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Maroc

La colère populaire s’en prend désormais à Mohammed VI

Par Zineb El Rhazoui  |  8 avril 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Au Maroc, le discours royal du 9 mars n’a décidément pas convaincu. La rue en colère continue de répondre à Mohammed VI. Plus nombreux que lors de la première marche nationale, les manifestants du 20 mars dernier ont renvoyé l’Etat et le souverain à leur copie et ouvrent un nouveau cycle de protestations et de mobilisations qui visent désormais directement le trône.

 

Driss Herzenni, El Mahjoub el Hiba, respectivement ancien président et secrétaire-général du Conseil Consultatif des Droits de l’Homme (CCDH), ou encore Driss Yazami, président du Conseil de la Communauté Marocaine à l’Etranger (CCME), sont pour les Marocains des noms en perte de crédibilité et de légitimité, qui ne peuvent en aucun cas être les artisans d’une Constitution véritablement démocratique qui accorde la souveraineté au peuple. Même son de cloche chez Maati Mounjib, politologue : « Abdellatif Mennouni qui a été nommé à la tête du comité Constitutionnel par le roi a été le chantre de monarchie absolue pendant 30 ans », a-t-il déclaré sur la chaîne Al Jazeera. En outre, si l’effet d’annonce a pu susciter quelque enthousiasme, le tour de vis sécuritaire qui a suivi le discours a fini de désillusionner ceux qui prêchaient pour la bonne foi du monarque. La violente répression de la manifestation du dimanche 13 mars à Casablanca a été vécue par les militants comme une déclaration de guerre après un discours qui se voulait pacificateur. Les jeunes du 20 février reprochent au roi de ne pas joindre l’acte à la parole, de ne pas donner des gages de changement. « La moindre des choses était qu’il annonce la libération des détenus politiques », ont martelé les manifestants.

Salafistes et oulémas

Une revendication entendue par détenus salafistes qui ont annoncé leur soutien au Mouvement du 20 février. Depuis le toit de la prison Zaki de Salé où ils se sont réunis le 23 mars, ils ont adressé un message vidéo aux jeunes et au roi. Ils y dénoncent l’instrumentalisation de la justice contre eux et exhortent Mohammed VI à mettre fin aux pratiques des polices secrètes, ce «  cancer qui gangrène la société marocaine », selon leur porte-parole. Une seconde vidéo diffusée le soir-même montre l’un des leurs se jetant du haut du mur de la prison pour protester contre le sort qui leur est réservé. Dans une autre vidéo qui fait le tour des forums sociaux, un homme témoigne de son passage de 32 jours dans la sinistre prison secrète de Témara dont les autorités marocaines continuent de nier l’existence. Il raconte comment des agents de la DST lui ont introduit une bouteille dans l’anus, jusqu’à déchirer ses tissus et sortir ses intestins.

A l’opposée de l’islam des geôles, les acteurs de la scène religieuse officielle rejoignent aussi les rangs des protestataires. A Agadir, les imams, sont descendus le 20 mars avec des pancartes « Taoufik Khennech » (Taoufik dégage, en amazigh ). Ils ont désavoué la politique de leur ministère de tutelle et ont dénoncé l’emprise doctrinale de l’islam makhzénien. En effet, à l’instar des autres piliers du pouvoir, la presse indépendante parlait d’une OPA royale sur le champ religieux. Ahmed Taoufik, ministre des Habous et des Affaires islamiques, a été le maître d’œuvre d’une refonte des structures cléricales afin de placer le discours des ouléma sous contrôle. L’islam officiel ne tolère aucune dissonance avec l’islam sunnite de rite malékite qu’affectionne le Makhzen. Que ce soit en lançant la chaîne TV radio « Mohammed VI pour le saint Coran  », en favorisant certaines confréries soufies, ou en dictant le contenu des prêches du vendredi, c’est le monarque, en sa qualité de "commandeur des croyants", qui donne le ton du discours religieux.

Halte à la propagande

Autre acte manqué de Mohammed VI, ses promesses de liberté d’expression n’ont pas été accompagnées d’un assainissement des médias officiels qui se livrent à une surenchère de propagande depuis que la fièvre protestataire a gagné le Maroc. L’instrumentalisation à outrance de l’agence de presse officielle (¨MAP), des chaînes de télévision nationales et de la presse proche du pouvoir, creuse un fossé de plus en plus grand entre un discours officiel autiste et une génération Internet consommatrice de journalisme citoyen. La contestation gagne les rédactions les plus assujetties à la censure, comme la MAP. Le 22 mars, ses employés ont organisé un sit-in devant le siège à Rabat pour dénoncer «  la situation préoccupante » de l’agence. Nizar Fraoui, employé de la MAP et membre du Syndicat National de la Presse Marocaine (SNPM), se plaint dans une interview accordée à Lakome de la chape de plomb qui pèse sur les journalistes de l’agence en raison de l’opacité des centres de décision. Les télévisions aussi dénoncent la mainmise de la communication officielle sur leur ligne éditoriale.

Après un premier sit-in des employés de la Société Nationale de Radio et de Télévision, ce sont les employés de la chaîne 2M qui ont entrepris le 25 mars un sit-in devant les locaux de la Chaîne à Aïn Sebâa (Casablanca). Selon le site d’information lakome, Samia Sitaïl, la directrice d’information, supervise en personne les montages afin de dénaturer le message du Mouvement du 20 février. Dans leur communiqué, les journalistes rappellent leur position éditoriale de principe, et dénoncent le verrouillage de la liberté d’expression au sein d’une chaîne qui a été à la pointe de l’innovation au début des années 1990.

Elèves et étudiants

Les collégiens et lycéens, eux, ont choisi la date commémorative de la répression sanglante du 23 mars 1965 contre les étudiants pour laisser exploser leur colère. Dans plusieurs villes du Maroc, ils ont dénoncé un système éducatif inégalitaire et les conditions sociales précaires du corps enseignant. Les slogans scandés, sensiblement marqués par la peur du chômage, dénoncent un Maroc où l’ascenseur social est en panne, et où les jeunes issus des classes défavorisées peinent à gravir les échelons professionnels. Les manifestations du 23 mars ne se sont pas partout passées sans heurts, comme à Kénitra, où une manifestation pacifique des étudiants de l’Université Ibn Tofail a été réprimée dans la violence, faisant une dizaine de blessés. La veille, ces mêmes étudiants ont contraint Nouzha Skalli, ministre du développement social, de la famille et de la solidarité, à quitter l’université où elle devait donner une conférence.

Who’s who du Makhzen

Les pancartes des manifestants ont des noms, des visages. « Fassi-Fihri, Dégage ! », La famille du premier ministre, Abbas el Fassi, bat des records d’impopularité. « Ce n’est pas normal que le Gouvernement compte plusieurs personnes de la même famille, ils ne sont quand même pas seuls dans ce pays ! », s’indignent les manifestants. Primature, Affaires étrangères, Affaires internes, Santé, etc, autant de ministères et de secrétariats d’Etat occupés par des membres de la famille Fassi-Fihri. Khalid Naciri, ministre de la communication accusé par les manifestants d’être un bourreau de la presse, et Moncef Belkhayat, ministre de la jeunesse et des sports qui a qualifié les jeunes du Mouvement du 20 février de "traitres à la solde du Polisario", ont également leur part de slogans dénonciateurs.

L’entourage royal est particulièrement visé, notamment Fouad Ali Al Himma, ami intime de Mohammed VI, et Mounir Majidi, son secrétaire particulier. Le premier est accusé de phagocyter la scène politique au profit du Parti Authenticité et Modernité (PAM), dont il est le leader, et que les observateurs qualifient d’antichambre du Palais. Le second est devenu la figure par excellence de l’affairisme et de la prédation économique des proches du roi. Hassan Bouhemmou, son bras droit, ou encore Anas Sefroui, président du groupe immobilier Addoha, dont on dit qu’il porte les intérêts du Palais, ont également été dénoncés par les manifestants comme des symboles du « Makhzen économique ». « Rendez-nous notre Zoo  ! », », « Rendez-nous notre plage des Nations ! », les marches de protestation que connaît le royaume depuis le 20 février exhument les scandales immobiliers ou financiers qui entachent l’entourage royal.

Sécuritaires et militaires

Les caciques de l’armée et les polices de l’ombre n’ont pas été oubliés par les manifestants. Lors de la marche du 20 mars à Rabat, une groupe d’hommes, la soixantaine, ont affiché des slogans jusqu’ici peur communs dans le débat public : « Général Benslimane, Dégage ! », « Général Bennani, Dégage ! », « Nous voulons un ministre de la Défense ». Ils se définissent comme des victimes des violations des Droits de l’Homme au sein de l’armée, et dénoncent l’instrumentalisation du devoir d’obéissance pour asservir les militaires. Pour les manifestants, pas de rapport de confiance possible avec l’Etat tant que les responsables des violations des Droits de l’Homme, y compris celles qui ont été commises sous Hassan II, sont encore en place.

« DST, Dégage ! », les partisans du changement exigent le démantèlement des polices politiques qui ne disent pas leur nom. Yassine Mansouri, patron de la Direction Générale des Etudes et de la Documentation (DGED), et le Général Hamidou Lâanigri, ancien responsable de la Direction Générale de la Sureté Nationale (DGSN), sont particulièrement décriés par les foules. Ce dernier est désigné comme le responsable des rafles de présumés terroristes après les attentats du 16 mais 2003 à Casablanca. Le nombre d’arrestations (12 000 au total), dépasse celui du coup de filet après le 11 septembre 2001... Il est accusé d’avoir légué l’un des dossiers qui pèsent le plus lourds sur la conscience des Droits de l’Homme au Maroc : celui de la salafia.

Une solitude royale

Pourtant, si les visages du Makhzen sont nombreux, face à une protestation populaire de plus en plus véhémente, Mohammed VI se retrouve bien seul. En prenant à charge de faire un discours décrétant des réformes par le haut, jugées insuffisantes et surtout peu crédibles par une grande partie de la population, le roi prend le risque de se retrouver en confrontation de plus en plus directe avec les manifestants. L’alibi d’un entourage royal corrompu qui se dresse entre un souverain bienveillant et son peuple ne fait plus recette. Par sa détermination et son franc-parler, le Mouvement du 20 février met Mohammed VI face à ses responsabilités : ne pas répondre à la demande légitime de démocratisation et continuer à accorder l’immunité aux responsables des exaction, c’est choisir le camp du Makhzen contre celui des citoyens.

Quelle réponse apportera le monarque à la marche du 20 mars ? Si les observateurs excluent pour le moment l’éventualité d’un second discours allant plus loin que le premier, certains parient sur la mise en place de véritables mesures d’accompagnement de la transition démocratique, à savoir la dissolution du comité constitutionnel nommé par le roi et la mise en place d’une constituante élue, faute de quoi, le trône sera de plus en plus fragilisé.

Source : http://www.guinguinbali.com/index.php?lang=fr&mod=news&task=view_news&cat=3&id=1739

(Le titre et le chapeau sont de la rédaction du Journal de Mémoire des luttes)

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