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Commentaire n° 452, 1er juillet 2017

Le pauvre Donald Trump face à son dilemme insoluble

Par Immanuel Wallerstein  |  30 septembre 2017     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Il faut reconnaître à Donald Trump la remarquable efficacité de sa communication. Quoi qu’il fasse, quoi qu’il dise, quoi qu’il se passe n’importe où dans le monde, il parvient constamment à maintenir l’attention braquée sur lui, aux Etats-Unis et partout sur la planète. On peut l’aimer, le détester, l’attaquer ou le défendre, mais on ne cesse jamais de parler de lui.

Une blague circule à son propos : pendant la campagne, se souvient un électeur anti-Trump, Trump disait que si les électeurs faisaient le choix d’Hillary Clinton, ils auraient à la tête des Etats-Unis quelqu’un qui, dès le premier jour, devrait se battre en permanence contre une succession d’accusations pénales. Il avait raison, poursuit l’électeur : j’ai voté Hillary et je me retrouve avec un président qui se bat depuis le premier jour contre une succession d’accusations pénales.

Beaucoup de militants anti-Trump redoutent qu’il ne trouve une parade à ces accusations grâce à ses talents de communicant. Lui-même n’en semble pas si sûr. Il craint apparemment qu’elles ne débouchent sur des poursuites qui pourraient le contraindre à quitter ses fonctions.

Tel est bien le fond du problème que soulève l’intervention du procureur spécial. En faisant jouer une loi adoptée à la suite de la démission de Nixon, le procureur général adjoint [1] a en effet désigné un « procureur spécial » (Special Counsel), qui a pour mission d’examiner si des infractions pénales, quelle qu’en soit la nature, ont pu être commises par des membres de l’administration Trump, et éventuellement par Trump lui-même.

Nul ne sait à quelles conclusions parviendra le procureur spécial. Il peut déclarer tout le monde innocent. Il peut relever des infractions à l’encontre de certains collaborateurs de Trump tout en disculpant ce dernier. Il peut aussi le mettre en cause. Tout ce processus pourrait durer assez longtemps, probablement de l’ordre d’une année.

Trump est visiblement sur les nerfs. Certaines rumeurs suggèrent maintenant qu’il pourrait prendre une décision qui entre dans ses compétences légales : limoger le procureur spécial. Une situation comparable à celle vécue par Richard Nixon en 1973 – comparable, mais pas identique.

Nixon voulait écarter l’homme chargé de l’enquête sur le cambriolage de l’immeuble du Watergate. Il ordonna donc successivement au ministre de la justice puis au procureur général adjoint de le démettre de ses fonctions. Tous deux refusèrent et démissionnèrent. C’est finalement l’avocat général (Solicitor General), troisième personnage dans la hiérarchie du ministère, qui accéda à sa demande.

On désigne aujourd’hui l’ensemble de cette séquence sous le nom de « Massacre du samedi soir ». La plupart des commentateurs attribuent la chute de Nixon, l’année suivante, aux actes commis à ce moment précis, qui marque le point à partir duquel son soutien dans l’opinion et au Congrès a nettement chuté.

Pour Donald Trump, le dilemme est de savoir s’il vaut mieux se débarrasser du procureur spécial maintenant ou s’exposer tôt ou tard à une funeste série de mises en accusation. C’est un cas type de situation perdant-perdant. Quelle que soit l’option choisie, il perd. Il n’existe pour lui aucune possibilité de résoudre ce dilemme.

La raison essentielle de cet état de fait vient de son incapacité à honorer ses promesses de campagne, s’agissant de réformes censées s’appliquer dès son entrée en fonctions. Ses cotes de satisfaction et d’adhésion ont subi une érosion continue. Résultat, il a désormais cessé de susciter soit la vénération, soit l’inquiétude. C’est plutôt l’indifférence qui prévaut.

Trump le sait-il ? On le sait malin, mais on le sait aussi impétueux. Son instinct, n’en doutons pas, lui dicte de congédier le procureur spécial avant que les choses n’empirent. A ceux qui l’alertent sur les nombreuses défections qui pourraient alors frapper son gouvernement, il répond par un haussement d’épaules. Lui qui s’est montré si peu loyal envers ses alliés n’en exige pas moins d’eux une loyauté sans faille. J’ai tendance à penser que la plupart de ceux qui sont actuellement au service du président à des postes importants comptent les jours qu’il leur reste avant de quitter leurs fonctions.

Les discussions internes de l’administration Trump se déroulent pratiquement au grand jour. Les fuites sont massives. Il semble que beaucoup de conseillers, à mots couverts, exhortent le président à garder son calme et à ne rien faire concernant cette affaire – y compris ne pas twitter. Il semble aussi que ce dernier reste sourd à ces conseils et en conçoive même une certaine irritation.

Mon intuition est qu’un jour ou l’autre ces accusations le mettront dans une rage telle qu’il explosera et limogera le procureur spécial. Cela dit, il nous a déjà surpris et peut nous surprendre encore.

Le point élémentaire à garder à l’esprit est qu’il s’agit, pour Trump personnellement, d’une situation perdant-perdant. Ce que fera le Parti républicain pour ne pas se laisser entraîner par le fond est une autre affaire. Il est bien trop tôt pour le dire, et les leaders du parti eux-mêmes n’en savent rien.

La conclusion, pour nous autres simples spectateurs, c’est qu’il ne faut pas se réjouir trop vite du dilemme trumpien. Trump est atroce. Pence pourrait bien être pire.

 

Traduction et note  : Christophe Rendu

© Immanuel Wallerstein, distribué par Agence Global. Pour tous droits et autorisations, y compris de traduction et de mise en ligne sur des sites non commerciaux, contacter : rights@agenceglobal.com1.336.686.9002 ou 1.336.286.6606. Le téléchargement ou l’envoi électronique ou par courriel à des tiers sont autorisés pourvu que le texte reste intact et que la note relative au copyright soit conservée. Pour contacter l’auteur, écrire à : immanuel.wallerstein@yale.edu.

Ces commentaires, bimensuels, sont des réflexions consacrées à l’analyse de la scène mondiale contemporaine vue dans une perspective de long terme et non de court terme.

Notes

[1] Le procureur général adjoint (Deputy General Attorney) est le numéro deux du ministère de la justice. L’actuel titulaire de la fonction, Rod Rosenstein, a procédé à la nomination du procureur spécial en lieu et place du ministre de la justice (General Attorney), Jeff Sessions, qui s’est récusé de toute enquête sur la campagne de Trump après la révélation de ses contacts occultes avec l’ambassadeur de Russie au cours de la campagne [N.d.T.].





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