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La morsure du chien de garde

Par Bernard Cassen  |  1er février 2012     →    Version imprimable de cet article Imprimer

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Il fut un temps où les gouvernements gouvernaient, y compris en matière économique et financière. Ils prenaient des décisions en puisant dans une panoplie de politiques dont les conséquences étaient généralement prévisibles. C’est le sens de la maxime dont on attribue la paternité à Emile de Girardin, journaliste français du XIXème siècle : « Gouverner c’est prévoir ». Qui pourrait dire aujourd’hui que cette affirmation a encore la moindre validité ? La crise de la dette publique qui affecte l’Europe en offre en tout cas un contre-exemple caricatural.

Les principaux dirigeants de la zone euro – Angela Merkel, Mario Monti, Nicolas Sarkozy, et accessoirement Mariano Rajoy – consacrent une partie croissante de leur temps à se rencontrer ou à se téléphoner pour tenter d’aboutir à des positions communes. Quand ils y parviennent, cette position est rapidement invalidée par la réalité. Tout simplement parce qu’ils n’ont plus aucune prise sur des mécanismes mis en place par les traités européens qu’ils ont eux-mêmes votés. Pour financer la dette publique – dont il faut en permanence rappeler que l’accroissement est largement imputable aux cadeaux fiscaux consentis aux catégories privilégiées et au sauvetage des banques privées -, ils ne peuvent faire appel à la Banque centrale européenne (BCE). Contrairement à la Réserve fédérale et à la Banque d’Angleterre, qui jouent le rôle de prêteurs en dernier ressort, la BCE ne peut avancer des liquidités aux Etats. Elle a seulement le droit de le faire aux banques privées. C’est absurde ? Certainement, mais alors il ne fallait pas voter le traité de Maastricht et celui de Lisbonne !

Reste donc, comme seule possibilité, le recours aux marchés financiers, à des taux prohibitifs pour les Etats les plus vulnérables (28 % pour les bons grecs à 10 ans !). Conséquence : la spirale infernale plans de rigueur/récession/ diminution des rentrées fiscales/ augmentation de la dette/ nouveaux plans de rigueur, etc. Et qui détermine les taux d’intérêt exigés par les investisseurs ? Le jugement des agences de notation, chiens de garde des marchés, par les « notes » qu’elles donnent aux Etats. D’où les efforts désespérés des gouvernements pour donner des gages à Standard & Poor’s (S&P), à Moody’s ou à Fitch Ratings. Nicolas Sarkozy a poussé le ridicule, sinon l’indécence, jusqu’à qualifier de « trésor national » non pas la démocratie ou le respect de la volonté populaire, mais la note AAA de la France !

Il arrive que les chiens de garde mordent la main qui les caresse dans le sens du poil. C’est ce que S&P vient de faire en dégradant d’un cran la note de la France, et de deux crans celles de l’Espagne, de l’Italie et du Portugal. En ce qui concerne la France, ce camouflet s’accompagne d’un cours d’économie à l’usage des nuls : « Un processus de réforme fondé sur le seul versant de l’austérité budgétaire risque de se vouer lui-même à l’échec, la demande intérieure chutant parallèlement aux inquiétudes croissantes des consommateurs sur la sécurité de l’emploi et de leurs revenus, minant les recettes fiscales des pays ». En d’autres termes, une récession est bien plus dangereuse que l’augmentation des déficits. S&P condamne ainsi – comble de l’humiliation - les plans de rigueur qui avaient pourtant été mis en place à seule fin de lui complaire !

Impuissants face à la BCE, prisonniers des contraintes de la survie de la zone euro, et rabroués par des marchés financiers auxquels ils avaient confié leur salut, les gouvernements font penser à des mouches qui se heurtent aux parois d’un bocal dans lequel elles se sont elles-mêmes enfermées. Mais qui osera faire sauter le bouchon de ce bocal ?

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