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Le Mexique dans le carcan de l’Alena et du Partenariat transpacifique

Par Pierre Charasse  |  18 août 2013     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Dans des articles précédents, ce blog [1] a signalé l’incorporation du Mexique dans les négociations du Partenariat transpacifique (PTP) dont la finalité est autant politique que commerciale [2].

L’adhésion du Mexique au PTP s’est faite sans aucune information du public, les autorités se contentant de reprendre l’argument selon lequel cet accord de libre-échange de dernière génération serait synonyme de création d’emplois et de croissance économique. En recevant le président chinois lors de sa récente tournée latino-américaine (31 mai-6 juin), le Mexique a cherché à relancer une dynamique politique avec Pékin au moment précis où il s’embarquait, avec le PTP et aux conditions posées par Washington, dans un projet nettement orienté contre la Chine…

Dans un autre article de ce blog, Bernard Cassen démonte les arguments habituellement avancés en faveur du grand marché transatlantique (TTIP) [3] dont la négociation est concomitante de celle du PTP. Son raisonnement est parfaitement transposable au Mexique où le gouvernement ne donne aucune information sur les enjeux du PTP, et se contente de répéter à qui veut l’entendre qu’avec cet accord, la croissance et la création de milliers d’emplois sont assurées. Pourtant, avec vingt ans de recul, le bilan du de l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena) avec les Etats-Unis et le Canada est éloquent : si de grands secteurs agro-exportateurs ou industriels (l’automobile notamment) ont tiré avantage de cet accord, celui-ci a entraîné la destruction de milliers d’emplois agricoles et industriels, la ruine de nombreuses PME ou entreprises familiales, un exode rural massif vers les villes, une émigration colossale vers les Etats-Unis et une déstructuration de la société. Il a également laissé le champ libre à une économie de la drogue pénétrant de vastes secteurs de la population qui se trouvent dans l’impossibilité de trouver un emploi décent. 

Le Mexique fait désormais face à un véritable désastre social et environnemental. Et c’est bien timidement qu’il demande aux Etats-Unis de revoir leur politique d’interdiction des drogues, à un moment où de plus en plus d’Etats de l’Union en dépénalisent l’usage. A un moment aussi où, au niveau mondial, Washington préconise contre vents et marées – chez les autres, mais pas à domicile – des mesures prohibitionnistes dont l’échec n’est pourtant plus à démontrer. Le Mexique aligne tous les jours des dizaines de morts dans la « guerre contre le narcotrafic », alors que, de l’autre côté de la frontière, la vente de la marijuana et de certains médicaments aux vertus psychotropes est absolument libre dans de nombreux Etats. L’ancien président Vincente Fox (2000-2006), du Parti d’action nationale (PAN), grand propriétaire terrien et homme d’affaires sans scrupules mais avisé, a déjà annoncé son intention de s’associer à des entreprises américaines de production et de commercialisation de la marijuana. Il prévoit, non sans raison, un commerce particulièrement prometteur !

La croissance économique mexicaine est médiocre depuis des années, et l’Alena n’a pas tenu ses promesses. L’économie informelle (sans parler de l’économie illicite) a pris des proportions considérables pour absorber, comme une soupape de sécurité, les millions de travailleurs qui se trouvent dans l’impossibilité d’accéder à des emplois stables et bien rémunérés. D’où de très faibles recettes fiscales, phénomène aggravé par une politique surréaliste de régimes d’exception qui permet aux plus grands groupes de ne payer pratiquement aucun impôt !

L’essentiel de la charge fiscale repose sur une classe moyenne pressée comme un citron. Le Mexique est la lanterne rouge de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en matière d’imposition, grâce à des dispositions qui, sous prétexte d’attractivité, s’apparentent à une politique au service des « copains-coquins ». Par contrecoup, ses systèmes de retraite et de Sécurité sociale – pourtant très embryonnaires – s’effondrent, laissant à chaque Mexicain le soin de se débrouiller comme il le peut pour faire face à la maladie ou s’assurer une vie décente dans ses vieux jours. Les fonds de pension, qui devaient régler le problème des retraites, s’apparentent souvent à des arnaques, les malheureux petits épargnants voyant fondre leurs économies au rythme des crises financières ou d’opérations spéculatives hasardeuses.

Il est fort probable qu’avec le PTP les mêmes causes produiront les mêmes effets. Cet accord aura des conséquences néfastes sur des secteurs aussi sensibles que la propriété intellectuelle, les brevets sur les médicaments et la commercialisation des médicaments génériques, ce qui rendra l’accès aux soins encore plus hors de portée des classes défavorisées. Il provoquera la généralisation des cultures d’OGM, dont le maïs, socle de la civilisation mexicaine. Les technocrates les plus cyniques - à moins qu’en idéologues de l’ultralibéralisme, ils soient sincèrement convaincus des bienfaits de l’ouverture des frontières - n’hésitent pas à présenter l’émigration vers les Etats-Unis comme un phénomène positif dans la mesure ou elle génère des flux financiers vers l’économie mexicaine se situant pratiquement au même niveau que les revenus pétroliers !

Dans les deux cas, PTP et TTIP, les pays invités à la table des négociations ont dû mettre en sourdine leurs griefs ou protestations contre les actes d’espionnage dont ils ont été la cible, et qu’Edward Snowden a rendus publics. Le Mexique n’a pas rejoint le groupe des pays latino-américains qui se sont déclarés indignés par les pratiques d’espionnage américaines. Il n’a montré aucune solidarité avec les pays du continent qui ont exigé des excuses de la France, de l’Italie, de l’Espagne et du Portugal pour le traitement que leurs gouvernements ont réservé au président bolivien Evo Morales. De plus, le Mexique a pleinement justifié la présence d’agents américains sur son territoire, tout comme l’utilisation de drones dans la lutte contre le narcotrafic. Sa souveraineté est violée, mais avec son consentement… Avec le PTP, le Mexique accepte d’être partenaire des Etats-Unis dans une politique d’endiguement (containment) de la Chine, pourtant contraire à ses intérêts.

De nombreux analystes mexicains déplorent l’inexistence de leur pays sur la scène internationale, malgré sa place dans l’économie mondiale (14ème rang), son appartenance à l’OCDE et au G20. En effet, l’option choisie par Mexico depuis plus de vingt ans est, via l’Alena, de s’intégrer à l’économie nord-américaine. Le pays a renoncé à jouer un rôle mondial susceptible de provoquer des frictions ou des désaccords avec Washington. A cet égard, son vote contre l’intervention américaine en Irak en 2003 a été une cuisante leçon, et les dirigeants ont juré qu’on ne les y reprendrait plus. Oser défier le grand voisin du Nord est aujourd’hui totalement exclu de l’action extérieure du Mexique, d’où sa faible influence au sein du G20 et son absence dans les BRICS. Cette attitude est aussi justifiée officiellement par son appartenance à l’OCDE, donc au « premier monde », même si dans la plupart des secteurs, il a le triste privilège d’être le wagon de queue de ce club des pays riches.

Une longue et brillante page de l’histoire diplomatique du Mexique est tournée, durant laquelle ce pays faisait autorité dans le monde, était respecté comme pont entre le Nord et le Sud, et défendait avec acharnement les intérêts du tiers-monde, les grands objectifs du désarmement et de la dénucléarisation, les principes les plus élémentaires de la souveraineté et de l’indépendance nationales. Des milliers de réfugiés politiques, républicains espagnols, responsables politiques et syndicaux latino-américains, etc., ont constitué un apport d’une valeur inestimable au développement du Mexique. Ce chapitre est maintenant clos.

Tout ceci est de la vieille histoire… En faisant du zèle auprès de son grand voisin du Nord, le Mexique croit qu’il pourra mieux faire valoir ses intérêts. Quelle erreur ! Il suffit de lire les projections que font les services américains à 2030 (Global Trends 2030  [4]) pour s’apercevoir que ce pays n’apparait pas dans les radars des agences de renseignement américaines comme un grand partenaire économique et une puissance émergente. Il est seulement traité comme un fauteur de troubles et un problème de sécurité à la frontière sud de l’Empire. Un voisin encombrant, difficile à juguler, source de bien des maux. Tout sauf un partenaire respecté…

Notes

[1] Pierre Charasse anime, depuis le Mexique où il réside, le blog http://latourdebabelworldpress.com/

[2] Sur ce sujet, lire Christophe Ventura, « Le Partenariat transpacifique, nouvel outil de l’hégémonie de Washington » et « Washington se relance dans le nouveau jeu latino-américain »

[3] L’article en question s’intitule « L’alibi de l’emploi pour un grand marché (transatlantique) de dupes »

[4] Lire Ignacio Ramonet, «  Le monde en 2030  »





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