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Macron et la centralité de la question européenne

Par Bernard Cassen  |  15 février 2018     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Peu d’observateurs avaient commenté le fait que le gouvernement nommé par Emmanuel Macron au lendemain de son élection à la présidence de la République en mai 2017 comprenait plusieurs ministères dont l’intitulé était inédit et avait visiblement été choisi avec le plus grand soin. C’était particulièrement le cas pour le ministère de l’Europe et des affaires étrangères.

Jusqu’alors, avec des dénominations variables selon les périodes et les présidents, les questions européennes apparaissaient dans les organigrammes gouvernementaux comme une sous-catégorie des relations internationales.

Le nouveau nom du Quai d’Orsay n’est pas une simple variante terminologique. Il a une double signification politique : d’une part, les affaires européennes ne sont pas des affaires étrangères pour la France – et donc pour tous les membres de l’UE –, comme le seraient, par exemple, leurs relations avec la Chine ou la Russie ; d’autre part, l’ordre des mots n’étant pas anodin (« Europe » vient avant « affaires étrangères »), elles indiquent une priorité, en même temps qu’un prisme à travers lequel sont appréhendés les rapports de l’UE avec le reste du monde. Pour paraphraser Donald Trump, c’est « Europe first »…

Pendant des décennies, dans la vie politique de la quasi totalité des pays membres de l’UE, tout s’est passé – ou a été présenté aux opinions publiques – comme si les politiques européennes étaient des politiques parmi d’autres. Un peu comme si elles avaient le même statut que les politiques nationales du sport ou du tourisme. C’est principalement à l’occasion, en 2005, de la campagne de ratification du Traité constitutionnel européen qu’ont été mises en évidence dans le débat public deux caractéristiques fondamentales de la construction européenne : d’un côté, le fait que la plupart des politiques nationales n’étaient que de simples déclinaisons des politiques décidées au niveau communautaire et, d’un autre côté, que ces dernières obéissaient à une stricte logique néolibérale.

Ces caractéristiques avaient été largement passées sous silence par les dirigeants. Ils avaient ainsi pu imputer à une entité extérieure – « l’Europe » ou « Bruxelles » – contre laquelle on ne pouvait rien faire, des mesures impopulaires dont ils étaient pourtant les co-auteurs. A cet égard, en revendiquant la centralité de la question européenne, et en appelant ainsi un chat un chat, Emmanuel Macron rend service au débat démocratique, quel que soit le jugement que l’on porte sur les politiques qu’il préconise. Son exemple a été suivi en Allemagne : les premières pages du document négocié entre la CDU-CSU et le SPD, et destiné à servir de feuille de route à un possible nouveau gouvernement de « grande coalition » entre les conservateurs et les sociaux-démocrates, sont consacrées à l’Europe. Certes rien ne garantit que, dans les semaines à venir, ce pacte sera ratifié par les quelque 460 000 membres du SPD, mais, en cas d’échec, on voit mal comment une autre combinaison gouvernementale pourrait revenir sur cette priorité européenne.

Emmanuel Macron a été, si l’on peut dire, servi par la conjoncture. Que ce soit, entre autres, au Royaume-Uni avec le Brexit, en Allemagne et en Autriche avec l’immigration, en Grèce avec l’imposition par l’UE de nouvelles et inhumaines mesures d’austérité, dans les pays Baltes et ceux du groupe de Visegrad ( Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie) avec leur volonté affichée de dumping social, dans les paradis fiscaux que sont l’Irlande, Malte, Chypre ou le Luxembourg, il n’y a pas de grand sujet de politique nationale qui n’ait pas également une incontournable dimension européenne. Cette dimension peut d’ailleurs être conflictuelle, soit avec l’UE en tant que telle soit avec d’autres Etats membres.

Il ne suffit pas qu’existe désormais une conscience croissante de l’impact des politiques de l’UE sur ses Etats membres. Ce sont donc ces politiques qui doivent être débattues et soumises au suffrage universel en pleine connaissance de cause. En mai 2019, les élections au Parlement européen peuvent en fournir l’occasion.

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