« Pour nos combats de demain, pour un monde plus libre, plus juste, plus égalitaire, plus fraternel et solidaire, nous devons maintenir vivante la mémoire de nos luttes »

Gunter Holzmann

Feedback
Accueil du site > Lectures > L’Amérique latine et la Grande Guerre

L’Amérique latine et la Grande Guerre

Par Christophe Ventura  |  1er février 2014     →    Version imprimable de cet article Imprimer

On connaissait l’onde de choc provoquée par la Première guerre mondiale dans plusieurs régions hors d’Europe. Elle saigna les empires coloniaux européens, provoqua l’entrée en guerre de la Chine et du Japon aux côtés des puissances de l’Entente, engagea les armées australiennes et néo-zélandaises dans le détroit des Dardanelles. L’embrasement européen déclencha également la première intervention militaire des Etats-Unis hors des Amériques. Ce faisant, Washington rompait pour la première fois avec son isolationnisme en matière de relations internationales. En Russie, la Grande Guerre précipita la chute du régime tsariste et la victoire de la Révolution bolchévique.

Restait à écrire l’histoire méconnue des conséquences du conflit mondial en Amérique latine. Voici qui est fait avec l’ouvrage d’Olivier Compagnon [1]. L’historien s’intéresse au Brésil, seul pays sud-américain officiellement entré en guerre contre la Triple Alliance le 26 octobre 1917 au sein de la coalition alliée [2], et à l’Argentine, restée neutre jusqu’à la fin des hostilités [3].

Pour l’auteur, la « Der des Der » a constitué un événement cardinal du long 20e siècle latino-américain, au même titre que la crise de 1929 ou que la Révolution cubaine de 1959, en dépit de la neutralité de la majorité des pays du sous-continent dans ce conflit.

Il montre comment, dès 1915, puis, de manière aggravée, à partir de 1917 lorsque l’Allemagne déclenche sa guerre sous-marine à outrance dans l’océan Atlantique - qui mutile les marines marchandes des pays latino-américains exportateurs -, le conflit européen a progressivement asphyxié l’économie de la région. Il a contrarié le commerce latino-américain vers le Vieux Continent et a, en parallèle, entraîné une raréfaction des exportations de produits manufacturés européens vers le sous-continent, alors que celui-ci en dépendait presque intégralement. Les pays latino-américains ont également pâti de l’assèchement des flux de capitaux en provenance des bourgeoisies européennes belligérantes (Grande-Bretagne, Allemagne, France).

L’auteur examine avec précision comment cette situation a entraîné un long cycle de crise économique et financière (pénuries de marchandises, explosion de l’inflation, chute du crédit et des recettes des Etats), ainsi qu’une forte augmentation des troubles sociaux qui va se révéler propice à la formation des premiers foyers du mouvement ouvrier.

Le conflit a renforcé le poids des Etats-Unis dans la région, mais également le développement de dynamiques politiques contestataires durables face aux nouvelles ambitions panaméricaines de Washington. Celles-ci se déploient tandis que l’effondrement européen provoque de multiples déchirures au sein des élites argentines et brésiliennes entre « alliadophiles » et adeptes de la neutralité. Cette guerre lointaine a agi sur elles comme une prise de conscience de la fin de l’hégémonie politique et culturelle de l’Europe. La ruine du Vieux Continent le disqualifie en tant que modèle de la modernité ; une rupture conduisant au « renouveau nationaliste » qui façonnera les deux pays tout au long de l’entre-deux-guerres.

tag Mots-clés : 

Notes

[1] Olivier Compagnon, L’Adieu à l’Europe. L’Amérique latine et la Grande Guerre, Fayard, Paris, 2013, 394 pages, 24 euros.

[2] Le gouvernement brésilien soumettra au Congrès une demande de « reconnaissance de l’état de guerre initié par l’Empire allemand contre le Brésil ». La contribution militaire du pays restera en réalité très modeste et symbolique. Elle se limitera à l’incorporation de treize aviateurs au sein des escadrilles de la Royal Air Force. Décimée par la grippe espagnole pendant son escale au Sénégal en 1918, une flotte composée de six bâtiments et de 1 500 hommes ne prendra jamais part aux combats. Enfin, le gouvernement brésilien enverra une mission médicale à Paris, rue Vaugirard, dans laquelle seront soignés de nombreux soldats jusqu’en février 1919.

[3] Buenos Aires fournira néanmoins des céréales en quantité à la France et au Royaume-Uni.





APPEL AUX DONS
Vous pouvez aider au développement du site de Mémoire des luttes par une contribution, ponctuelle ou régulière, d'un montant à votre convenance.

En savoir plus

Trois formules sont à votre disposition :

- Un don en ligne sécurisé via PayPal ou CB

- Un don par chèque adressé à Mémoire des luttes
(Soutien à Mémoire des luttes)
3, avenue Stephen Pichon
75013 Paris

- Un don par virement bancaire au compte de l'association (Code banque : 10107 - Code guichet : 00223 - Numéro de compte : 00518035437 - Clé : 52)

Mémoire des luttes s'engage à informer régulièrement les visiteurs du site sur les montants reçus, ainsi qu'à leur fournir une information transparente sur l'utilisation de ces fonds.

L'équipe de rédaction du site.

  →  Pour en savoir encore plus



ARTICLES





Les chroniqueurs



Les invités de MDL



BRICS



Surveillance de masse



Rencontre mondiale des mouvements populaires



Hugo Chávez


Suivez-nous  →    Flux RSS

   Facebook       Twitter
Administration  →
|
À PROPOS
Site réalisé avec SPIP
Conception :