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Commentaire n° 295, 15 décembre 2010

« M. Poutine fait une offre audacieuse »

Par Immanuel Wallerstein  |  23 décembre 2010     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Le Premier ministre russe Vladimir Poutine était en visite en Allemagne à la fin du mois de novembre. Avant d’arriver, il a publié une tribune dans la Süddeutsche Zeitung. Le quotidien allemand a commenté cette contribution par un gros titre : « La grande embrassade de Poutine à l’Europe ».

Le contenu de l’article est assez remarquable. Pour le Premier ministre russe, la leçon qu’il faut tirer de la crise économique la plus sévère qu’ait connu l’économie mondiale depuis huit décennies est la nécessité pour la Russie de travailler plus étroitement avec l’Union européenne. L’objectif devrait être « la formation d’une communauté économique harmonieuse de Lisbonne à Vladivostok ». « A l’avenir, selon lui, pourrait également se poser la question d’une zone de libre-échange et même de formes d’intégration économique encore plus poussées ». Un marché continental de cette dimension, suggère-t-il, pourrait se chiffrer en milliers de milliards d’euros.

Vladimir Poutine suggère aussi que l’UE et la Russie se rapprochent dans les domaines de l’industrie et de l’énergie. Elles devraient toutes deux envisager « ce que nous pouvons faire pour permettre une nouvelle vague d’industrialisation sur le continent européen ». Et de citer les secteurs de la construction navale, de l’industrie aéronautique, de l’automobile, des technologies environnementales, de l’industrie pharmaceutique, de l’énergie nucléaire et de la logistique. Il en appelle à des projets communs d’entrepreneurs européens et russes.

Dans le secteur de l’énergie, Poutine appelle à des « échanges actifs ». Il est nécessaire, dit-il, de travailler ensemble « dans toutes les phases de la chaine de production de valeur technologique, de la prospection jusqu’à l’approvisionnement du consommateur final ». Sur ce, poursuit-il, la Russie et l’UE devraient aller de l’avant et éliminer l’obligation de visas. Cela manifesterait « non la fin, mais le début d’une véritable intégration de la Russie et de l’UE ».

A son arrivée en Allemagne, Vladimir Poutine a reçu un accueil chaleureux de la part de banquiers et d’industriels allemands. Il s’est adressé à des « amis » et en retour, le PDG de Siemens lui a dit : « nous nous sentons comme chez nous en Russie ». Pour lui, « la Russie est un exemple clair de la façon dont les pays émergents peuvent, dans un contexte de crise, donner une nouvelle impulsion à l’économie mondiale ».

L’ « offensive de charme » du Premier ministre russe auprès des élites économiques allemandes ne s’est pas arrêtée là. Il a suggéré qu’ils adoptent la même position sur les questions monétaires. « Nous avons besoin d’une nouvelle multipolarité du système monétaire. Nous devons prendre nos distances vis-à-vis d’un monopole excessif du dollar ». Il a mentionné l’exemple de l’empire romain dont les politiques menèrent à cinq cents ans de stagnation économique. Puis il a clairement apporté son soutien à l’euro, selon lui un important contrepoids au dollar dans l’économie mondiale, et a suggéré la possibilité d’échanges commerciaux bilatéraux libellés en roubles et en euros, et non en dollars.

La réponse de la chancelière Angela Merkel à ces propositions a certes été prudente mais pas négative. Pour le ministre des Affaires étrangères allemand Guido Westerwelle, les propositions de Poutine ont montré « à quel point nous sommes proches quant à nos objectifs stratégiques ». Les appuis les plus clairs sont venus de certains des plus importants dirigeants du monde économique allemand. Les réactions de la presse allemande ont été partagées.

En France, Le Monde a noté que « cet appel à l’ouverture économique de la part d’un homme plus réputé pour sa fibre nationaliste que ses idées libre-échangistes est réellement novateur. D’autant plus que le développement des coopérations industrielles entre les deux ensembles est régulièrement freiné par des considérations politiques ».

Observons que Poutine n’a pas fait des propositions à « l’Occident » mais bien à « l’Europe ». Cela ressemble fort à une tentative d’encourager le renforcement des liens avec l’Europe au détriment des Etats-Unis. Mais alors que cela n’est pas totalement nouveau quant à la position géopolitique de la Russie, jamais cela n’avait été dit aussi publiquement et de façon aussi audacieuse. Mérite aussi d’être relevé que Poutine a donné un fort soutien à l’euro dans une période où cette monnaie a besoin d’être renforcée politiquement. A noter aussi que Poutine ne parle pas de rester simplement ou même principalement un exportateur d’énergie vers l’Europe. Poutine parle d’une nouvelle vague d’industrialisation dans laquelle la Russie participerait pleinement.

Cette diplomatique ouverte de Poutine devrait probablement davantage inquiéter les dirigeants américains que les modestes révélations de Wikileaks.

 

 

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Ces commentaires, bimensuels, sont des réflexions consacrées à l’analyse de la scène mondiale contemporaine vue dans une perspective de long terme et non de court terme.





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