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Quand la droite se recompose en Amérique latine

Par Agustín Lewit  |  14 avril 2014     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Ces dernières années, l’Amérique latine, en particulier son cône sud, a connu un phénomène nouveau : l’émergence de gouvernements – qualifiés tour à tour de progressistes, de nationaux-populaires ou encore de centre gauche – décidés à revenir sur plusieurs décennies de néolibéralisme. Si ce mouvement ne va pas sans un certain nombre de contradictions, d’ambiguïtés et de revirements, il présente cependant diverses caractéristiques permettant de le considérer comme un véritable processus, au-delà des particularités de chaque pays. Il incarne un positionnement très critique vis-à-vis de l’idéologie dominante, un engagement pour une revitalisation de l’intégration régionale, une volonté de redonner du poids à la politique face à l’économie et, dans ce contexte, d’organiser le retour de l’Etat comme instrument permettant de répondre aux demandes sociales de la population.

Toutes ces expériences en question possèdent en outre une origine commune. Elles constituent une réponse aux diverses crises du néolibéralisme intervenues simultanément dans la région. Ces crises, qui ont pris des formes différentes selon les pays, ont provoqué non seulement une dégradation des économies, mais également de profonds bouleversements politico-institutionnels. Elles ont eu pour effet d’ébranler les vieilles structures du pouvoir et le système des partis en général. Dans un tel contexte, les nouveaux gouvernements et leurs politiques sont apparus comme une solution potentielle et la promesse d’une alternative. Il faut ainsi considérer le « chavisme » à la lumière du Caracazo, le « kirchnérisme » à l’aune de la crise de décembre 2001 et le triomphe d’Evo Morales au regard de la guerre de l’eau et du gaz (en 2000 et 2003). De même, le « correisme » et sa révolution citoyenne sont le résultat de la faillite politique et économique de l’Equateur au début des années 2000.

Au fil du temps, ces forces émergentes se sont consolidées tant dans l’exercice gouvernemental que dans les urnes, bouleversant ainsi l’organisation du système des partis politiques partout dans ces pays. La mise en œuvre de nombreuses politiques publiques en faveur de la majorité de la population a été saluée par des victoires électorales massives, permettant ainsi d’asseoir la légitimité des nouveaux gouvernements et de renforcer l’aura de leurs leaders.

A l’inverse, les partis traditionnels – en particulier conservateurs –, incapables de trouver leur place sur la nouvelle scène politique et de retisser des liens avec certains secteurs de la société, ont souffert d’un déclin général et d’un fort discrédit. L’affaiblissement des deux principales formations du Venezuela (Action démocratique et le Parti social-chrétien Copei), du Mouvement de gauche révolutionnaire (MIR) et du Mouvement nationaliste révolutionnaire (MNR) en Bolivie, du Parti social-chrétien, de l’Union démocrate-chrétienne et du Parti roldosiste équatorien (PRE) en Equateur, mais aussi de l’Union civique radicale (UCR) et de la ligne orthodoxe du Parti justicialiste (PJ) en Argentine témoigne de ce processus.

Mais aujourd’hui, alors que bon nombre de ces nouveaux mouvements ont pris les rênes de leur pays il y a près de dix ans – à l’exception du chavisme, qui se maintient au gouvernement depuis quinze ans –, les partis de droite semblent avoir repris du poil de la bête et commencent à élaborer des stratégies viables de reconquête du pouvoir.

Ainsi, Henrique Capriles au Venezuela, Sergio Massa en Argentine, Mauricio Rodas en Equateur et Doria Medina en Bolivie incarnent les alternatives les plus crédibles, fédérant autour d’eux les forces conservatrices de leurs nations respectives.

Si toutes ces évolutions sont le fruit de conjonctures politiques bien particulières, certaines similitudes les inscrivent cependant dans une tendance générale, sinon totalement synchronisée, du moins cohérente au vu de plusieurs éléments essentiels.

Tout d’abord, aucun de ces candidats ne se réclame ouvertement de la droite, même si tous appartiennent de fait à cette tradition. Cette volonté d’éviter à tout prix d’être assimilés au camp conservateur reflète sans doute la nécessité stratégique de se démarquer des prédécesseurs et de leur bilan désastreux.

Autre point commun, lié au premier : ces prétendants au pouvoir ne dévoilent presque rien des projets qu’ils portent, peut-être en raison du coût social de leur programme. Peut-être aussi parce que selon leur conception de la politique, les propositions importent moins que l’image.

En outre, tous défendent une « position du consensus » : tandis que la montée en puissance des gouvernements progressistes a mis en évidence certains des nombreux antagonismes opposant les différentes catégories de la société – les tensions autour du partage des richesses, de l’Etat contre les corporations, du public contre le privé, etc. –, la nouvelle droite prêche inlassablement les vertus du consensus, du dialogue, de l’unité. Une tactique qui vise à proclamer la fin des idéologies et de la lutte des classes. Face aux conflits que suppose la confrontation d’intérêts divergents, les chefs de file conservateurs proposent la réconciliation, la « concorde », et le retour à la « normalité ». En clair, le message véhiculé est : pour retrouver l’harmonie, les masses sont donc censées se soumettre aux intérêts de la minorité possédante.

Qui plus est, ces nouvelles droites et leurs dirigeants se gardent de se présenter comme les tenants d’une contre-révolution sociale, dont l’ambition serait de faire table rase des mesures mises en œuvre aux cours des années précédentes. Ils se contentent en effet de s’attaquer à certains aspects des gouvernements en place, par exemple à leur caractère supposément autoritaire. Car ils ont compris, non sans peine, qu’il était impossible de revenir sur certaines avancées sociales sans se heurter à ceux qui en bénéficient, à savoir la majorité de la population.

Enfin, si les nouveaux porte-drapeaux de la droite se réinstallent dans le paysage politique, ils le doivent davantage aux journaux et aux chaînes de télévision qu’à leur véritable représentativité, ce qui reflète le poids des médias dans la vie publique. Il n’est donc guère surprenant que ces personnalités s’approprient en grande partie le langage audiovisuel élaboré dans les laboratoires de marketing.

En définitive, après le choc engendré par l’émergence de forces progressistes nouvelles dans les années 2000-2010, le camp néolibéral repart à l’offensive. Mais si les méthodes et les protagonistes ont changé, les droites restent fidèles à leurs intérêts de toujours.

Ce sursaut rebat les cartes politiques dans la région, en équilibre depuis des années entre un passé qui refuse de mourir et un avenir qui n’en finit pas de naître. Dans ce contexte, les nombreuses échéances électorales des prochaines années auront un rôle décisif à jouer, et l’enjeu est considérable : de l’issue de ce conflit dépendent les conditions de vie de millions de latino-américains.  

 

Source : www.nodal.am/crisis-y-reacomodamiento-de-la-derecha-regional-por-agustin-lewit

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