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La "menace iranienne"

Par Noam Chomsky  |  2 mars 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

La "terrible menace iranienne" est largement reconnue comme le problème de politique internationale le plus important pour le gouvernement de Barack Obama. Le général Petraeus a informé le Comité sénatorial des forces armées en mars 2010 que "le régime iranien est la principale menace étatique pour la stabilité" dans la sphère d’influence du US Central Command [1], le Moyen-Orient et l’Asie centrale, la principale région du monde intéressant les Etats-Unis. Le terme "stabilité" a ici son sens technique usuel : fermement sous contrôle étasunien. En juin 2010, le Congrès des Etats-Unis a renforcé les sanctions contre l’Iran, avec des peines encore plus sévères contre les entreprises étrangères [2].

Le gouvernement Obama augmente rapidement sa capacité d’attaque sur l’île africaine de Diego Garcia, revendiquée par le Royaume-Uni qui avait expulsé la population pour permettre aux Etats-Unis de construire une base militaire pour les attaques dans la zone d’action du Central Command. L’US Navy rapporte avoir envoyé un navire ravitailleur de sous-marins vers l’île, pour des sous-marins à propulsion nucléaire équipés de missiles guidés Tomahawk pouvant porter des têtes nucléaires. Chaque sous-marin a la force de frappe d’un groupe de combat aéronaval typique. Selon un rapport de cargaison de la US Navy obtenu par le Sunday Herald de Glasgow [3], l’équipement militaire expédié par Obama comprend 387 "bunker busters" [4], servant à détruire les structures souterraines renforcées. La projet de développement de ces bombes, les plus puissantes de l’arsenal après les bombes nucléaires, avait été inité sous l’administration Bush, mais languissait. A sa prise de pouvoir, Obama a immédiatement accéléré le projet, et ces bombes sont sur le point d’être déployées plusieurs années en avance sur les prévisions, visant spécifiquement l’Iran.

"Ils se préparent totalement pour la destruction de l’Iran", selon Dan Plesch, directeur du Centre d’études internationales et de diplomatie de l’université de Londres [5]. "Les bombardiers et missiles de longue portée étasuniens sont prêts pour détruire 10 000 cibles en Iran en quelques heures", dit-il. "La force de frappe des Etats-Unis a quadruplé depuis 2003", accélérant sous Obama.

La presse arabe rapporte qu’une flotte américaine (avec un navire israélien) est passée par le canal de Suez en route pour le Golfe persique [6], où sa mission est de "mettre en oeuvre les sanctions contre l’Iran et superviser les bateaux en provenance ou à destination de l’Iran." Des médias britanniques et israéliens rapportent que l’Arabie Saoudite garantit à Israël un couloir de passage pour bombarder l’Iran (démenti par l’Arabie Saoudite) [7]. De retour d’Afghanistan pour assurer aux pays de l’OTAN que les Etats-Unis maintiendraient leur engagement après le remplacement du général McChrystal par son supérieur, le général Petraeus, le président du Comité des chefs d’États-majors interarmées [8] Michael Mullen s’est rendu en Israël pour rencontrer le chef d’état-major des forces armées israéliennes Gabi Ashkenazi (remplacé le 14 février 2011 par le général Benny Gantz), les hauts responsables militaires ainsi que les services de renseignement, poursuivant la coopération stratégique entre Israël et les Etats-Unis. La rencontre a porté sur "la préparation, par Israël et les Etats-Unis, à la possibilité d’un Iran nucléarisé", selon Haaretz, Mullen insistant sur le fait qu’il "cherche toujours à voir les problèmes sous la perspective israélienne." Mullen et Ashkenazi ont maintenu un contact régulier par une ligne téléphonique sécurisée.

Les menaces grandissantes d’action militaire contre l’Iran sont bien sûr en violation de la Charte des Nations unies, et en violation spécifique de la résolution 1887 du Conseil de sécurité de septembre 2009, qui réaffirme l’appel à tous les États à résoudre pacifiquement les différends liés au nucléaire, en accord avec la Charte, qui bannit l’usage ou la menace de la force.

Certains analystes qui semblent être pris au sérieux décrivent la menace iranienne en termes apocalyptiques. Amitai Etzioni, par exemple, prévient que "les Etats-Unis devront affronter l’Iran ou abandonner le Proche-Orient", rien de moins. Si le programme nucléaire iranien se poursuit, affirme-t-il, la Turquie, l’Arabie Saoudite et d’autres États vont "se déplacer vers" la nouvelle "superpuissance" iranienne. Dans une rhétorique moins fiévreuse, une alliance régionale indépendante des États-Unis pourrait prendre forme. Dans le journal militaire américain Military Review, Etzioni exhorte à une attaque des États-Unis qui ciblerait non seulement les équipements nucléaires iraniens, mais aussi les équipements militaires non nucléaires, y compris l’infrastructure — c’est-à-dire la société civile. "Cette sorte d’action militaire est semblable aux sanctions : faire "mal" pour faire changer de comportement, mais par des moyens beaucoup plus puissants."

Mettant de côté ces discours enflammés, qu’est-ce exactement que la "menace iranienne" ? Une réponse qui fait autorité est donnée par le rapport de l’Armée et des services de renseignement pour le Congrès des États-Unis d’avril 2010 [9].

Le régime clérical brutal iranien est assurément une menace pour son propre peuple, bien qu’il ne soit pas très haut placé dans la liste sur ce point en comparaison d’autres alliés des États-Unis de la région. Mais ce n’est pas ce qui préoccupe l’armée et le renseignement. Ils sont plutôt préoccupés par la menace que l’Iran représente pour la région et le monde.

Le rapport exprime clairement que la menace iranienne n’est pas d’ordre militaire. Les dépenses militaires de l’Iran sont "relativement basses comparées au reste de la région", et bien sûr minuscules comparées à celles des Etats-Unis. La doctrine militaire iranienne est strictement "défensive, conçue pour ralentir une invasion et forcer une solution diplomatique à des hostilités." L’Iran a seulement "une capacité de projection de forces limitée hors de ses frontières". Concernant l’option nucléaire, "le programme nucléaire de l’Iran, et sa volonté de laisser ouverte la possibilité de développer des armes nucléaires, sont un élément central de sa stratégie de dissuasion."

Même si la menace iranienne n’est pas une agression militaire, cela ne veut pas dire qu’elle pourrait être tolérable pour Washington. La capacité de dissuasion iranienne est considérée comme un exercice illégitime de souveraineté, interférant avec les grands desseins de Washington. Spécifiquement, elle menace le contrôle des ressources énergétiques du Moyen-Orient par les Etats-Unis, une haute priorité depuis la seconde guerre mondiale. Comme l’a fait remarquer une personalité influente, exprimant ainsi un point de vue courant, le contrôle de ces ressources donne "un contrôle considérable sur le monde" (A.A. Berle).

Mais la menace de l’Iran va au-delà de la dissuasion. L’Iran cherche aussi a étendre son influence. Son "plan quinquennal actuel cherche a étendre les relations bilatérales, régionales et internationales, à renforcer les liens de l’Iran avec les Etats amis, et augmenter ses capacités de défense et de dissuasion. Dans la lignée de ce plan, l’Iran cherche à gagner en importance, en contrant l’influenceaméricaine et développant des liens avec les acteurs régionaux, tout en défendant la solidarité islamique." En bref, l’Iran cherche à "déstabiliser" la région, dans le sens technique du terme utilisé par le général Petraeus. L’invasion et l’occupation militaire des pays voisins de l’Iran par les Etats-Unis est la "stabilisation". Les efforts de l’Iran pour étendre son influence aux pays voisins est la "déstabilisation", donc clairement illégitime. Il faut remarquer qu’une utilisation aussi révélatrice des termes est banale. Ainsi, l’expert renommé en relations internationales James Chace, ancien éditeur du journal Foreign Affairs [10], utilisait également le terme "stabilité" dans son sens technique quand il expliquait que pour retrouver la "stabilité" au Chili, il était nécessaire de "déstabiliser" le pays (en renversant le gouvernement élu de Salvador Allende pour y installer la dictature de Pinochet).

Au-delà de ces crimes, l’Iran participe et soutient le terrorisme, poursuit le rapport. Les Gardiens de la révolution "sont derrière certaines des attaques terroristes les plus meurtrières des trois décennies", notamment des attaques contre des installations militaires américaines, et "beaucoup d’attaques insurgées contre les forces de sécurité irakiennes et de la Coalition en Irak depuis 2003. "De plus, l’Iran soutient le Hezbollah et le Hamas, forces politiques majeures au Liban et en Palestine — si les élections ont une quelconque importance. La coalition formée autour du Hezbollah a rassemblé le vote populaire lors des dernières élections libanaises, en 2009. Le Hamas a gagné les élections palestiniennes de 2006, forçant les États-Unis et Israël à mettre en place un blocus brutal de la bande de Gaza, pour punir les impétrants d’avoir mal voté lors d’élections libres... Il s’agissait pourtant des seules élections relativement libres du monde arabe... Il est normal, pour l’élite, de redouter la menace démocratique et d’agir pour la contenir, mais le cas est ici frappant, particulièrement si on le compare avec au puissant soutien américain aux dictatures de la région, mis en avant par Barack Obama et ses éloges notamment (avant l’insurrection populaire de la Place Tahrir en février 2011) à l’égard du brutal dictateur égyptien Hosni Moubarak (aujourd’hui renversé), alors qu’il se rendait au Caire pour faire son célèbre discours adressé au monde musulman.

Les actes terroristes du Hamas et du Hezbollah font pâle figure en comparaison du terrorisme israélo-américain dans la région, mais méritent tout de même notre attention. Le 25 mai, le Liban a fêté le jour de la Libération, commémorant le retrait des troupes israéliennes du sud du Liban après 22 ans d’occupation, suite à la résistance du Hezbollah — décrite par les autorités israéliennes commes une "agression iranienne" contre Israël dans le Liban sous occupation israëlienne (Ephraim Sneh)... Voilà un autre exemple de rhétorique impériale courante. Ainsi, le président John F. Kennedy condamnait "l’assaut de l’intérieur" au Sud Vietnam, "qui est orchestré depuis le Nord". Cet "assaut criminel" de la résistance sud-vietnamienne contre les bombardiers, les armes chimiques, les programmes pour amener les paysans dans ce qui s’apparentait à des camps de concentration et d’autres mesures aussi insignifiantes prises par Kennedy furent dénoncées comme une "aggression interne" par l’ambassadeur des États-Unis aux Nations unies, le "héros" libéral Adlai Stevenson. Le soutien nord-vietnamien à leurs compatriotes du Sud occupé par les Etats-Unis était une aggression, une interférence intolérable contre la vertueuse mission de Washington. Les conseillers de Kennedy, Arthur Schlesinger et Theodore Sorenson, considérés comme des opposants à la guerre, faisaient l’éloge de l’intervention américaine visant à renverser l’"aggression" au Sud Vietnam — par la résistance locale, comme ils le savaient, au moins s’ils lisaient les rapports des services de renseignement. En 1955, le Comité des chefs d’états-majors interarmées des Etats-Unis avait défini plusieurs types d’"aggression", y compris "aggression autre qu’armée, c’est-à-dire, guerre politique, ou subversion." Par exemple, un soulèvement intérieur contre un Etat policier imposé par les Etats-Unis, ou des élections démocratiques donnant un "mauvais" résultat... Une telle utilisation des termes est aussi courante dans les commentaires académiques ou politiques, et prennent tout leur sens si l’on part de l’hypothèse washingtonienne en vigueur que "le monde nous appartient".

Le Hamas résiste à l’occupation militaire d’Israël et à ses actions violentes et illégales dans les territoires occupés. Il est accusé de refuser de reconnaître Israël (les partis politiques ne reconnaissent pas les États). En comparaison, les États-Unis et Israël non seulement ne reconnaissent pas l’État palestinien, mais ont toujours agit avec fermeté pour s’assurer que la Palestine ne pourra jamais exister sous une forme significative. Le parti au pouvoir en Israël, le Likoud, dans son programme de campagne de 1999, interdit l’existence de tout État palestinien — un pas supplémentaire vers le compromis, depuis la position officielle des États-Unis et Israël une décennie auparavant, assurant qu’il ne pouvait pas y avoir "un Etat palestinien supplémentaire" entre Israël et la Jordanie, ce dernier étant décrété "Etat palestinien", quoi qu’en pensent les ignorants habitant ou gouvernant ce pays.

Le Hamas est accusé de lancer des roquettes sur les agglomérations israéliennes, sans conteste des actes criminels, mais qui font pâle figure devant la violence d’Israël à Gaza, sans parler d’ailleurs. Sur ce point, il faut garder en mémoire que les États-Unis et Israël savent exactement comment mettre fin à la terreur qu’ils déplorent avec tant de passion. Israël reconnaît officiellement qu’il n’y avait pas de tirs de roquettes du Hamas tant qu’Israël respectait partiellement la trêve avec le Hamas de 2008 [11]. Israël a rejeté l’offre du Hamas de renouveler la trêve, préférant lancer l’"opération plomb durci" contre Gaza en décembre 2008, avec total soutien américain, une agression meurtrière exceptionnelle sans le moindre prétexte moral ou légal crédible.

Le modèle de démocratie dans le monde musulman, malgré certains problèmes sérieux, est la Turquie, qui a des élections relativement libres, et a été l’objet de critiques sévères de la part des Etats-Unis. Le cas le plus extrême a été lorsque le gouvernement a suivi l’avis de 95% de la population turque en refusant de participer à l’invasion de l’Irak, provoquant la condamnation sévère de Washington pour son incapacité à comprendre comment un gouvernement démocratique doit se comporter : selon notre idée de la démocratie, la voix du Maître détermine les choix politiques, pas l’opinion presque unanime de la population.

Le gouvernement Obama était également furieux lorsque la Turquie s’est jointe au Brésil pour trouver un accord avec l’Iran visant à restreindre sa capacité à enrichir de l’uranium. Obama avait loué l’initiative dans une lettre au président brésilien Lula da Silva (dont le mandat s’est achevé le 31 décembre 2010), supposant apparemment qu’elle allait échouer et donnerait ainsi une arme de propagande contre l’Iran. Lorsque l’initiative a abouti, les Etats-Unis étaient furieux, et l’ont rapidement sapée en lançant une résolution du Conseil de sécurité comportant de nouvelles sanctions contre l’Iran, des sanctions si dépourvues de sens que la Chine a joyeusement soutenu la résolution — reconnaissant que les sanctions pourraient seulement empêcher les intérêts occidentaux d’être en compétition avec Pékin pour les ressources iraniennes. Une nouvelle fois, Washington a agi sans détours pour s’assurer que nul ne pourrait gêner son contrôle sur la région.

Sans surprise, la Turquie (comme le Brésil) a voté contre la motion américaine de sanctions au Conseil de sécurité. L’autre pays de la région membre du Conseil de sécurité, le Liban, s’est abstenu. Ces actions ont causé davantage de consternation à Washington. Philip Gordon, responsable sous l’administration Obama des relations diplomatiques avec l’Europe, a prévenu la Turquie que les Etats-Unis ne comprenaient pas ses actions, et que la Turquie devait "démontrer son implication dans le partenariat avec l’Occident", rapporte Associated Press, "un rappel à l’ordre rare pour un allié crucial de l’OTAN" [12].

La classe politique comprend très bien. Steven A. Cook, un universitaire du Conseil des relations étrangères, a observé que la question centrale est : "comment garde-t-on les Turcs à leur place ?" — à suivre les ordres comme de bons démocrates. Un gros titre du New York Times captura le sentiment général : "L’accord iranien, point noir de l’héritage du leader brésilien". En résumé, faites ce qu’on vous dit, sinon...

Rien n’indique que d’autres pays de la région soutiennent les sanctions américaines davantage que la Turquie. Par exemple, le Pakistan et l’Iran se sont rencontrés en Turquie pour signer un accord concernant un nouveau gazoduc [13]. Encore plus préoccupant pour les Etats-Unis, le gazoduc pourrait être étendu jusqu’en Inde. L’accord des Etats-Unis avec l’Inde soutenant son programme nucléaire — et indirectement, son programme d’armes nucléaires — avait pour but d’empêcher l’Inde d’être reliée à ce gazoduc, selon Moeed Yusuf, un conseiller sur l’Asie du Sud auprès de l’Institut des Etats-Unis pour la paix, exprimant un point de vue courant. L’Inde et le Pakistan sont deux des trois puissances nucléaires ayant refusé de signer le Traité de non-prolifération (TNP), le troisième étant Israël. Tous ont développé des armes nucléaires avec le soutien des Etats-Unis, et continuent de le faire.

Aucune personne saine d’esprit ne souhaite que l’Iran développe des armes nucléaires ; ou n’importe quel autre État. Une façon simple d’atténuer ou d’éliminer cette menace est d’établir une Zone exempte d’armes nucléaires (ZEAN) au Proche-Orient. La question a été soulevée (une nouvelle fois) à la conférence du TNP au siège des Nations unies en mai 2010. L’Egypte, qui menait les 118 pays du Mouvement des non-alignés, proposa que la conférence soutienne un appel à négociations en 2011 concernant une ZEAN au Proche-Orient, comme convenu par l’Occident, y compris les Etats-Unis, lors de conférence de révision du TNP de 1995.

Washington est toujours formellement d’accord, mais insiste pour qu’Israël en soit exemptée. L’heure n’est pas encore venue de créer la zone, a déclaré la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton lors de la conférence du TNP, tandis que Washington soutenait qu’aucune proposition ne pourrait être acceptée si elle exigeait de placer le programme nucléaire israélien sous le contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), ou si elle obligeait des signataires du TNP, en particulier Washington, à divulguer les informations concernant "les activités et équipements nucléaires israéliens, incluant les informations concernant de précédents transferts nucléaires vers Israël" [14]. La méthode d’Obama pour esquiver le problème est adopter la position d’Israël, selon laquelle toute proposition doit être conditionnée à un vaste accord de paix, que les Etats-Unis peuvent repousser indéfiniment, comme ils l’ont fait ces 35 dernières années à de rares et passagères exceptions près.

Au même moment, Yukiya Amano, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), demandait aux ministres des affaires étrangères des 151 pays membres de faire savoir leur point de vue sur comment mettre en application une résolution demandant à Israël d’adhérer au TNP et de permettre l’inspection de ses installations nucléaires par l’AIEA, selon Associated Press.

Il est rarement noté que les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont une responsabilité particulière pour travailler à l’établissement d’une ZEAN au Proche-Orient. A la recherche d’une maigre couverture légale pour leur invasion de l’Iraq de 2003, ils firent appel à la résolution 687 du Conseil de sécurité (1991), qui appelait l’Irak à mettre un terme au développement d’armes de destruction massive. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni prétendirent que Bagdad n’avait pas respecté la résolution. Il n’est pas nécessaire de s’attarder sur cette excuse, mais cette résolution engage ses signataires vers l’établissement d’une ZEAN au Proche-Orient.

Entre parenthèses, ajoutons que l’insistance des Etats-Unis de maintenir ses installations nucléaires à Diego Garcia sape la ZEAN mise en place par l’Union africaine, et de même, Washington bloque une ZEAN du Pacifique en excluant ses territoires de la région.

La rhétorique engagée d’Obama vis-à-vis de la non-prolifération a reçu beaucoup d’éloges, y compris un prix Nobel. Une action concrète dans ce sens est l’établissement de ZEAN. Une autre est de ne plus soutenir les programmes nucléaires des trois pays non signataires du TNP. Comme souvent, la rhétorique et l’action sont en désaccord, en fait en contradiction directe dans ce cas, des faits auxquels on porte peu d’attention, comme la plupart de ce qui vient d’être rappelé ici

Au lieu de prendre des mesures concrètes visant à réduire la réelle terrible menace de prolifération des armes nucléaires, les Etats-Unis entreprennent des actions majeures visant à renforcer le contrôle américain sur le Proche-Orient, région vitale de production de pétrole, par la violence si d’autres moyens ne suffisent pas. C’est compréhensible et même raisonnable, sous la doctrine impériale en vigueur, quelles qu’en soient les conséquences. Voilà une nouvelle illustration de "l’injustice sauvage des Européens" que déplorait Adam Smith en 1776, le centre de commandement ayant depuis traversé l’océan vers leur ancienne colonie.

 

Noam Chomsky, (juillet 2010)
http://chomsky.info/articles/201007...

Traduction (revue et mise à jour par Mémoire des luttes) et notes par Jc Mourrat, 11 février 2011.
http://gavag.org/Menace_iranienne.html

Source : Le Grand Soir (http://www.legrandsoir.info/)
URL de cet article 12812
http://www.legrandsoir.info/La-menace-iranienne.html

Notes

[1] Le US Central Command est l’un des dix Commandements interarmées de combat ("Unified Combattant Command") du département de la défenseaméricain . Six d’entre eux ont une zone géographique d’action spécifique ("area of responsibility"), dont le US Central Command.

[2] Il s’agit du Comprehensive Iran Sanctions, Accountability, and Divestment Act of 2010. http://en.wikipedia.org/wiki/Compre...,_Accountability,_and_Divestment_Act_of_2010

[3] Rob Edward. Final destination, Iran ? The Herald, 14 mars 2010. http://www.heraldscotland.com/news/...

[4] En anglais "Massive ordnance penetrator", il s’agit d’une bombe anti-bunker de 13 600kg, beaucoup plus grosse que la bombe anti-bunker qui pénètre le plus profondément actuellement, faisant "seulement" 2 270 kg. http://fr.wikipedia.org/wiki/Massiv...

[5] Voir la référence 3.

[6] Jack Khoury. Report : U.S., Israeli warships cross Suez Canal toward Red Sea. Haaretz.com, 19 juin 2010. http://www.haaretz.com/news/diploma...

[7] Hugh Tomlinson. Saudi Arabia gives Israel clear skies to attack Iranian nuclear sites. The Times, 12 juin 2010. http://www.timesonline.co.uk/tol/ne...

[8] En anglais "Joint Chiefs of Staff", ce comité est formé de haut gradés des forces armées des Etats-Unis, chargés de conseiller le gouvernement.

[9] Lieutenant General Ronald L. Burgess, Director, Defense Intelligence Agency. Statement before the Committee on Armed Services, US Senate, 14 Avril 2010. Unclassified Report on Military Power of Iran, Avril 2010. John J. Kruzel, American Forces Press Service, "Report to Congress Outlines Iranian Threats," Avril 2010, (note dans la version originale). http://www.defense.gov/news/newsart...

[10]  Foreign Affairs est un bimestriel influent traitant de politique étrangère et de relations internationales, qualifié par Chomsky de "main establishment journal".

[11] Voir le rapport du Israeli Intelligence and Terrorism Centre http://www.opendemocracy.net/articl... ou l’interview de Mark Regev, porte-parole du premier ministre israëlien http://www.youtube.com/watch?v=zfFM....

[12] Associated Press. U.S. : Turkey must prove its commitment to the West. Haaretz.com, 26 juin 2010. http://www.haaretz.com/news/interna...

[13] Zeeshan Haider. Pakistan, Iran sign deal on natural gas pipeline. Reuters, 17 mars 2010. http://uk.reuters.com/article/2010/...

[14] Eli Lake. Clinton in struggle for Israel’s nuke secret. The Washington Times, 3 mai 2010. http://www.washingtontimes.com/news...





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