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Rude choc pour les antichavistes primaires

Par Bernard Cassen  |  10 octobre 2012     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Lundi 8 octobre à l’aube, le choc a été rude pour les antichavistes primaires et pour les grands médias, écrits et audiovisuels, où ils ont colonnes, micros et plateaux de télévision ouverts en permanence : à 4 h 30 (heure de Paris, soit 22 h la veille à Caracas) le Conseil national électoral (CNE) du Venezuela annonçait la victoire de Hugo Chavez à l’élection présidentielle avec 55 % des suffrages, contre 45 % à son adversaire Henrique Capriles Radonski. Ce dernier, non sans faire preuve d’une élégance bien comprise qui ménage son avenir politique, reconnaissait immédiatement sa défaite et souhaitait bonne chance au président réélu.

De quoi prendre à contre-pied les antichavistes primaires dont les parti-pris, les approximations et les falsifications, respirant souvent une haine viscérale de Chavez, ont donné le ton de la couverture médiatique de la campagne électorale vénézuélienne, tant en France que dans d’autres pays européens, en premier lieu en Espagne. A lire ou écouter les Renée Fregosi et Marc Saint-Upéry (Le Monde du 5 octobre), Paulo Paranagua (presque chaque jour dans ce quotidien ou sur son site), Alexandre Adler (Europe1), Daniel Cohn-Bendit à la cantonade – et ce n’est là qu’une petite sélection –, le résultat de l’élection du 7 octobre ne peut être qu’une aberration.

Comment, en effet, dans un scrutin dont tous les observateurs, y compris les représentants de Capriles, ont reconnu la totale sincérité, les électeurs ont-t-ils pu à nouveau accorder majoritairement leur confiance à un « caudillo », un « populiste », un « anti-modèle à gauche » (Marc Saint-Upéry) voire un « primate » (Alexandre Adler) ou un tyran ? Manifestement, le peuple vénézuélien n’a pas eu un comportement électoral digne des commentateurs qui s’étaient penchés sur son sort. Il n’a en particulier que très peu cru à la fable d’un candidat Capriles « de centre-gauche », alors que le programme de la Table de l’unité démocratique (MUD) – qu’il a lui-même signé – est ouvertement néolibéral (lire Henrique Capriles, candidat de la droite décomplexée au Venezuela)

Pour autant, les 45 % obtenus par Capriles doivent être médités par le pouvoir bolivarien, et la victoire de Chavez n’est pas un blanc-seing. Il en a d’ailleurs certainement conscience puisqu’il a promis d’être « un meilleur président » et de mettre l’efficacité au poste de commandement. Le processus de transformation sociale en cours au Venezuela, comme tous les processus, mérite sans aucun doute d’être décortiqué et critiqué, mais à partir de données exactes et non pas inventées pour la circonstance.

On notera à cet égard que, lors du journal de 20 heures de France 2 du lundi 8 octobre, David Pujadas a fait un mea culpa spectaculaire : il a reconnu deux « erreurs » commises dans un programme précédent : l’une sur la taux de pauvreté – prétendument de 80 %, alors qu’il est seulement de 27 % – et sur l’existence d’une seule ligne ferroviaire au Venezuela, alors qu’il y a près d’une dizaine. L’écart entre les chiffres est tel qu’il met en cause le professionnalisme de la chaîne. Nous ne connaissons pas les dessous de ce scandale, mais il ne serait pas étonnant, vu le contexte médiatique ambiant, qu’il s’agisse non pas d’une « erreur », mais d’un mensonge délibéré. On attend le mea culpa des autres antichavistes primaires…

Photo : Maurice Lemoine





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