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Quand l’opposition vénézuélienne tombe le masque…

Par Romain Migus  |  19 avril 2013     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Il avait annoncé la couleur. Le 9 avril, soit cinq jours avant l’élection présidentielle, Henrique Capriles, candidat de l’opposition vénézuélienne regroupée dans la Table de l’unité démocratique (MUD), déclarait : « Je ne suis pas le même que le 7 octobre, je défendrai les votes » [1]. Le lendemain, le président de l’Assemblée nationale, Diosdado Cabello, présentait sur la chaîne de télévision publique des preuves confirmant, selon lui, les intentions de la droite de contester les résultats électoraux afin de créer les conditions d’un coup d’Etat au Venezuela [2].

Au soir du scrutin, malgré une différence de 272 865 voix [3] en faveur du candidat socialiste Nicolas Maduro, Henrique Capriles refuse d’admettre sa défaite. Pourtant, tous les observateurs internationaux insisteront sur la transparence du processus électoral. Vicente Diaz, un des cinq membres du Conseil national électoral (CNE), et personnalité ouvertement liée aux partis d’opposition, affirmera n’avoir « aucun doute sur le résultat de l’élection » [4] donnant comme vainqueur l’héritier de Hugo Chávez.

Voilà bien la seule promesse que le candidat de la droite aura tenue. Oubliée la rhétorique d’union, de paix et de sécurité qu’il développait encore une semaine plus tôt. Il appelle ses partisans à se mobiliser pour exiger un recomptage de 100 % des bulletins de vote, dont il sait pertinemment qu’il confirmera les résultats déjà proclamés. Curieuse manière démocratique de l’obtenir que d’envoyer les ultras de la droite dans la rue. La loi électorale vénézuélienne est pourtant très claire : tout candidat peut soumettre au CNE des preuves de fraude et, dans le cas où ce dernier les rejette, un appel est possible devant le Tribunal suprême de justice.

Il est vrai que les accusations de Capriles ne résistent pas au fait que les délégués du candidat de l’opposition dans chacun des bureaux de vote du pays ont tous donné sur procès-verbal leur aval aux résultats [5]. Qu’importe, puisque le but recherché n’est pas de renforcer la démocratie électorale, mais bien d’amorcer un coup d’Etat soft dans le meilleur style des précédents en Serbie, Géorgie, Ukraine, etc. Beaucoup d’émeutiers ont été formés en Serbie par le groupe Otpor, et se réclament des techniques de l’Albert Einstein Institution, matrice idéologique des « révolutions colorées » [6].

Dès l’annonce de Capriles de ne pas reconnaître les résultats du scrutin, des groupuscules de style néofasciste déferlent dans les rues du pays. Des symboles du chavisme sont détruits, des militants attaqués et assassinés, des petits commerces saccagés et brûlés. On dénombrera 8 morts et des dizaines de blessés, par balle pour la plupart. Cinq sièges régionaux du Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) sont dévastés par les flammes, tout comme douze centres de soins où officient des médecins cubains.

Dans l’Etat de Lara, dont le gouverneur, Henri Falcon, est aussi le directeur de campagne de Capriles, la police régionale à ses ordres ne fait rien pour empêcher les exactions. Dans la nuit du 14 au 15 avril, une grand-mère m’appelle de Barquisimeto, la capitale régionale : « Je suis barricadée dans la buanderie avec ma sœur, des personnes sont en train d’essayer de défoncer la porte ». Par la petite lucarne qui la relie au monde extérieur, elle verra ses propres voisins, torche en main, aller mettre le feu à la clinique publique du quartier, située en face de sa maison. D’autres témoins nous rapporteront des scènes semblables qu’ils ont vécues, eux et leurs familles. Ils ne feront pas la « une » des journaux, mais ils sont pourtant très nombreux à avoir été agressés de la sorte par des hordes déchaînées.

Le président de la République, Nicolas Maduro, appellera ses partisans au calme pour ne pas faire le jeu de la violence et laisser la police et la garde nationale rétablir l’ordre. A Capriles, il lance : « Si tu ne me reconnais pas comme président, je ne te reconnais pas comme gouverneur de Miranda ». Ultimatum logique, puisque les règles de l’élection de Capriles, en décembre 2012, étaient exactement les mêmes que celles qui, quelques mois plus tard, ont porté Maduro à la présidence.

L’armée vénézuélienne a reconnu Nicolas Maduro comme son nouveau commandant en chef et elle a réitéré son engagement à préserver la paix et la sécurité. Par la voix de Wilmer Barrientos, chef du Commandement stratégique opérationnel, elle a invité les Vénézuéliens à respecter les lois et les règles de la démocratie [7].

Même si la droite veut poursuivre sa stratégie de la tension en déployant des éléments provocateurs vêtus de chemises rouge chaviste afin de faire porter la responsabilité des violences au gouvernement, Nicolas Maduro sort renforcé de cette épreuve de force. Les messages de paix et d’union de Capriles ont volé en éclats. Les masques sont tombés. 

 

Notes

[1] “Yo no soy el mismo del 7 de octubre, voy a defender los votos de toda Venezuela”, Dailymotion, 09/04/13. http://www.dailymotion.com/video/xyvf8j_capriles-yo-no-soy-el-mismo-del-7-de-octubre-voy-a-defender-los-votos-de-toda-venezuela_news#.UW6a4EpArVU (source consultée le 17 avril 2013).

[2] Capriles Radonski prepara otro golpe, no va a reconocer los resultados de la victoria del Pueblo y Nicolás Maduro. Así lo denuncia Diosdado Cabello, Presidente de la Asamblea Nacional, Youtube, 10/04/13. http://www.youtube.com/watch?v=-6Lrameqo-I, (source consultée le 17 avril 2013).

[3] Voir les résultats officiels sur le site du CNE, http://www.cne.gob.ve/resultado_presidencial_2013/r/1/reg_000000.html (source consultée le 17 avril 2013).

[4] “Rector Vicente Díaz : No tengo dudas del resultado arrojado por el sistema electoral”, Agencia Venezolana de Noticias, 15/04/13. http://www.avn.info.ve/contenido/rector-vicente-d%C3%ADaz-no-tengo-dudas-del-resultado-arrojado-sistema-electoral , (source consultée le 17/04/13). Le 12 février 2009, le recteur Diaz faisait un déjeuner politique avec le secrétaire général d’Acción Democratica. Voir : Pillao Ramos Allup con Vicente Diaz, Youtube, 12/09/09. http://www.youtube.com/watch?v=92ZVbTR0dHo (source consultée le 17 avril 2013).

[5] “Publicarán este miércoles actas de votación con las firmas de la oposición”, Sistema Bolivariano de comunicación e información, 16/04/13.http://www.sibci.gob.ve/2013/04/publicaran-este-miercoles-actas-de-votacion-con-las-firmas-de-la-oposicion/ (source consultée le 17 avril 2013)

[6] Voir sur le blog de l’organisation d’extrême-droite Juventud Unidad de Venezuela : http://javunida.blogspot.com/2009/11/enlace-libro-de-la-dictadura-la.html et Eva Golinger, « Huelguistas en Venezuela “Made in USA” », Correo del Orinoco, 20 février 2013, http://www.correodelorinoco.gob.ve/nacionales/huelguistas-venezuela-made-in-usa/

[7] “Wilmer Barrientos : FANB continuará en las calles garantizando la paz del pueblo”, Agencia Venezolana de Noticias, 16 avril 2013. http://www.avn.info.ve/barrientos-deplora-violencia-derecha-e-insta-aceptar-juego-democr%C3%A1tico (source consultée le 17 avril 2013).





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