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Commentaire n° 304, 1er mai 2011

Lassitude de la guerre aux Etats-Unis ?

Par Immanuel Wallerstein  |  3 mai 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Les Etats-Unis sont actuellement engagés dans trois guerres au Moyen-Orient : en Afghanistan, en Irak et maintenant en Libye. Les Etats-Unis ont des bases partout dans le monde, dans plus de 150 pays. Ils entretiennent des relations tendues avec la Corée du Nord et l’Iran où ils n’ont jamais écarté une action militaire. Lorsqu’elle commença en 2002, la guerre en Afghanistan bénéficiait d’un très fort soutien de l’opinion publique américaine et en vérité, d’un grand soutien dans d’autres pays. Quand elle débuta en 2003, la guerre en Irak jouissait pratiquement du même niveau de soutien dans l’opinion publique américaine, mais il en n’était pas de même dans d’autres pays. Aujourd’hui, les Etats-Unis sont à moitié engagés en Libye. Moins de la moitié de l’opinion américaine y est favorable et il existe une très forte opposition dans le reste du monde.

Les sondages les plus récents aux Etats-Unis montrent une opposition non seulement à l’opération libyenne mais désormais aussi au fait de rester en Afghanistan. Les sondeurs parlent de « lassitude de la guerre », et ils peuvent bien le dire puisqu’il est difficile de dire que les Etats-Unis ont été victorieux dans un de ces conflits. Le conflit libyen est en passe de devenir un bourbier durable. En Afghanistan, tout le monde essaie d’imaginer une solution politique qui impliquerait les talibans dans le gouvernement, voire les mettrait aux rênes du pouvoir à brève échéance. En Irak, il est prévu que les Etats-Unis retirent leurs troupes le 31 décembre. Ils ont proposé de maintenir 20 000 soldats au-delà, à la condition que le gouvernement irakien en fasse la demande, et très vite. Le Premier ministre Nouri al-Maliki pourrait être tenté par cette offre mais les sadristes l’ont prévenu que s’il l’acceptait, ils lui retireraient leur soutien et provoqueraient la chute de son gouvernement.

Mais la chose la plus intéressante à suivre est ce qui a des chances de se produire l’année prochaine dans la politique intérieure américaine, alors que l’élection présidentielle approche. Depuis 1945, le Parti républicain a toujours fait campagne en se présentant comme le parti faisant bloc derrière l’armée et accusant le Parti démocrate d’être mou. Les Démocrates ont toujours réagi en cherchant à prouver qu’ils n’étaient pas mous et, en pratique, il n’y a pas eu beaucoup de différences dans les politiques effectivement poursuivies, quel que fût l’étiquette partisane du président au pouvoir. En réalité, les plus grandes guerres (Corée et Vietnam) furent toutes deux commencées par des présidents démocrates. Le Parti démocrate a toujours compté une frange, considérée comme son aile gauche, critique à l’égard de ces guerres et ce groupe continue d’exister et de protester. Mais, dans le milieu politique des élus, ces Démocrates ont toujours constitué une minorité, qui plus est largement ignorée.

Le Parti républicain a toujours été plus uni autour d’un programme de soutien constant aux militaires et aux guerres. Quelques rares Républicains, issus de l’aile libertarienne du parti, ont exprimé des vues différentes, le plus connu d’entre eux étant le représentant du Texas Ron Paul, qui est également l’un des rares hommes politiques à penser que le soutien sans restriction des Etats-Unis à Israël est une mauvaise idée.

A l’heure actuelle, voici où en est la course à la présidence : incontesté au sein de son parti, Barack Obama sera le candidat des Démocrates. La situation du côté républicain est tout à fait inverse. Il existe dix à douze candidats à la candidature du parti et aucun d’entre eux n’est clairement favori. La course est grande ouverte.

Que cela signifie-t-il en matière de politique étrangère ? Ron Paul cherche à être désigné candidat. En 2008, il n’avait quasiment aucun soutien. Sa campagne se passe nettement mieux cette fois-ci, en partie du fait de ses prises de position claires sur la politique budgétaire, mais aussi de positions sur la guerre qui attirent l’attention. Qui plus est, un nouveau candidat est entré dans l’arène : Gary Johnson, ancien gouverneur républicain du Nouveau Mexique. Egalement libertarien, il se montre encore plus clair que Ron Paul sur la guerre : il réclame un retrait total et immédiat d’Afghanistan, d’Irak et de Libye.

Etant donné l’éparpillement des soutiens pour les différents candidats républicains possibles, il y aura sans aucun doute des programmes télévisés où tous les candidats s’exprimeront et débattront. Si Gary Johnson fait de la guerre son grand argument de campagne, c’est la garantie que tous les candidats Républicains devront en parler.

Une fois cela arrivé, on découvrira que les « Républicains Tea Party », comme on les appelle, sont profondément divisés sur la question des engagements militaires. Tout d’un coup, ce sont tous les Etats-Unis qui vont se mettre à débattre de la question. Barack Obama s’apercevra que la position centriste qu’il s’était efforcé de maintenir se sera brusquement déplacée vers la gauche. Et afin de demeurer centriste, lui aussi devra évoluer vers la gauche.

Ce sera un tournant majeur de la politique américaine. L’idée que les troupes devraient rentrer à la maison deviendra une possibilité sérieuse. Certains ne décolèreront pas de voir ainsi les Etats-Unis exhiber leurs faiblesses. Et par certains côtés, ils auront raison. Cela fait partie du déclin des Etats-Unis. Ce que cela rappellera aux hommes politiques américains, c’est que les guerres que l’on mène exigent le soutien réel de l’opinion publique. Et dans cette combinaison de pressions géopolitiques et économiques que tout le monde ressent en ce moment, la lassitude de la guerre constitue un facteur très réel désormais.

 

 

© Immanuel Wallerstein, distribué par Agence Global. Pour tous droits et autorisations, y compris de traduction et de mise en ligne sur des sites non commerciaux, contacter : rights@agenceglobal.com1.336.686.9002 ou 1.336.286.6606. Le téléchargement ou l’envoi électronique ou par courriel à des tiers sont autorisés pourvu que le texte reste intact et que la note relative au copyright soit conservée. Pour contacter l’auteur, écrire à : immanuel.wallerstein@yale.edu.

Ces commentaires, bimensuels, sont des réflexions consacrées à l’analyse de la scène mondiale contemporaine vue dans une perspective de long terme et non de court terme.





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