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Le peuple tunisien offre une très grande leçon aux citoyens d’Europe

Par Ignacio Ramonet  |  31 janvier 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Comment appréciez-vous ce qui est en train de se passer en Tunisie ?

Ignacio Ramonet. C’est une excellente nouvelle pour tous les démocrates. C’est l’expression d’un sentiment populaire dont nous imaginions qu’il existait profondément dans les sociétés maghrébines, et plus largement dans le monde arabe. Mais on se demandait comment ce désir de liberté, de normalité démocratique pouvait s’exprimer. Car, aujourd’hui, les régimes autoritaires sont complaisamment soutenus par les démocraties européennes et les États-Unis au prétexte qu’ils sont des remparts contre les islamistes. Exactement comme du temps de la guerre froide, quand l’Occident soutenait des dictatures en Europe, en Amérique centrale et dans la plupart des pays du continent sud-américain pour empêcher l’arrivée des communistes au pouvoir. Finalement, ces peuples se sont débarrassés des dictatures. C’est ce qui est en train de se passer en Tunisie, là où l’on ne s’y attendait pas forcément.

Y voyez-vous le signe que, malgré le bulldozer du capitalisme mondialisé, les peuples peuvent reprendre l’initiative ?

Ignacio Ramonet. Quand, à travers les consignes technocratiques du FMI, de la Banque mondiale ou de la BCE, les exigences des marchés sont imposées aux peuples, il suffit parfois de quelques éléments pour produire des réactions inattendues. C’est la catastrophe climatique de l’été dernier en Russie qui, entraînant un manque de céréales sur le marché mondial et le renchérissement de certaines matières premières alimentaires, est à l’origine des émeutes en Algérie, en Tunisie, en Égypte. Et les révélations de WikiLeaks, notamment la divulgation des dépêches de l’ancien ambassadeur américain Robert F. Godec, ont joué aussi un rôle non négligeable. Même si tous les Tunisiens soupçonnaient les méthodes de prédation du clan Trabelsi, ils n’en avaient jamais eu une description aussi détaillée. Tout cela rassemblé a déclenché des protestations symboliques. L’immolation de Mohamed Bouazizi a été le détonateur des manifestations et de ce qu’il faut bien appeler une révolution.

Quels sont les écueils auxquels le peuple tunisien peut avoir à faire face ?

Ignacio Ramonet. Dans ces vingt-trois années de dictature qui ont fait suite à l’autoritarisme de la fin des années Bourguiba, les principales forces politiques d’opposition et les principaux leaders ont été éliminés. Il est donc difficile aujourd’hui de trouver des personnalités qui aient à la fois la confiance du peuple et l’expérience de l’exercice du pouvoir. Dans ces conditions, comme dans toutes les révolutions, une partie de la société souhaite l’instauration d’une période de transition tandis qu’une autre, constituée en particulier de ceux qui ont le plus souffert sur le plan économique, social, en matière d’absence de liberté et de respect des droits humains, est impatiente et voudrait faire table rase. Si l’affrontement entre ces deux forces devait durer, on peut craindre que des structures organisées, en l’occurrence l’armée, s’emparent du pouvoir. En Tunisie, l’armée n’a pas conduit la révolution, elle n’a fait que la faciliter en refusant de tirer sur les manifestants. Devant la peur du chaos, elle peut être tentée de prendre les choses en main. Ce n’est pas souhaitable, mais il est clair que le pays ne peut pas rester trop longtemps sans gouvernement.

Vous faisiez le rapprochement avec la fin des dictatures en Amérique latine, cette révolution n’est-elle pas, elle aussi, un ballon d’oxygène pour les peuples des pays européens ?

Ignacio Ramonet. En Amérique latine, la révolution s’est faite par les urnes. Les dictatures ont fait place à des démocraties ultralibérales avant que les mouvements sociaux fassent irruption et que des leaders qui en étaient issus gagnent les élections. Je pense à la Bolivie avec Evo Morales, à l’Équateur avec Rafael Correa et, même si c’est un peu différent, au Venezuela avec Hugo Chavez. En Tunisie, le contraste est immédiat entre la chute de la dictature et l’émergence de ces mouvements sociaux que l’on connaît encore mal, mais où l’on distingue un syndicat puissant et des mouvements populaires forts enracinés dans les régions. Il y a là une grande fraîcheur. Le peuple tunisien, en se débarrassant non seulement de la dictature mais aussi des consignes économico-idéologiques qui l’oppressaient, offre une très grande leçon aux citoyens européens. Eux n’auront pas à renverser des dictatures. C’est par les urnes qu’ils pourront, comme en Amérique latine, changer des modèles qui, tout en étant démocratiques, n’en sont pas moins oppresseurs.

Entretien réalisé par Jacqueline Sellem.

Retrouvez cet entretien sur le site de l’Humanité.





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