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La démocratie sénégalaise à l’épreuve

Par Stéphane Faucher  |  10 février 2012     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Le 28 janvier 2012, le Conseil constitutionnel de la République du Sénégal a admis la recevabilité de la candidature du Président Abdoulaye Wade aux prochaines élections du 26 février 2012, en même temps qu’il invalidait celle de Youssou’N Dour, le populaire chanteur Griot. Cette décision a provoqué de violentes émeutes soulignant ainsi le peu de confiance que les citoyens sénégalais accordent à leurs institutions en général, et à leur système électoral en particulier.

En briguant, à 86 ans, un troisième mandat, le Président Wade renonce - par ambition personnelle, mais aussi par ce qu’Alexis de Tocqueville qualifiait « d’intérêt à s’oublier soi-même » -, à inscrire son nom au Panthéon des hommes vertueux. Ceux qui, par renoncement à eux-mêmes, incarnent la souveraineté populaire. Sans ignorer les spécificités du continent africain, et en particulier du Sénégal, il existe une universalité des valeurs qui doivent être le garant de toute Constitution politique : une démocratie efficace doit unir le droit au devoir, doit établir que la loi est garante de la liberté, et que la solidarité ne peut exister sans l’exercice de la responsabilité de ceux qui gouvernent.

Doit-on pour autant, comme l’évoque Pierre Sané dans un récent article du Monde [1], considérer que la décision du Conseil constitutionnel porte atteinte à sa légitimité, au point de nuire à la démocratie ? Vingt-quatre élections présidentielles seront organisées en 2012 dans le monde entier. C’est bien là le témoignage de ce que la démocratie progresse, en même temps que les vices régressent, donnant ainsi aux peuples naissants tout le sens de leur engagement au service de la nation.

La Constitution doit être garante de la liberté et non la caution d’un pouvoir qui l’utiliserait selon son bon plaisir. Mais la décision du Conseil constitutionnel sénégalais, aussi contestable qu’elle soit, ne doit pas nuire à la puissance de l’engagement des citoyens au point que ceux-ci se désintéressent de la vie politique. Il n’y aurait alors besoin ni de violence ni de fraude pour permettre l’élection de celui que l’on refuse. Le seul désintérêt des électeurs suffirait. Il faut se souvenir que la liberté a souvent généré des affrontements et des guerres et, si elle a toujours permis le rapprochement des citoyens, elle n’a jamais - contrairement au despotisme - fait naître l’indifférence générale.

Fragiliser la légitimité des institutions à l’approche des élections fait courir le risque de désolidariser durablement les hommes et de rendre aisément accessible la fonction présidentielle à tout despote embusqué. L’évolution du monde est considérablement bouleversée par un décalage croissant entre le développement de la communication et de l’éducation qui, seule, permet l’analyse objective du flux d’informations. Ces contradictions aboutiront inéluctablement à de nouvelles solutions, sans que personne ne sache comment nos sociétés aujourd’hui en transition seront remplacées.

La démocratie reste fragile et ne sort pas toujours indemne des insurrections populaires. La crise de 1929 n’a-t-elle pas amené Hitler et le nazisme au pouvoir en Europe, en même temps qu’elle portait Roosevelt et le New Deal aux Etats-Unis ? La Constitution sénégalaise du 22 janvier 2001, qui fixe les droits fondamentaux de la République, confie, en son article 3, la souveraineté nationale au peuple. Ce sont tous les citoyens âgés de 18 ans et plus qui, le 26 février prochain, auront pour tâche d’élire au suffrage universel, égal et secret, le nouveau Président de la République du Sénégal.

La force et la vigueur des institutions n’existent que par l’exercice massif de la souveraineté populaire. C’est en étant acteur de son destin, en votant - tout en s’assurant de la régularité du scrutin - que le peuple sénégalais pourra, si telle est sa volonté souveraine, écarter légitimement le Président Wade et témoigner ainsi devant le monde entier de la force de la démocratie.

 

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Notes

[1]  Le Monde, 1er février 2012





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