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Inégalités : le retour d’un mot tabou

Par Bernard Cassen  |  1er mars 2014     →    Version imprimable de cet article Imprimer

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Avec Le Monde diplomatique en español

S’il est une orientation de politique économique qui jusqu’ici faisait pousser des cris d’orfraie aux néolibéraux, c’est bien celle de la lutte contre les inégalités. Cette expression était taboue pour eux, sauf quand il s’agissait d’expliquer que non seulement les inégalités étaient un moteur de la compétitivité, de la croissance et du progrès, mais que, dans la mesure où elles faisaient partie de l’ordre naturel des choses, il était vain et même dangereux de les combattre. Pour les plus caricaturaux de ces idéologues, les mesures de redistribution de la richesse, notamment par le biais de la fiscalité, étaient dénoncées comme des actions liberticides conduisant directement au Goulag.

Depuis quelques mois, c’est un discours opposé qui devient dominant aux Etats-Unis et dans les grands forums internationaux. Ainsi, lors du Forum économique mondial de Davos de janvier dernier, les hauts dirigeants des multinationales de l’industrie, des services et de la finance – les « maîtres du monde », comme il ne leur déplaît pas qu’on les surnomme - ont discuté d’un rapport de 60 pages qui, il y a encore quelques années, aurait paru surréaliste dans ce contexte. Dans l’évaluation des risques pour l’économie mondiale que propose ce document, la montée des inégalités est en effet présentée comme un danger majeur susceptible de provoquer des troubles sociaux et de l’instabilité politique gravement nuisibles à la bonne marche des affaires. Pour cette raison, et évidemment pas par bonté d’âme, il faut la combattre [1].

A la veille du Forum de Davos, Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international, avait développé le même thème : « Les dirigeants politiques et économiques devraient se souvenir que, dans beaucoup trop de pays, les bénéfices de la croissance sont partagés par beaucoup trop peu de gens. Ce n’est pas une recette pour la stabilité et la soutenabilité » [2]. Il faut dire qu’un rapport d’Oxfam venait de signaler que les 85 individus les plus fortunés de la planète détenaient à eux seuls autant de richesses que la moitié inférieure de la population mondiale…

Aux Etats-Unis, plusieurs indices avaient montré que la question des inégalités devenait électoralement très sensible : dans l’Etat du Massachusetts, Elisabeth Warren avait été élue au Sénat sur une ligne de gauche ; à New-York, Bill de Blasio avait conquis la mairie sur une plateforme de réduction des disparités entre riches et pauvres. C’est dans le même esprit que, dans son discours sur l’Etat de l’Union prononcé le 28 janvier, Barack Obama avait affirmé que « ceux qui sont au sommet de l’échelle ne se sont jamais aussi bien portés. Mais les salaires moyens ont à peine bougé. Les inégalités se sont creusées. La mobilité ascendante est en panne ». D’où son appel aux employeurs : « Donnez une augmentation à l’Amérique !  ».

Pour les dirigeants des Etats-Unis les plus lucides, il faut à toute force sauvegarder le « rêve américain » de mobilité sociale, faute de quoi les fondements du système capitaliste – puisqu’il faut bien l’appeler par son nom - pourraient être remis en question, particulièrement par les jeunes générations devenues plus soucieuses de résultats que d’idéologie. De ce point de vue, les gens de Davos ont raison d’être préoccupés.

Pendant ce temps, de ce côté de l’Atlantique, l’équivalent de ce « rêve » - à savoir le « modèle social européen » souvent invoqué dans les discours - est devenu, dans la réalité, celui du chômage de masse, de la dislocation et de la paupérisation des sociétés. En faisant l’impasse sur la question des inégalités, et en prenant même des mesures qui les accroissent, les atlantistes européens – François Hollande en tête - ont une fois de plus un train de retard sur Washington…

Notes

[1] Ce rapport marque également un tournant dans la mesure où il évoque le caractère systémique des différents types de risques (économiques, environnementaux, technologiques, géopolitiques et sociétaux) qui menacent la capitalisme mondial. Pour Jennifer Blanke, économiste en chef au Forum économique mondial, citée dans Les Echos du 21 janvier 2014, « chacun des risques examinés pourrait provoquer une défaillance à l’échelle mondiale, mais c’est leur interconnexion qui présente le plus grand danger ».

[2]  Financial Times, 20 janvier 2014.





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