir lieu, va dissuader Kadhafi d’écraser la rébellion. Après c’est l’affaire des Libyens. Et plus généralement, ce qui se passe dans les pays arabes, c’est l’affaire des pays arabes.

Interview d’Hubert Védrine par Baptiste Legrand

(le vendredi 18 mars 2011)

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com


Les principaux points de la résolution votée par le Conseil de sécurité de l’Onu sur la Libye

Le texte voté jeudi 17 mars autorise les Etats membres à prendre "toutes les mesures nécessaires pour protéger les civils" ... à certaines conditions.

Exprimant une grave inquiétude sur la situation qui se détériore, l’escalade de la violence et le nombre de victimes civiles,

Rappelant la responsabilité des autorités libyennes de protéger la population libyenne,

Considérant que les attaques systématiques qui ont lieu en Libye contre la population civile peuvent être assimilées à des crimes contre l’humanité,

Exprimant sa détermination à assurer la protection des civils et des zones peuplées par des civils et l’acheminement rapide et sans encombres d’une assistance humanitaire,

Rappelant la condamnation par la Ligue arabe, l’Union africaine et le secrétaire général de l’Organisation de la Conférence islamique des violations graves des droits de l’homme et du droit humanitaire international qui ont été commis en Libye,

Déplorant l’utilisation systématique de mercenaires par les autorités libyennes,

Agissant en vertu du chapitre 7 de la charte des Nations unies (qui autorise l’usage de la force, ndlr),

Demande l’établissement immédiat d’un cessez-le-feu et l’arrêt complet des violences et de toutes les attaques contre des civils,

Demande que les autorités libyennes se conforment à leurs obligations en vertu du droit international, y compris le droit humanitaire international,

Protection des civils

Autorise les Etats membres (..) à prendre toutes les mesures nécessaires (..) pour protéger les civils et les zones peuplées par des civils sous la menace d’attaques par (les forces du colonel Mouammar Kadhafi ndlr), y compris Benghazi, tout en excluant une force étrangères d’occupation sous quelque forme que ce soit dans n’importe quelle partie du territoire libyen,

 

Zone d’exclusion aérienne

Décide d’établir une interdiction de tous les vols dans l’espace aérien de la Libye de manière à protéger les civils,

Décide que cette interdiction (..) ne concerne pas les vols dont l’unique objectif est humanitaire,

Autorise les Etats membres (..) a prendre toutes les mesures nécessaires pour faire respecter l’interdiction des vols,

 

Respect de l’embargo sur les armes

Décide, (..) pour assurer la stricte application de l’embargo sur les armes (contenu dans la résolution précédente du 26 février sur la Libye, ndlr), d’inspecter sur leur territoire, y compris les ports et les aéroports ou en haute mer, les bateaux et les avions se rendant ou provenant de Libye,

Déplore l’utilisation systématique de mercenaires en Libye et demande à tous les Etats membres de se conformer strictement à leur obligations (..) pour empêcher la fourniture de mercenaires armés à la Libye,

 

Gel des avoirs

Décide que le gel des avoirs (..) concernera tous les fonds, les avoirs financiers et les ressources économiques (..) qui sont propriété ou contrôlés directement ou indirectement par les autorités libyennes,

Affirme sa détermination à s’assurer que les fonds gelés (..) seront dès que possible rendus accessibles pour le bénéfice du peuple libyen,

 

Panel d’experts

Demande au secrétaire général (de l’Onu Ban Ki-moon) de créer pour une période initiale d’un an (..) un groupe allant jusqu’à huit experts (Panel d’experts) (..) qui auront pour tâche :

- de regrouper, d’examiner et d’analyser les informations des Etats, des entités de l’ONU et des organisations régionales et d’autres parties intéressées concernant la mise en oeuvre des mesures décidées par la résolution, en particulier les incidents de non-respect,

- de fournir au Conseil un rapport intérimaire sur son travail pas plus de 90 jours après la nomination du Panel et un rapport final au Conseil pas plus de 30 jours avant la fin de son mandat avec ses découvertes et ses recommandations,

Réaffirme son intention de surveiller constamment les actions des autorités libyennes et souligne sa disposition à réviser à tout moment les mesures imposées par cette résolution et la résolution 1970 (adoptée précédemment ndlr), y compris en renforçant, suspendant ou mettant fin aux mesures le cas échéant, en fonction du respect par les autorités libyennes de cette résolution et de la résolution 1970."

Nouvelobs.com - AFP

 

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com





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