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La domination des Etats-Unis se renforce sur le Mexique

Par Ulises Noyola Rodríguez  |  11 mai 2015     →    Version imprimable de cet article Imprimer

L’importance géostratégique du Mexique a pris une nouvelle dimension après les événements tragiques d’Ayotzinapa [1]. Le pays constitue un réservoir de pétrole, de minéraux, d’eau et de ressources naturelles de première importance pour l’économie des États-Unis. Dans cette optique, il faut comprendre que les réformes structurelles actuellement entreprises par le gouvernement d’Enrique Peña Nieto visent en réalité à renfoncer la soumission du pays.

La stratégie américaine ne consiste pas seulement à acquérir les hydrocarbures du Golfe de Mexique, mais aussi à s’approprier les ressources naturelles et la force de travail des régions économiques affectées par le narcotrafic. C’est ici qu’il faut s’intéresser à la création récente des zones économiques spéciales (ZES) lancées depuis novembre 2014.

Les ZES sont des espaces géographiques régis par des lois économiques ultra favorables au marché. Elles ont pour objectif d’attirer l’investissement étranger et de faciliter l’exportation de produits à des prix compétitifs.

Les ZES ont acquis une notoriété mondiale au cours des années 1980 grâce aux résultats positifs obtenus par le gouvernement de Deng Xiaoping en Chine. Dans le cas de l’expérience asiatique, le financement de l’Etat et la présence de capitaux nationaux ont joué un rôle décisif à l’impulsion.

En outre, les ZES étaient soumises à la régulation de l’Etat avant l’entrée du pays au sein de l’Organisation mondiale de commerce (OMC), événement qui a libéralisé le commerce du géant asiatique.

En revanche, le régime néolibéral établi au Mexique depuis trois décennies a anéanti le développement du secteur industriel, en annulant l’influence de la petite et de la moyenne bourgeoise dans la stratégie de croissance orientée vers l’intérieur du pays. L’Etat mexicain a libéralisé de manière délibérée le commerce extérieur en faveur des entreprises transnationales et démantelé l’appareil productif national.

La création des ZES dans l’Etat de Guerrero, de Michoacán, du Chiapas et à Oaxaca renforcera la présence du capital étranger au sud-est du territoire mexicain. L’objectif officiel des zones économiques est de favoriser le développement d’Etats qui contribuent seulement pour 7% au PIB national et qui concentrent 15% de la population mexicaine (Bancomext, Zonas Económicas Especiales en México, 2014).

Le président Enrique Peña Nieto a indiqué que les ZES devront bénéficier d’une infrastructure moderne, de conditions de sécurité optimales, d’un financement préférentiel de la part de la Banque de développement, de facilités pour le commerce extérieur, de réductions importantes d’impôts et du soutien de l’Institut mexicain de la sécurité sociale (IMSS) et de l’Institut du Fond national pour le logement des travailleurs (INFONAVIT) afin d’attirer l’investissement des entreprises et de générer des emplois de qualité.

La baisse du prix du pétrole, la dévaluation du peso et les difficultés d’endettement externe ont significativement réduit les revenus de l’Etat. La prévision de croissance annuelle est ramenée à 2,5/3,5% pour 2015. L’annonce d’une possible réduction de la dépense publique par le président de la Banque du Mexique, Agustín Carstens, a mis en évidence l’incapacité de l’Etat à établir un programme d’investissement public à long terme dans les ZES.

Le gouvernement fédéral réalisera des investissements pour un montant de 195 milliards de pesos dans le cadre du Programme de la région du Sud dont l’objectif est la diminution des inégalités dans cette partie du pays. Ce montant est en réalité dérisoire car il ne permettra que le financement d’une partie des besoins de transports pour connecter ces Etats entre eux.

L’appui de la Banque de développement, pour sa part, loin de construire une infrastructure capable d’appuyer l’industrialisation de la région, sera destiné à des industries extractives. La Banque nationale du commerce extérieur (Bancomext) financera les ZES au moyen de l’aide préférentiel qu’elle a reçue du ministère des finances (1 800 milliards de pesos).

L’impact économique sur l’emploi dans les régions sera faible vu qu’il s’agit de soutenir des activités à faible valeur ajoutée, qui ne sont pas liées à l’appareil productif national. De cette manière, les Etats qui accueillent les ZES continueront de concentrer précarité, pauvreté extrême et informalité (CONEVAL, Informe de pobreza en México en 2012, 2013).

L’importance géographique de ces régions est due à l’existence d’une main d’œuvre abondante surexploitée qui s’ajuste à la délocalisation productive des entreprises américaines. Cette surexploitation constituera la marque de fabrique des ZES, car elle compensera la chute du prix des matières premières à laquelle les entreprises américaines font actuellement face.

Par ailleurs, ces régions concentrent la majeure partie de a biodiversité du Mexique. Les ressources naturelles potentielles à exploiter incluent les minéraux, l’eau, le bois, l’agriculture, la pêche. L’exploitation de ces ressources naturelles implique la dépossession capitaliste de l’Etat qui est déjà en cours.

Cela se confirme avec la construction d’un parc agroindustriel au Chiapas qui profitera des ressources naturelles exploitées par des entreprises transnationales. Parmi les techniques les plus rentables utilisées figurent l’exploitation minière à ciel ouvert et l’exploitation des ressources agricoles d’une manière extensive. Par conséquent, la détérioration du territoire annihilera la possibilité du développement futur des Etats concernés.

L’État mexicain réprime les mouvements populaires et renforce la présence de l’armée afin d’appuyer le rôle géopolitique des États-Unis dans ces régions. Cette répression sociale a reçu le soutien du gouvernement américain pendant la dernière rencontre entre les deux présidents au début de l’année 2015, événement qui a confirmé la poursuite de l’aide militaire des États-Unis au Mexique dans le cadre de l’Initiative Merida lancée en 2008.

En somme, la contradiction de la stratégie américaine consiste à ce que la dépossession et la surexploitation capitalistes fracturent le territoire mexicain. Cette situation pourrait favoriser le développement de puissants mouvements sociaux capables, à termes, de menacer la présence des États-Unis dans notre pays.

Source : http://www.alainet.org/es/node/168647

 

Illustration : blake.thornberry

Notes

[1] Le 26 septembre 2014, 43 étudiants de l’école normale rurale d’Ayotzinapa ont disparu. Le 4 octobre, 28 corps non identifiés ont été retrouvés dans des fosses près de la municipalité d’Iguala située dans l’Etat de Guerrero (Sud-Ouest du Mexique). Héritage de la révolution mexicaine, les écoles normales rurales ont été fondées dans les années 1920 pour mener des campagnes d’enseignement et d’alphabétisation dans les zones rurales du pays. Sur ces évènements lire Irma Eréndira Sandoval, « Ce que le mouvement des disparus d’Ayotzinapa nous dit de la corruption structurelle au Mexique », Mémoire des luttes.





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