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Les femmes en action à l’aube des élections

Par Orlane Vidal  |  23 novembre 2013     →    Version imprimable de cet article Imprimer

La candidature d’une femme à la présidence de la République n’est pas chose banale au Honduras. Encore moins lorsque celle-ci a toutes les chances d’en prendre les commandes. Xiomara Castro incarne une génération de femmes résistantes et déterminées qui affirment qu’elles ne sont pas seulement des « mères de » ou des « femmes de », statut longtemps assigné à la candidate de LIBRE en tant qu’épouse de l’ancien président Manuel Zelaya. Depuis 2009, Xiomara Castro force l’admiration des opposants au coup d’État en s’engageant sans concession pour la restitution de Manuel Zelaya au pouvoir.

Les résistantes honduriennes, citoyennes indésirables

Le parcours politique de celle qui aspire à diriger le pays offre une illustration emblématique des dynamiques de genre antagoniques au Honduras. Certes, l’espace politique s’est incontestablement ouvert à la participation féminine, mais parallèlement, la violence de genre a atteint un seuil critique. En l’espace de huit ans, le nombre de « féminicides » [1] enregistrés au Honduras est passé de 175 en 2005 au nombre record de 606 pour l’année 2012 (d’après un rapport récemment rendu publique par la Commission nationale pour les droits de l’homme au Honduras - CONADEH). En d’autres termes, une femme y est assassinée toutes les treize heures. Dans 90% des cas, ces « féminicides » restent impunis, faute d’enquêtes.

La corrélation entre l’augmentation exponentielle du nombre de « féminicides » et l’arrivée au pouvoir, en 2009, d’un gouvernement non démocratique n’est pas une coïncidence. Les femmes honduriennes ont, en effet, été plus spécifiquement affectées par la violence à la suite du coup d’État, alors qu’elles sont descendues protester en masse dans les rues, exerçant leurs droits de citoyennes. Dans une société patriarcale où le rôle de la femme hondurienne est traditionnellement confiné à la sphère domestique, l’occupation spontanée de l’espace publique par de nombreuses femmes a été considérée comme particulièrement subversive par le pouvoir nouvellement installé.

La réaction des forces de l’ordre honduriennes (police et armée) ne s’est pas fait attendre. Tout comme leurs compagnons de lutte masculins, les Honduriennes ont été durement réprimées, mais ont également été victimes de violences discriminatoires : viols, agressions et harcèlement sexuels, torture. Plusieurs organisations féministes honduriennes, dont le travail de défense des droits des femmes avait commencé bien avant 2009, ont dénoncé ces violations dès l’éclatement des premières violences répressives.

Observatrices électorales

C’est dans cette même optique de dénonciation des violations des droits des femmes que se sont réunies - dans le contexte électoral - environ quarante féministes les 19 et 20 novembre 2013, en vue de constituer un Observatoire des violations des droits de l’homme et des résistances féminines. L’initiative, apolitique, a été impulsée par diverses organisations féministes honduriennes, centraméricaines et internationales (parmi elles, les Féministes en résistance, le Centre d’études sur la femme-Honduras, l’Initiative mésoaméricaine des Petateras, le Réseau de défenseures, etc.). « Nous souhaitons rendre visibles les violations des droits de l’homme et des femmes dans le cadre électoral, tout comme les résistances et les transgressions de l’ordre patriarcal  » explique Patricia Orozco (féministe nicaraguayenne membre des Petateras) aux dizaines de femmes qui s’étaient déplacées pour suivre l’atelier de formation à l’observation électorale. L’Observatoire, présent dans neuf départements, se donne pour objectif de prévenir et dénoncer une éventuelle fraude électorale qui mettrait le parti LIBRE en déroute au profit du Parti national déjà au pouvoir, ce dernier faisant peu de cas du respect des droits de l’homme. Ce scénario est redouté par les organisations sociales honduriennes, même lorsqu’elles ne soutiennent pas le parti LIBRE.

Vers une émancipation politique

Les deux journées ont permis d’aborder différents aspects de l’observation électorale, tels que la participation politique des femmes, la création d’un outil d’observation, ainsi que la sécurité, dans le cas où les élections provoqueraient une nouvelle vague de violences sur le territoire. « N’oubliez pas que nous sommes porteuses d’une expérience de la violence, tout comme de la résistance  » rappelle Melissa Cardoza (féministe hondurienne), mettant en avant la légitimité de ces femmes en résistance pour effectuer le travail d’observation qui leur incombe. Peu après, Patricia Orozco introduit une dose d’espoir alors que l’amélioration de la condition féminine au Honduras se présente comme un chemin de croix : « Nous sommes des combattantes, pas des victimes  ».

Partisanes de Xiomara Castro ou pas, les femmes membres de l’Observatoire parviennent au consensus quant à l’impact positif que pourrait avoir l’élection de la première présidente de la République hondurienne. Il s’agirait d’une véritable révolution dans l’espace social hondurien. En guise de conclusion, Suyapa Martínez (féministe hondurienne) rappelle aux participantes, avec bon sens : « N’oubliez pas que la première façon de combattre la fraude électorale est d’aller voter  ».

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Atelier sur les droits politiques des femmes
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Une quarantaine de femmes participeront à l’Observatoire
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Une quarantaine de femmes participeront à l’Observatoire
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Melissa Cardoza et Berta Cáceres


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Notes

[1] Meurtres de femmes commis par un conjoint ou un ancien conjoint.





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