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Peu de changements à attendre du futur gouvernement d’Angela Merkel

Par Peter Wahl  |  24 septembre 2013     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Par Peter Wahl, président de World Economy, Ecology & Development (WEED), Berlin.

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1. Malgré la victoire d’Angela Merkel (41,5% des suffrages pour la CDU-CDU, en augmentation de 8 %), il existe arithmétiquement une majorité de gauche au Bundestag : 192 sièges pour le SPD, 64 pour Die Linke et 63 pour les Verts, soit un total de 319 sièges sur 630. Pourtant, cette majorité ne se transforme pas en majorité réelle, le SPD refusant toute coopération avec Die Linke au niveau fédéral.

2. La victoire d’Angela Merkel n’a pas modifié les rapports de force entre les deux camps de la société. La CDU a en effet cannibalisé le Parti libéral (FDP) qui n’a pas obtenu nationalement les 5 % de suffrages lui permettant d’avoir une représentation parlementaire. Avec l’écroulement de ce parti (4,8 % des voix contre 14, 6 % en 2OO9), Angela Merkel a perdu son partenaire de gouvernement « naturel ».

3. La disparition du FDP du Bundestag montre que le fondamentalisme de marché est marginalisé dans la société.

4. Selon les instituts de sondage, les votes en faveur de la chancelière reposent à 40 % sur sa personnalité. Son image est celle d’une femme simple (« comme vous et moi ») ; pragmatique (« non-idéologique ») ; ouverte à des changements progressistes (sortie du nucléaire, mariage gay) ; pas agressive contre ses adversaires politiques, etc. Dans sa personne, elle incarne, pour ainsi dire, la « grande coalition » SPD-CDU-CSU et un désir d’harmonie fortement souhaités par une majorité d’Allemands.

5. Politiquement, Angela Merkel est créditée d’avoir protégé son pays contre la crise et contre les pressions visant à lui faire « jeter notre argent par la fenêtre » aux « bons à rien méditerranéens ». Les gens qui ont voté pour elle ne sont pas affectés par la crise, mais ils ont peur d’elle. Le rôle dominant de la chancelière masque une crise profonde de la CDU où il existe des tensions fortes entre, d’un côté, les conservateurs qui lui reprochent d’être trop social-démocrate – et dont quelques-uns se sont dirigés vers le parti anti-euro Alternative pour l’Allemagne (AfD) – et, d’un autre côté, les « modernisateurs ».

6. Le SPD a obtenu 25,7 % des voix, soit son deuxième plus mauvais résultat depuis la création de la République fédérale. Les sociaux-démocrates restent marqués par la période Schröder, et ils ont été incapables de se démarquer clairement des réformes néolibérales de l’époque. C’est pourquoi leur candidat à la chancellerie, Peer Steinbrück, a grandement pâti de son manque de crédibilité.

7. Die Linke est maintenant le troisième parti allemand (8,6 % des suffrages), légèrement devant les Verts (8,4 %). Mais ce score est davantage dû à la faiblesse de Verts et à l’effondrement du FDP qu’à sa force propre. Par rapport à 2009, le parti a perdu 3%. Mais, compte tenu de la crise qu’il a traversée il y a un an et des sondages qui lui donnaient moins de 5 %, le résultat qu’il a obtenu a valeur de consolidation. Cette consolidation se manifeste aussi à l’Ouest où il dépasse les 5%. Le risque qu’il devienne un parti régional de l’Est s’est donc considérablement réduit.

8. Au sein de Die Linke, le rapport de forces entre les « modérés » (avant tout de l’Est) et les « radicaux » (de l’Ouest) va pencher en faveur des premiers. Il y a deux raisons à cela : d’abord le rôle important de Gregor Gysi (qui vient de l’Est et a représenté les « modérés » dans la campagne) et l’absence d’Oskar Lafontaine ; ensuite la pression énorme qui s’exercera du fait que le SPD n’a aucune perspective d’accéder à la chancellerie dans quatre ans sans Die Linke. La transformation de la majorité arithmétique en majorité réelle est à l’ordre du jour des deux cotés.

9. Les Verts font partie des grands perdants, d’autant plus que les sondages d’il y a un an leur donnaient environ 20 % des intentions de vote, conséquence de l’« effet Fukushima ». Les raisons principales : un programme perçu comme trop à gauche (avec une augmentation de impôts pour les riches) qui les a réduits au noyau dur de leur électorat ; la sortie du nucléaire décidée par Angela Merkel, qui les a rendus un peu superflus dans le paysage politique ; enfin l’utilisation démagogique, par quelques médias et par la droite de la CDU, de problèmes avec la pédophilie au sein du parti il y a 25 ans. L’échec électoral des Verts va renforcer le courant des « réalos » en leur sein et favoriser le glissement du parti vers la droite.

10. Le nouveau parti AfD (Alternative pour l’Allemagne) n’a pas franchi le seuil des 5%. Néanmoins, ses 4,7% constituent un grand succès, étant donné qu’il existe seulement depuis quelques mois. Son programme est la sortie de l’euro ou la dissolution de la zone euro. Sa direction se recrute avant tout chez les professeurs d’économie libéraux et conservateurs, souvent issus de la CDU et du FDP. Ses électeurs viennent du FDP (450 000), de Die Linke (360 000) et de la CDU (300 000).

Les 360 000 transfuges de Die Linke s’expliquent de deux manières : la volonté d’émettre un vote de protestation et la réaction au caractère inaudible de la position de la gauche dans la crise de l’euro. Pour l’instant, l’AfD n’est pas comparable au Front national en France ou à d’autres partis de ce type. Il est plus modéré et dénonce le racisme et la xénophobie. Il se proclame « pro-européen ». Il participera aux élections européennes de 2014 et a de grandes chances d’entrer au Parlement européen.

11. Pour la composition du futur gouvernement fédéral, deux options s’offrent à Angela Merkel : soit une grande coalition avec le SPD, soit une collation avec les Verts. Il est trop tôt pour faire un pronostic. Au sein du SPD, la résistance à toute participation gouvernementale est très forte, parce qu’on y craint que le parti en sorte affaibli, comme en 2009. Il y aura donc une phase de négociations compliquées avec des jeux tactiques de tout genre entre la CDU, le SPD et les Verts.

12. Quelle que soit la coalition en place dans quelques semaines, les élections n’entraîneront pas de changements substantiels. On peut prévoir un léger glissement vers un peu plus d’égalité avec, par exemple, l’instauration d’un salaire minimum. Egalement sur le terrain de l’immigration et des minorités sexuelles. De même dans les mesures contre le contrôle électronique des citoyens par la NSA et d’autres agences. Dans la gestion de la crise européenne, la politique de discipline fiscale restera inchangée, mais quelques centaines de millions d’euros pourront être dégagés pour combattre le chômage en Grèce, en Espagne et au Portugal... 

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