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Rien que la résolution 1973

Par Sami Naïr  |  28 mars 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

L’intervention des forces françaises, anglaises et américaines, suivie par celle de la plupart des pays européens (sauf de l’Allemagne qui, décidément, joue de plus en plus le rôle d’une superpuissance solitaire, à l’image de son comportement dans la crise économique européenne et mondiale), n’a rien à voir ni avec le funeste « droit d’ingérence » que les puissances occidentales ont voulu s’octroyer depuis la chute de l’Union soviétique, ni avec une quelconque volonté hégémonique de telle ou telle puissance européenne en Méditerranée. Si bien des calculs peuvent se concevoir, tramés sur le fil des problèmes de politique intérieure et des positionnements pour les intérêts pétroliers dans la Libye de demain, il reste que l’enjeu de l’intervention dépasse très largement ces jeux cyniques et finira par les submerger.

Il a fallu intervenir d’abord pour éviter un massacre de la population civile de Benghazi par Kadhafi, qui le lui avait promis et dont il avait donné l’exemple dans les villes que ses partisans avaient réinvesties. On a tout simplement évité un nouveau Rwanda. L’onde de choc démocratique qui traverse enfin le monde arabe, et qui suscite déjà contre elle l’alliance sacrée de tous les régimes dictatoriaux - de l’Arabie saoudite à la Libye - aurait en outre trouvé un puissant obstacle dans la défaite des insurgés libyens. Cela n’est pas secondaire, car les masses se révoltent dans le monde arabe non contre des régimes qui sont l’expression de la volonté populaire, mais contre des pouvoirs qui violent systématiquement leur droit à choisir démocratiquement leur destin. En Libye, le principal obstacle à l’exercice de la souveraineté populaire, c’est le régime dictatorial de Kadhafi.

Enfin, et cette précision n’est pas secondaire, l’intervention n’est pas une guerre offensive, car elle ne vise pas attaquer délibérément un adversaire défini comme ennemi des puissances engagées contre lui. C’est le Conseil de sécurité de l’ONU qui a donné mandat à des pays qui se sont déclarés disposés à en assumer la responsabilité d’intervenir pour protéger des populations civiles menacées par des forces de destruction militaires incomparablement plus importantes.

Le mandat de la résolution 1973 est très clair : création d’une zone d’exclusion aérienne ; protection des populations civiles menacées. Tout ça, et rien que ça. La direction politique des opérations, contrairement à ce que certains prétendent, reste entre les mains du Conseil de sécurité, des puissances intervenantes et de la Ligue arabe. L’OTAN a été associée à cette opération, mais c’était le prix que les Etats-Unis et leurs alliés européens ont voulu faire payer à la France pour l’impliquer plus encore, après son retour dans le commandement intégré de cette organisation, dans le giron occidental.

Sur cette question, la France a tout à fait raison : associer l’OTAN envoie un très mauvais signal à l’opinion publique arabe, et peut, à terme, jouer contre la montée des luttes démocratiques. Les positions de la Turquie, de la Russie et de la Chine, sont très directement dictées par leurs intérêts économiques, au mépris de la volonté démocratique du peuple libyen. L’ambassadeur russe à Tripoli - qui vient d’être rappelé à Moscou - l’a déclaré sans ambages, soulignant que l’abstention de la Russie au Conseil de sécurité coûtera « des milliards » à ses intérêts en Libye. Il est clair que le sort de la démocratie dans le monde arabe est le cadet des soucis de ce monsieur !

Reste le problème de fond : comment va se terminer cette intervention ? Tout dépendra de la capacité des forces insurgées à reprendre l’initiative sur le terrain. Pour les puissances intervenantes, plus vite elles sortiront de ce guêpier, mieux ce sera. Car le risque d’enlisement est réel, et Kadhafi utilisera tous les moyens à sa disposition, y compris la guérilla. Il faut donc tout faire pour aider les forces démocratiques par l’envoi d’armes et la transmission d’informations pour leur permettre d’avancer sur le terrain.

Actuellement, la France affirme que des proches de Kadhafi seraient prêts à l’abandonner, ce qui ouvrirait une voie possible de négociations. Il faut explorer cette piste, mais sans trop d’illusions, car nous avons affaire à un pouvoir dans lequel la logique des solidarités tribales l’emporte souvent sur la rationalité des calculs politiques. Il faut enfin tout faire pour éviter une partition de la Libye, mais si cette solution finissait par prévaloir, l’ONU devrait alors déployer des forces d’interposition.





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