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La dette publique, une aubaine pour les riches

Par Bernard Cassen  |  1er août 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

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Dans la sphère financière comme dans les autres, ce sont les dirigeants politiques et les médias qui, par un tri sélectif des données factuelles disponibles, les font accéder au statut de « problèmes ». Dans le même temps, ils en délimitent unilatéralement par avance les « solutions ». La question de la dette publique constitue un cas d’école de cette manière de trancher un débat sans qu’il ait eu lieu.

Premier volet de la manipulation : dans une atmosphère confinant à la panique, cette question est érigée en sujet de préoccupation quasi obsessionnel. C’est le cas depuis mai 2010 dans l’Union européenne (UE) avec la mise en place du Fonds européen de stabilité financière ; c’est aussi le cas depuis peu aux Etats-Unis. Deuxième volet : dans la zone euro, une solution d’une simplicité biblique est mise en avant. Elle consiste à affirmer que, pour résorber les déficits, il faut tailler massivement dans les dépenses publiques et privatiser tout ce qui peut l’être. Et cela quelles que soient par ailleurs les divergences entre gouvernements de l’UE, et entre certains d’entre eux (Allemagne, Pays-Bas) et la Banque centrale européenne (BCE) sur la nécessité ou non d’une « restructuration » - c’est-à-dire d’une annulation au moins partielle - des dettes souveraines ou d’une mise à contribution des banques qui ont réalisé des bénéfices colossaux grâce à la spéculation sur ces dettes.

Le simple bon sens enseigne pourtant qu’un déficit représente seulement la différence entre des recettes et des dépenses. Cette différence peut certes être comblée par la diminution des dépenses, mais elle peut l’être tout autant par un accroissement des recettes fiscales. Or cette solution n’est jamais évoquée qu’à la marge car elle remettrait en question les politiques néolibérales menées depuis trois décennies par les gouvernements, qu’ils se réclament de la droite ou de la gauche. Ces politiques ont abouti à diminuer la part des revenus du travail dans la richesse produite et à augmenter d’autant les revenus du capital. En d’autres termes, à creuser les inégalités partout dans le monde.

De 1982 à 2005, la part des 1 % les plus riches dans l’ensemble des revenus est passée de 8, 4 % à 18, 3 % aux Etats-Unis, et de 6,9 % à 14, 3 % au Royaume-Uni. Dans la zone euro, les chiffres sont moins spectaculaires, mais néanmoins significatifs : de 9,4 % à 11, 1 % en Allemagne ; de 7, 1 % à 8, 2 % en France [1]. Ce formidable transfert de la richesse au profit de ceux qui étaient déjà des privilégiés s’est opéré par la baisse constante de l’imposition des hauts revenus et des bénéfices des entreprises, d’ailleurs souvent camouflés dans des paradis fiscaux. Les déficits budgétaires entraînés par l’insuffisance délibérée de ces recettes fiscales permettent aux plus riches de gagner sur les deux tableaux : d’un côté, ils paient moins d’impôts, et, de l’autre, grâce aux économies qu’ils réalisent ainsi, ils peuvent acquérir des titres de la dette publique dont les intérêts sont payés par le contribuable.

Les déficits publics pourraient facilement être comblés par une série de mesures simples : taxation des revenus du capital à la même hauteur que celle des revenus du travail ; lutte sérieuse contre la fraude fiscale ; taxation de toutes les transactions financières ; interdiction des flux financiers avec les paradis fiscaux, taxation des produits et services en provenance des pays ne respectant pas des normes sociales et environnementales minimales. On peut toujours rêver d’un Sommet européen qui prendrait ces décisions…

Notes

[1] Michel Husson, « Les inégalités à l’échelle mondiale », Chronique internationale de l’IRES, n° 130, mai 2011.





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