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Tunisie

Moncef Marzouki : « Nous sommes les Français de 1789 »

8 mars 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Propos recueillis par Bénito Pérez

Pour l’opposant tunisien Moncef Marzouki, la vague révolutionnaire a fait renaître peuples et nations arabes, desquels émergera une Union arabe d’États démocratiques.

Son ouvrage Dictateurs en sursis paru en 2009 avait suscité haussements d’épaules et sourires entendus. Associé au politologue français Vincent Geissier, Moncef Marzouki y détaillait pourtant les causes qui emporteraient, moins de deux ans plus tard, nombre de régimes autoritaires arabes dans la tourmente. Ancien président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, leader du parti Congrès pour la République, ce professeur de médecine chassé des amphithéâtres par le général Zine El-Abidine Ben Ali était récemment en Suisse pour plaider la restitution rapide des fonds de l’ex-dictateur aux Tunisiens. Il livre aussi un regard très aérien et prospectif sur le Printemps arabe.

En 2009, vous estimiez les régimes autoritaires condamnés ? Le Printemps arabe ne vous a donc pas surpris ?

Moncef Marzouki : Nous sommes face à un phénomène extraordinaire. Comme les Français de 1789 ou les Russes de 1905 ou de 1917 ! Si l’ébranlement de ces régimes me paraissait en effet inévitable, nul ne pouvait en prévoir le moment ni l’ampleur ! Les causes en revanche sont claires. La démocratie n’est pas seulement une exigence éthique, elle est une nécessité pratique. Aujourd’hui, pour qu’un Etat fonctionne, il doit être décentralisé, le pouvoir partagé. Face à des peuples dignes, éveillés, le règne de la terreur et le pillage des ressources par un clan ne peuvent durer éternellement. Les simulacres électoraux, également, finissent par ne plus donner le change. Ces systèmes, basés sur un pouvoir personnel, sont condamnés.

Maintenant, la question est de savoir jusqu’où l’onde de choc née à Sidi Bouazid, petit village oublié des hommes et des dieux, va-t-elle se propager ? Jusqu’en Chine, où l’on commence à s’inquiéter ? Jamais avant 2011 je n’avais été interviewé par des journalistes chinois !

L’effet se propage en tout cas en Europe, où on commence enfin à revoir la conception culturaliste, pour ne pas dire raciste, qui prévalait dès qu’on parlait des populations arabes.

Le mouvement touche l’ensemble du monde arabe. Que ce passe-t-il dans cette région ?

On assiste à une renaissance des peuples. Pendant des années, on a répété aux Tunisiens qu’ils étaient lâches et veules. Les services secrets se sont employés à casser toutes les solidarités, faisant des Tunisiens une poussière d’individus que la police pouvait aisément circonscrire. Il a fallu mener une guerre psychologique, notamment via Facebook, pour contrer cette propagande. A travers la Révolution de sa jeunesse, le vieux peuple tunisien s’est reconstitué ! Parallèlement, on assiste à la reconstitution de la Nation arabe. Depuis deux mois, les Arabes vivent les uns chez les autres. Les Égyptiens ont regardé, hébétés, les Tunisiens se soulever. Et maintenant, les Tunisiens en ont presque oublié leur Révolution pour regarder ce qui se passe chez leurs frères libyens... Partout, les mêmes slogans sont scandés. J’étais ému aux larmes en entendant l’hymne tunisien chanté au Yémen !

La Nation arabe se reconstruit dans cette douleur et ces espoirs communs. Le vieux rêve d’unité balayé par les dictateurs est en train de renaître. D’ici à dix ans, on pourrait voir émerger une Union arabe des États démocratiques, à l’instar de ce qui s’est passé en Europe après la défaite du fascisme. Dans la région, plus rien ne sera comme avant, du conflit israélo-palestinien, aux rapports Nord-Sud, ou Occident-Orient.

En Europe, on agite la peur de l’islamisme.

Effectivement, au point que l’islamophobie y a remplacé le racisme. On ne dit plus « sale Arabe », mais « sale musulman ». En Tunisie, le dictateur a aussi beaucoup agité le spectre. Pour moi, l’islamisme n’existe pas. Il faudrait au moins parler d’islamismes au pluriel, tant le spectre est large, allant de [Recep Tayyip] Erdogan (le premier ministre turc, ndlr) aux talibans. Dans le contexte européen, c’est comme de mettre dans le même sac les démocrates-chrétiens et l’extrême droite. Alors peut-être faut-il, en effet, avoir peur de certains islamistes comme de certains extrémistes européens, mais il est paradoxal que ce pluralisme politique soit admis en Europe et refusé ailleurs. Tout le monde a pu constater que les mouvements en cours expriment des demandes de démocratie et de liberté, et que les islamistes y ont souvent participé, mais sans exercer de leadership.

Beaucoup de régimes s’accrochent. Celui de Kadhafi notamment.

Je suis certain que Kadhafi tombera bientôt. La question est : quel prix devront en payer les Libyens ? La même question se pose ailleurs : comment faire pour minimiser ce prix – inévitable – en vies humaines, en souffrances ? J’estime, pour cela, essentiel de laisser une ouverture aux dictateurs. Si vous encerclez un ennemi sur les quatre côtés, il va se battre jusqu’au bout ! Il vaudrait mieux organiser son départ... Puis, une fois la Révolution victorieuse, à part pour quelques grands criminels, je préconise des commissions Vérité et Réconciliation, à la sud-africaine. On sait quel a été le prix de la Révolution française : la Terreur. Et le prix de la Révolution iranienne, avec trente mille pendaisons durant les trois-quatre premières années... I

Source : http://www.lecourrier.ch/index.php?name=News&file=article&sid=448458


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