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Taxi Sister

Par Michèle Dessenne  |  11 février 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

A la porte des hôtels de Dakar, les taxis sont légion. En noir et jaune, rarement en très bon état – il arrive parfois que les pare-brises soient éclatés ou que la vitre arrière soit remplacée par un morceau de plastique – ils sillonnent la ville à toute heure. Les transports publics sont inexistants, à l’exception de quelques autobus délabrés qui semblent plutôt transporter des travailleurs ou des élèves que des usagers lambda.

Une petite voiture toute jaune, propre et bien entretenue, attend à la porte d’un hôtel proche de la place de l’Indépendance. Surprise : le conducteur est une conductrice ! Sur le toit du véhicule, j’aperçois « Taxi Sister ». La conductrice, qui sommeillait, rajuste son voile léger, noir, doré et transparent, et me hèle par la fenêtre. J’embarque à son côté, comme elle me l’a proposé « pour mieux parler ensemble ». Direction le Palais des Congrès, pour la réunion du Forum des autorités locales (FAL).

La jeune femme engage la conversation immédiatement, avec aisance. Elle raconte. Taxi Sister est une initiative du gouvernement du Sénégal, du ministère de la Femme. L’Etat prête l’argent à celles qui, titulaires d’un permis de conduire depuis au moins trois ans, veulent devenir chauffeures de taxi, mais ne peuvent accéder au crédit. Précisons qu’elles embarquent des clients des deux sexes. Elles ont cinq ans pour rembourser. Pourtant elles sont peu nombreuses à aller jusqu’au bout de cette période d’activité et de remboursement. Le travail est difficile et les journées sont longues pour réaliser le chiffre d’affaires nécessaire ; le carburant est cher - 790 francs CFA le litre (1) -, mais surtout l’absence de protection sociale est un sérieux handicape pour les « taxi sisters ». Maladie et maternité donnent lieu à des arrêts de travail obligés, mais qui ne sont compensés par aucune indemnité. Pas de travail, pas de chiffre d’affaires mais le crédit (150 000 FCFA par mois) continue de courir.

Ma « sister » conductrice est d’ailleurs en colère, très en colère. Elle raconte avoir assisté la semaine précédente à un drame à l’hôpital, où elle rendait visite à sa belle-sœur qui venait d’accoucher. Une femme, au service maternité, hurlait depuis deux jours et deux nuits. Elle ne parvenait pas à accoucher par les voies naturelles. Les médecins avaient indiqué qu’une césarienne était indispensable. Seulement voilà, pour pratiquer l’acte, la parturiente devait payer 100 000 FCFA. Sans ressources personnelles et un mari pauvre vendeur à la sauvette : aucun moyen de trouver l’argent exigé. L’hôpital la laissait donc mourir, là, à l’hôpital.

Révoltée, « sister taxi » m’explique qu’elle était prête à prélever 100 000 FCFA sur l’argent mis de côté pour rembourser son crédit de véhicule pour sauver la femme : « J’ai eu deux enfants, je connais les douleurs ». Mais, « Inch Allah » m’explique-t-elle, la femme a fini par accoucher par les voies naturelles. « C’est Dieu qui l’a sauvée, elle et son bébé ». En tout cas, ce ne sont pas les médecins de l’hôpital !

(1) 1 euro = 656 Francs CFA





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