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Larmes de crocodile dans une maison qui brûle

Par Bernard Cassen  |  1er avril 2013     →    Version imprimable de cet article Imprimer

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Avec Le Monde diplomatique en español

Qui disait que les hauts dignitaires des institutions européennes étaient insensibles aux conséquences dramatiques des politiques d’austérité qu’ils imposent aux peuples ? Le Conseil européen des 13 et 14 mars leur a permis de rappeler qu’ils ont, eux aussi, un cœur. Son président, Herman Van Rompuy, a en effet déclaré que les dirigeants, ses collègues, étaient « pleinement conscients du débat, des frustrations qui s’accumulent, et même du désespoir des gens ». Sans doute était-il encore sous le choc des résultats des élections italiennes des 24 et 25 février, et n’ignorait-il pas les signes avant-coureurs d’une explosion sociale en Espagne et au Portugal. En revanche, il ne voyait rien venir de Chypre…

Personne n’entretenait l’illusion que ces paroles, dignes d’une dame patronnesse, allaient déboucher sur une remise en question radicale des politiques actuelles. En 2012, elles ont plongé la majorité des économies des pays membres de l’Union européenne (UE) dans la récession et, selon les chiffres fournis par la Commission elle-même, elles ont entraîné la destruction d’un million d’emplois dans la seule zone euro où le chômage touche désormais 11,8 % de la population active. Et les perspectives pour 2013 sont encore plus catastrophiques.

Face à un tel bilan de faillite, et après avoir versé ces quelques larmes de crocodile, le Conseil européen a cependant - comme il fallait s’y attendre - décidé de ne rien changer à ses orientations. L’Allemagne veille au grain ! Sont donc plus que jamais à l’ordre du jour la « discipline » budgétaire, les « réformes » structurelles et la recherche frénétique de la « compétitivité ». Seule et minime concession, la Commission a accepté d’être un peu plus souple sur les délais de retour à un déficit public inférieur à 3 % du produit intérieur brut de chaque Etat. Et, pour que François Hollande ne perde pas une fois de plus la face, a été sorti des placards le Pacte européen de croissance adopté en juin 2012 et dont on n’avait plus entendu parler depuis cette date.

Il faut rappeler que, tout juste quelques semaines après son arrivée à l’Elysée, ce Pacte avait servi d’alibi au président de la République pour camoufler le renoncement à son engagement de « réorienter » l’Europe. Quand on regarde de près le contenu et le volume (120 milliards d’euros) de cet accord, on en mesure le caractère dérisoire par rapport à l’ampleur de la crise. Son montant représente l’addition de trois sources hétéroclites : l’augmentation de 10 milliards du capital de la Banque européenne d’investissement (BEI) qui accroîtrait sa capacité de prêt de 60 milliards ; 55 milliards de fonds structurels non dépensés ; et 5 milliards d’emprunts obligataires pour le financement de projets (project bonds) d’infrastructures dans les secteurs de l’énergie, des transports et de l’Internet à haut débit.

A supposer que ces 120 milliards puissent être engagés immédiatement – ce qui est techniquement impossible -, ils produiraient seulement leurs effets - et des effets très limités - dans quelques années. Les 26,6 % de chômeurs espagnols, les 26 % de chômeurs grecs, les 14,6 % de chômeurs irlandais, les 14 % de chômeurs chypriotes, les 11,1 % de chômeurs italiens, les 10,5 % de chômeurs français, les 10 % de chômeurs polonais et hongrois – entre autres - sont priés d’attendre et surtout de ne pas céder au « populisme ». Et qu’ils s’estiment heureux que l’on ne ponctionne pas leurs comptes en banque à partir du premier euro comme les membres de l’euro-groupe (dont le ministre des finances français Pierre Moscovici) avaient décidé de le faire à tous les Chypriotes avant de se raviser et de taxer seulement les dépôts supérieurs à 100 000 euros…

Lors du Sommet de la Terre de Johannesburg en 2002, Jacques Chirac, à l’époque président de la République, affirmait (sans cependant en tirer les conséquences) « notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». La formule s’applique parfaitement à la maison Europe et à ses dirigeants…

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