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Le retour de l’axe Paris-Berlin-Moscou

Par Immanuel Wallerstein  |  19 novembre 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Je suis toujours stupéfait de voir à quel point les dirigeants politiques et les médias du monde entier peuvent consacrer tant d’énergie à débattre de perspectives géopolitiques qui ne se produiront certainement jamais lorsqu’ils ignorent les développements majeurs qui sont en train de se produire réellement.

Voici une liste des non-événements soi-disant les plus importants à venir qui ont été récemment et bruyamment débattus et analysés : Israël, qui ne va certainement pas bombarder l’Iran ; l’euro, qui ne va certainement pas disparaître ; le rôle des puissances étrangères, qui ne vont certainement pas s’engager dans une action militaire en Syrie ; la montée des troubles populaires à travers le monde, qui ne sont certainement pas près de s’arrêter.

Pendant ce temps, et recevant une couverture médiatique et internet minimale, le Nord Stream a été inauguré le 8 novembre à Lubmin sur la côte baltique allemande en présence du président russe Dimitri Medvedev, de la chancelière allemande, des premiers ministres français et néerlandais ainsi que du directeur de Gazprom – l’exportateur du gaz russe – et du commissaire européen à l’énergie. Contrairement à tous les non-événements largement discutés qui ne se produiront certainement pas, il s’agit là d’un événement géopolitique majeur qui change la donne.

Qu’est-ce que Nord Stream ? C’est un gazoduc installé au fond de la mer baltique qui relie la ville russe de Vyborg, près de Saint-Pétersbourg, à Lubmin en Allemagne, près de la frontière polonaise, tout en évitant de traverser d’autres pays. A partir de l’Allemagne, il peut continuer sa route vers la France, les Pays-Bas, le Danemark, la Grande-Bretagne et d’autres clients avides de gaz russe.

Nord Stream est le fruit d’un accord conclu entre des entreprises privées avec la bénédiction de leurs gouvernements respectifs. Le Russe Gazprom détient 51% du consortium, deux entreprises allemandes se partagent 31%, et une entreprise française et une autre hollandaise ont chacune 9% des parts. Les investissements afférents (et les profits escomptés) sont tous privés.

L’élément clé de cet accord est que le gazoduc ne traverse pas la Pologne, ni aucun pays balte, ni la Biélorussie, ni l’Ukraine. Par conséquent, tous ces pays perdent non seulement les taxes de transit qu’ils pourraient appliquer au gaz russe mais ils perdent également l’avantage qu’ils pourraient tirer de leur situation géographique. En effet, avec cet accord, ils ne seront pas une voie de passage du gaz susceptible de leur permettre de retenir les approvisionnements vers l’Europe occidentale pendant qu’ils négocient des accords avec la Russie.

Deutsche Welle, l’agence de presse allemande, a titré « Un projet économique sur fond politique » et Le Monde, « Gazprom s’affirme en acteur global de l’énergie ». Josef Auer, spécialiste des questions d’énergie pour Deutsche Bank Research à Francfort-sur-le-Main, est d’avis qu’ « il s’agit d’un projet tout à la fois politique et commercial qui a du sens sur les plans économique et politique ».

Pendant ce temps, les Russes ont dit aux Chinois qu’ils ne leur vendront pas leur gaz à un prix 30% inférieur aux prix européens, indiquant qu’ils ne voient pas l’intérêt pour la Russie de subventionner l’économie chinoise. Et ils ont clairement indiqué au Turkménistan - qui dispose d’énormes réserves de gaz naturel - qu’ils ne goûteraient guère que son gaz soit exporté autrement que via la Russie. L’inauguration du Nord Stream intervient quelques jours après l’annonce par le nouveau président du Kirghizstan de son intention de fermer la base militaire aérienne états-unienne de Manas au terme de son bail en 2014. Cette base a joué un rôle crucial dans la chaîne d’approvisionnement américaine vers l’Afghanistan. Clairement, la Russie renforce son contrôle sur les anciennes républiques d’Asie centrale de l’Union soviétique.

Tant l’Europe centre-orientale que les Etats-Unis découvrent que leurs plans visant à empêcher la création d’un axe Paris-Berlin-Moscou ne sont pas viables. Les institutions de l’Union européenne se plient devant cette réalité, comme doivent s’y plier beaucoup des pays d’Europe centre-orientale. Le pays pour lequel cette situation est le plus difficile est l’Ukraine qui est déchirée par ces développements. Et les Etats-Unis ? Peuvent-ils en fait y faire grand chose ?

 

 

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Ces commentaires, bimensuels, sont des réflexions consacrées à l’analyse de la scène mondiale contemporaine vue dans une perspective de long terme et non de court terme.

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