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Réflexions sur le néo-libéralisme

« L’Encerclement  »

Un documentaire de Richard Brouillette

Par Guillaume Beaulande  |  3 mai 2010     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Le titre du documentaire de Richard Brouillette «  L’encerclement - Le néo-libéralisme dans les rets de la démocratie pourrait faire penser qu’il traite de la fameuse théorie du complot, dernier faux argument que nous renvoient ceux qui n’en ont pas, sitôt que l’on prend du recul pour une vision générale de la politique économique. Il n’en est rien. Le sujet de ce documentaire est d’analyser les différents mécanismes de l’idéologie néo-libérale, les étapes successives de son instauration et les moyens employés pour sa subtile imprégnation dans « l’ennui gris et mou du cerveau » dont parlait L.F.Céline.

Le documentaire débute par les origines du néo-libéralisme, ses deux actes fondateurs que sont le colloque Walter Lippman (1938) et la fondation de la Société du Mont-Pélerin (1947) et finit sur l’idée d’un néo-colonialisme basée sur l’exemple éloquent de la guerre en Bosnie.

Pierre Bourdieu [1] voyait dans le système de pensée néo-libérale une « méthode de destruction méthodique du collectif », c’est-à-dire une pensée que l’on nous présente comme ahistorique, qui ne prend pas en compte les réalités socio-économiques et qui s’auto-justifie en permanence. De là vient le mythe du Marché-roi capable de s’auto-réguler, non pas simplement en se passant de l’ État providence mais en détruisant la protection des États nationaux au profit des entreprises transnationales et des capitaux étrangers.

Pour ce faire, la logique néo-libérale s’attache l’adhésion des acteurs de la vie politique économique, les actionnaires, les acteurs financiers, les conservateurs ou sociaux-démocrates de ce début de XXIème siècle, désireux qu’ils sont de défendre leurs intérêts individuels et de participer à l’atomisation de l’ État. Ce que Ignacio Ramonet [2] a nommé la pensée unique laisse voir en filigrane l’enrayement d’une pensée capable de la contrecarrer.

L’accroissement tentaculaire de cette « non-pensée », de l’idée du tous contre tous a permis par exemple à ses théoriciens tels que Milton Friedman de gangrener l’économie chilienne de S. Allende, de conduire à la faillite d’un État, de soumettre totalement un pays aux investissements étrangers et d’instaurer ce que l’un des participants, Michel Chossudovsky, nomme « le néo-colonialisme ».

Les canaux de diffusion du néo-libéralisme sont les grands médias internationaux appuyée par la Commission Creel [3](fondée pendant la Première guerre mondiale aux Etats-Unis pour motiver le peuple américain majoritairement pacifiste à s’engager dans la guerre), la propagande directe de la publicité qui noient les esprits, mais il existe également des réseaux tentaculaires plus insidieux :

Les think tanks désignaient en période de guerre l’endroit où se réunissait l’Etat-Major pour établir des stratégies de combat. Aujourd’hui,ce sont des « cellules de réflexion » où se réunissent des experts pour se pencher sur des questions concernant les politiques publiques. Naomi Klein dans son livre La stratégie du choc parle de ces réseaux comme l’instrument du « capitalisme du désastre » et de leur intérêt dans les stratégies de guerre. En effet, Les think tanks sont de formidables réseaux d’endoctrinement comme le rappelle Noam Chomsky dans son livre « la fabrication du consentement » [4]

Les politiques d’ Éducation dont la priorité n’est plus l’enseignement et la transmission du savoir mais la rentabilité et la formation professionnelle au service des entreprises, cette logique économique dont la notion de compétence en lieu et place de savoir, la réforme des programmes d’histoire au collège, celle des lycée, la masterisation des filières d’enseignement en France ne sont que quelques uns des paliers de l’échafaudage. Omar Aktub évoque sans ambages l’idée qu’aujourd’hui l’Ecole sert à former des « serviteurs du système », employable et ajoute que Socrate, Victor Hugo ou Rimbaud n’auraient pas été « employable ». Normand Baillargeon, lui, parle du système éducatif des Etats-Unis et du Canada où il existe des logiciels pédagogiques pré-fabriquées dont peuvent disposer les enseignants et les élèves... truffés de publicités.

 Le documentaire tourné en noir et blanc n’est pas pour autant construit sur l’échiquier mental du manichéisme, nous contre eux, les bons contre les méchants. Il présente justement les voies par lesquelles le néo-libéralisme se sert de nos peurs, de nos indifférences, de notre sentiment d’impuissance et du cadre démocratique pour nous confondre tout à fait et nous aveugler dans sa mythologie. Le choix du réalisateur a été de donner la parole à des intellectuels, des penseurs de gauche ou de droite, sans recours aux images d’archives, ce qui rapproche le documentaire du débat d’idée indirect, propice à l’éveil de l’esprit critique.

La présence d’ Ignacio Ramonet, de Noam Chomsky, de Normand Baillargeon, de Susan George etc... se voit mise en valeur par les billevesées et les inepties prononcées par des intervenants tel que Martin Masse (consultant en politiques publiques au Québec) à qui la parole est donnée avec sa notion de « libertarianisme » et sa désopilante image de la rivière...

«  L’encerclement » est un documentaire édifiant à bien des égards, notamment parce qu’il a une volonté didactique dans sa structure-même, les intervenants vont au bout de leurs idées, un choix de réalisation qui explique la durée (2h45) et la légitime, car on ne s’ennuie pas un instant malgré la densité intellectuelle, rien de pompeux, pas de fioritures. On sort de la projection avec la satisfaction de ne pas avoir été pris pour des idiots et cela fait du bien par les temps qui courent.

NB : Ce documentaire ne passe que dans quelques salles alors, courez-y !

Pour en savoir plus, visiter le site de « l’encerclement » : http://www.encerclement.info/

 

Notes

[1]  http://www.monde-diplomatique.fr/1998/03/BOURDIEU/10167

[2]  Ancien directeur du Monde diplomatique et l’un des fondateurs de l’association Mémoire des luttes

[3]  http://olivier.hammam.free.fr/imports/auteurs/normand/cours1.htm

[4]  « La prédominance des sources officielles[...]est contrôlée grâce à la cooptation des experts, c’est à dire en les rémunérant comme consultants, en finançant leurs recherches, en organisant des think tanks qui les emploieront et aideront à diffuser leur message » Noam Chomsky, Edward Erman, De la fabrication du consentement - de la propagande médiatique en démocratie,, Ed. Agone, 2008





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