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Les mouvements sociaux à l’épreuve d’une « dictature transnationale »

Par Orlane Vidal  |  21 novembre 2013     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Peut-être avez-vous croisé au cours des derniers mois le nom de Berta Cáceres au détour d’un communiqué ou d’une action urgente lancée par une ONG internationale. La dirigeante du Conseil civique des organisations populaires et indigènes du Honduras (COPINH) est en situation périlleuse. Elle est actuellement poursuivie par la justice hondurienne dans deux cas directement en lien avec une lutte qu’elle mène contre un projet de centrale hydroélectrique exploitant le fleuve Gualcarque.

Berta Cáceres définit le COPINH comme une « organisation anti-capitaliste, engagée dans la défense des ressources naturelles, des peuples autochtones du Honduras et de leur spiritualité  ». En vingt ans d’existence, le Conseil peut se targuer d’avoir contribué à transformer l’espace social hondurien, en représentant les intérêts d’un groupe de la population historiquement discriminé.

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Berta Cáceres

Parmi les grandes victoires du COPINH, on compte la ratification de la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT) par le gouvernement hondurien en 1995, ou encore le retrait du mégaprojet hydroélectrique « El Tigre » situé à la frontière entre le Honduras et le Salvador voisin.

Résister, coûte que coûte

Pourtant, la bataille menée actuellement contre l’implantation de la centrale hydroélectrique « Agua Zarca » dans la communauté de Río Blanco menace la pérennité de cette organisation qui se revendique volontiers « de base ». Le territoire concerné, peuplé par une population d’origine Lenca, bénéficie en théorie de la protection de la Convention 169 de l’OIT, qui garantit le droit à une consultation préalable de la population avant la mise en oeuvre de tout projet d’exploitation des ressources naturelles. Les habitants de la communauté, entrés en résistance le 1er avril 2013 avec l’occupation de la route d’accès aux infrastructures du mégaprojet, refusent de céder à la pression exercée conjointement par les entrepreneurs en charge du projet, le gouvernement et l’armée. Ni les expulsions forcées des habitants, ni l’assassinat d’un membre de la communauté par un militaire surveillant le site de l’entreprise, ni les menaces et le harcèlement à l’encontre des membres de la communauté de Río Blanco et des dirigeants du COPINH ne sont parvenus à faire reculer leur détermination.

Berta Cáceres est en première ligne de la lutte menée à Río Blanco, et en paie aujourd’hui les conséquences. Elle est accusée de détention illégale d’arme, ainsi que d’usurpation de terre, de coercition et d’avoir causé plus de trois millions de dollars de dégâts à l’entreprise en charge de la construction du barrage - aux côtés de deux autres dirigeants du COPINH, Aureliano Molina et Tomás Gomez -. Les audiences de conciliation se succèdent, mais la détermination de Berta, elle, ne plie pas face à la pression judiciaire qui pèse sur elle : « Qu’ai-je à concéder à l’État hondurien alors que je n’ai commis aucun délit ?  ».

Pour une refondation de la société hondurienne...

Lorsqu’on l’interroge sur les perspectives de changement social et d’amélioration de la situation des droits des populations autochtones au Honduras, à l’aube de l’élection de nouveaux dirigeants, Berta Cáceres répond sans ambages qu’ « un changement de gouvernement n’est pas synonyme de changement fondamental. Même si le parti LIBRE est élu, nous ne croyons pas à des changements majeurs  ». Pessimisme, désillusion ou réalisme ? « Bien sûr, cela représenterait un changement important qu’une femme soit élue présidente. Mais même sa proposition de modification de la Constitution ne garantit pas que cela soit effectué dans la bonne direction ».

Berta Cáceres, en tant que représentante du COPINH, appartient à ce segment de la résistance hondurienne qui s’est dédié corps et âme à la dénonciation du coup d’État en 2009, mais qui pour autant n’a jamais été favorable à la formation d’un parti politique directement issu du Front national de résistance populaire (FNRP). La fondation officielle du parti LIBRE en 2011 a créé un sujet de controverse dans un mouvement pourtant uni dans sa résistance à la répression. Le COPINH, lui, s’est rangé du côté des « Refundacional  » : ils militent pour la refondation d’un État hondurien plus juste et pacifié, adoptant une position critique vis-à-vis du processus électoral.

...et la fin d’une « dictature transnationale  »

Berta Cáceres concède toutefois que la victoire de Juan Orlando Hernández ou de Mauricio Villeda – candidats des partis conservateurs traditionnels à la présidence – constituerait un pas supplémentaire vers une « dictature transnationale  » en émergence depuis le coup d’État. Et ce, dans une société militarisée où se multiplieraient les violations des droits de l’homme (http://www.medelu.org/Tandis-que-les-elections).

« Ces élections représentent un défi de taille pour le parti LIBRE, comme pour les mouvements sociaux de la résistance hondurienne. Si LIBRE gagne, nous l’accompagnerons dans certaines luttes sociales, mais toujours en conservant notre autonomie. Il est important que nous maintenions l’articulation et la force des mouvements sociaux ». Les lendemains restent donc incertains, tant pour Berta Cáceres convoquée à une nouvelle audience judiciaire le 29 novembre que pour les 5,3 millions de Honduriens qui se rendront aux urnes dimanche 24 novembre.

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Mobilisations à Rio Blanco
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Mobilisations à Rio Blanco
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Mobilisations à Rio Blanco
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