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Quatre leçons des élections italiennes

Par Jacques Sapir  |  27 février 2013     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Les résultats des élections italiennes des 24 et 25 février à peine connus, les commentaires allaient bon train. Le gouvernement français s’est empressé, lui aussi, de publier un communiqué pour en minimiser l’importance. Il eût mieux valu qu’il s’affronte directement à la réalité, ne serait-ce que pour en tirer les leçons. Mais on préfère s’enfermer dans une attitude de déni, cette fois avec l’appui d’une partie des médias français. Que n’avait-on chanté les louanges du dirigeant du Parti démocrate (PD), Luigi Bersani, ou du technocrate tourné politicien Mario Monti. Il suffisait pourtant de sortir de la bulle parisienne, de lire la presse italienne, britannique ou américaine pour avoir une petite idée de ce qui allait se passer. Alors, regardons un peu ce scrutin, et cherchons à en dégager les principales leçons.

La première qui émerge est, à l’évidence, l’ampleur du désaveu des politiques inspirées par Bruxelles et Berlin, mais aussi, il faut s’en souvenir, par Paris. A la Chambre des députés, les partis défendant ces politiques n’ont représenté que 40 % des électeurs (le PD de gauche de Bersani 29,5 % et l’alliance du centre-droit de Mario Monti 10,5 %). Les partis refusant ces politiques, et refusant en réalité la logique de l’euro, ont remporté plus de 54 % des suffrages (le PDL de Silvio Berlusconi 29,1% et le M5S de Beppe Grillo 25,5 %).

On ne saurait imaginer plus cinglant démenti apporté à ceux qui présentaient le gouvernement Monti comme un « sauveur » de l’Italie. La multiplication d’impôts souvent vécus comme injustes, les coupes sauvages dans le budget dont ont été victimes les hôpitaux, les écoles, mais aussi le système de retraite, les retards scandaleux de paiements de la part l’État expliquent largement cette situation. La presse française peut bien gloser sur la puissance de la « machine » » Berlusconi, mais elle ne saurait éternellement cacher le fait que si un homme politique chassé sous les huées revient quasiment en triomphateur c’est bien parce qu’il y a un rejet massif de la politique mise en place par ses successeurs. De plus, ce discours convenu ne saurait expliquer le succès du Mouvement 5 Étoiles (M5S) de Beppe Grillo.

Ceci conduit alors à une deuxième leçon à méditer : l’erreur manifeste des sondeurs et des estimations de sortie des urnes. Deux partis en ont été « victimes » : le PD, crédité de plus de 33 % et se situant finalement à 29,5 % (environ 4 points d’écart) et l’Union du centre de Mario Monti créditée par les estimations de 12 %, et n’en recueillant en réalité que 10,5%. Le Peuple de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi apparaît comme relativement stable. C’est donc le M5S qui a bénéficié de ces erreurs : crédité de 18 à 20 % des suffrages, et en obtenant en réalité plus de 25 %.

Il convient immédiatement de signaler qu’il s’agissait des premières élections générales auxquelles se présentait le M5S. La tâche des sondeurs et des prévisionnistes était donc des plus difficiles. Mais si l’on considère les chiffres, et si l’on admet qu’un certain nombre d’électeurs du M5S (1 sur 5) n’ont pas souhaité faire état de leur vote dans les sondages de sortie des urnes, cela signifie que des anciens électeurs, tant de gauche que du centre droit, ont basculé vers le mouvement de Beppe Grillo. Cette hypothèse est confortée par la remarquable stabilité entre prévisions et résultats réels pour le PDL, qui confirme que Silvio Berlusconi est bien reconnu comme le chef de sa formation, et que son discours est largement assumé par ses électeurs. Le vote pour le PDL n’a pas été un vote « honteux », bien au contraire : il a été clairement assumé. Il faut chercher essentiellement à gauche (et secondairement au centre droit) le véritable réservoir des forces du M5S.

Ceci conduit alors à un troisième enseignement : les électeurs italiens voulaient envoyer un message, et ils ont utilisé à cette fin les moyens qui étaient à leur disposition. On peut discourir sur le système électoral italien, certes plus byzantin que romain ; on peut faire tous les commentaires possibles et imaginables sur la rhétorique tant de Berlusconi, couvert de scandales et rescapé du bunga-bunga, que de Beppe Grillo. À défaut de partis plus présentables, les Italiens ont voté pour ceux qui leur paraissaient les moins nocifs, autrement dit les moins engagés dans la politique mortifère d’austérité, et les moins soumis aux ordres de Bruxelles et aux diktats de Berlin. On est en présence d’une protestation structurée bien plus que d’un simple vote « protestataire ». Le fait que le M5S ait gagné certaines villes lors des dernières élections municipales aurait dû alerter les observateurs.

On assiste en fait au début d’un processus d’enracinement du M5S. Les conséquences pour la coalition de gauche que représente le Parti démocrate sont importantes. L’érosion de ce parti dans les derniers sondages, puis dans les résultats, est particulièrement importante. Crédité de 35 % à moins d’un mois du scrutin, il se retrouve finalement avec 29,5 %. Le problème réside dans la position intenable qu’il adopta : celle de défendre une « austérité à visage humain ». Les Italiens ont intuitivement compris que de visage humain, il n’y en aurait guère, et que seule resterait l’austérité. Voilà qui pose un redoutable problème aux forces dites « social-démocrates » en Europe du Sud. Leurs discours n’ont plus aucune crédibilité dans le cadre économique qui est celui de la zone euro. Il leur faut soit adopter un discours traditionnel de droite, soit rompre avec les chimères d’une Europe fédérale ; il n’y a plus de demi-mesures possibles.

Nous en arrivons alors à la quatrième leçon. Ces élections ont été, on l’a dit plus haut, une cinglante défaite de la technocratie. À cet égard, on rappellera ce que nous écrivions dans une note consacrée à la question de l’ « ordre démocratique », mais aussi de la dictature et de la tyrannie  : « L’ordre démocratique permet de penser les formes nouvelles de la tyrannie (les agences indépendantes), de leur donner un nom précis (la BCE, la « troïka »), la dévolution des pouvoirs de l’État à l’Union européenne sans respect des règles de dévolution, mais aussi de montrer ce que pourraient être des cheminements différents n’aboutissant pas à des usurpations de souveraineté. L’ordre démocratique permet ainsi de réfuter les illusions d’une technicisation des choix politiques et de redonner toute son importance à la politique elle-même. Il nous permet de penser la tyrannie et par conséquence la rébellion légitime ». (http://russeurope.hypotheses.org/799).

C’est bien à une rébellion légitime que nous avons assisté lors de ces élections. Il convient d’en prendre conscience.

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