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Théorie critique de la crise : Ecole de Francfort, controverses et interprétations

Illusio, N° 10/11

20 janvier 2014     →    Version imprimable de cet article Imprimer

 

La livraison de la revue Illusio porte, comme son titre l’indique, sur la Théorie critique (du capitalisme, de la rationalité instrumentale, de la société administrée, de la culture de masse) et la crise.

Illusio a proposé aux auteurs de contribuer à penser les différentes dimensions des crises permanentes dans lesquelles sont prises les sociétés contemporaines :

  • financières (boursicotages, krachs, crise des valeurs…)
  • économiques (chômage, délocalisation, endettements névrotiques…) ;
  • démographiques (vieillissement ou au contraire croissance galopante) ;
  • de subsistance (désertifications, appauvrissements, émeutes de la faim) ;
  • climatiques et écologiques (tsunami, raz-de-marée, tornades, réchauffement planétaire, disparition des espèces, atteintes à la biodiversité et aux écosystèmes) ;
  • technoscientifiques (remise en cause de l’idée de progrès) ;
  • politiques (disparition des idées et des projets potentiellement alternatifs au capitalisme, montée des politiques autoritaires, gestion comptable des populations) ;
  • morales (scandales politico-financiers, évasion fiscales, corruptions, comportements mafieux) ;
  • culturelles (industrialisation et spectacularisation des éléments de culture) ;
  • sanitaires (pandémie, maladies professionnelles physiques et psychologiques, fraudes dans le secteur agro-alimentaire) ;
  • religieuses (montée des fondamentalismes et activismes religieux).

Le volume I (« Comprendre, dénoncer, transformer ») donne une idée de l’ampleur du projet entrepris par la revue, puisque ce sont rien moins que trois volumes qui seront publiés d’ici à septembre 2014. Il s’agit d’un des plus gros travails collectifs consacrés à l’École de Francfort et à la Théorie critique qui aient été publiés ces dernières années. L’ensemble des trois volumes rassemble quelque 70 auteurs dont un tiers d’étrangers.

Aucune revue jusqu’alors n’avait laissé autant de place à des contributions non francophones. De nombreuses traductions d’auteurs contemporains sont ainsi proposées (Martin Jay, Douglas Kellner, Oskar Negt, Robert Kurz, Rolf Wiggershaus, Seyla Benhabib, Moishe Postone, Reimut Reiche) tout comme la traduction de textes inédits de philosophes classiques, telles que celles de Günther Anders, de Theodor Adorno, de Erich Fromm ou d’Herbert Marcuse. Les écrits français sont donc ici confrontés à la pensée allemande et anglo-saxonne, entre autres. De plus, une place importante a été accordée à des traducteurs spécialistes de la Théorie critique (Philippe Ivernel, Pierre Rusch, Jean-René Ladmiral, Marc Jimenez, Christophe David).

Outre cet aspect cosmopolite des contributeurs (États-Unis, Canada, Belgique, Allemagne, Italie, Brésil, Hollande, Portugal), c’est le choix épistémologique de la pluridisciplinarité et de la multiréférentialité qui est mis en avant, avec des regards aussi variés et croisés que ceux du sociologue, du psychologue, du professeur en littérature comparée, du pédagogue, de l’économiste, du politiste, du philosophe ou du linguiste, convoquant marxisme, freudo-marxisme, psychanalyse, phénoménologie, critique de la valeur, institutionnalisme, théorie critique du sport, etc. Notons encore, le parti pris d’Illusio de s’ouvrir à des auteurs d’horizons diverses, du professeur émérite aux jeunes docteurs en passant par des étudiants, sans compter les intellectuels sans attaches ou free lance.

L’originalité de ce projet réside dans les faits suivants :

  • Tenter d’analyser la crise contemporaine permanente, multiple et généralisée par le prisme d’auteurs et concepts assimilés à ce que l’on nomme la Théorie critique.
  • Ne pas limiter le champ de réflexion aux auteurs et aux textes les plus classiques, c’est-à-dire ne pas s’interdire de dépasser les contours traditionnels de la Théorie critique, voire redessiner ces derniers par l’entremise d’autres concepts et d’auteurs à la marge qui intègrent le cadre d’une critique radicale du capitalisme contemporain.
  • Ne pas s’arrêter à une exégèse des auteurs classiques, à une histoire de cette « école » de pensée ou se contenter d’une littérature d’observation. Même si cela apparaît indispensable pour la compréhension et l’appropriation de ceux-ci, l’objet de cette nouvelle livraison d’Illusio est bien d’analyser notre monde hic et nunc, d’interpréter la société dans ce qu’elle a de plus contemporain, et à ce titre hautement critiquable ; mieux, d’éclairer une potentielle situation crépusculaire et/ou catastrophique à venir.
  • Pour cela, dans ce 1er volume, les auteurs qui ont accepté de participer s’appuient sur des d’analyses aussi diverses que celles portant sur l’État, l’organisation révolutionnaire, le phénomène des indignés, le fondamentalisme religieux, les affinités entre capitalisme et totalitarisme ; ils mettent en avant des concepts importants comme la totalité ou la reconnaissance, tout comme la nécessité de leur critique ; ils démontrent la nécessité de recourir à Marx, Debord ou à la phénoménologie ; enfin, ils insistent sur la nécessité de porter un intérêt au cinéma, à l’esthétisme, à la littérature, à la traduction et au langage dans notre société médiatique actuelle.

Théorie critique de la crise : Ecole de Francfort, controverses et interprétations, ouvrage collectif, aux éditions Le bord de l’eau, Paris, Août 2013, 450 pages, 28 euros.

 

Table des matières

Controverses et crise sociétale

Douglas Kellner, La théorie sociale critique de l’école de Francfort
Gérard Raulet, Légitimité et mondialisation. Actualité et limites de la théorie habermasienne des crises
Oskar Negt, Pourquoi les temps de crises sont-ils rarement des temps de prise de conscience ?(entretien)
Dietrich Hoss, « La misère de la Théorie critique…est le manque de la question de l’organisation »
Raffaele Laudani, Pour une théorie critique de l’indignation. Notes sur le rapport actuel entre les mouvements sociaux et le pouvoir destituant
Sonia Dayan-Herzbrun, La Théorie critique au-delà du postcolonial
Norbert Trenkle, Culturalisme et Aufklärung
Marc Weinstein,Penser le totalitarisme néolibéral. Six thèses sur les totalitarismes
Patrick Vassort, Le pessimisme radical face à la crise contemporaine. L’arme politique de la Théorie critique


Philosophie, politique et connaissance

Miguel Abensour, Pourquoi la Théorie critique ?
Stéphane Haber, Honneth : une interprétation critique du capitalisme contemporain
Claude Javeau, La Reconnaissance aux deux moments de l’analyse sociale
Emmanuel Renault, Théorie critique et critique immanente
Stefano Petrucciani, Adorno confronté à la théorie sociale de Marx
Alexander Neumann, La Théorie critique, une sociologie de la crise globale
Andrew Feenberg, La phénoménologie de Marcuse. Lire le chapitre VI de L’Homme unidimensionnel
Olivier Agard, Critique et philosophie de la vie chez Siegfried Kracauer


Art, langage et révélation

Martin Jay, Assumer les stigmates de l’inauthenticité. La critique adornienne de l’authenticité
Enzo Traverso, Le cabinet du Docteur Kracauer
Lucile Chartain, Théorie critique, cinéma et réunification. Le Nouveau cinéma allemand comme « sortie de crise » ?
Daglind Sonolet, Liberté et modernité. Anders, Arendt et Adorno interprètes de Kafka
Marc Berdet, Par delà fantasme et idéologie. La résolution « fantasmagorique » des conflits sociaux (à partir de Walter Benjamin)
Andrea D’Urso, Traduction, (re)production, révolution. Théorie critique et praxis désaliénante
Pierre V. Zima, Théorie critique et dialogue
Fabien Lebrun, De la destruction du langage au sein de la barbarie capitaliste
Neil Larsen, Idiome de crise. De l’immanence historique du langage chez Adorno


Illusio est une revue de sciences humaines et sociales, constituée d’un collectif d’enseignants, de formateurs et d’étudiants – auteurs et chercheurs – qui engagent une réflexion sur la société et le politique dans une dimension anthropologique. Cette aventure intellectuelle propose d’orienter la pensée contre les idéologies étouffantes, figées et réductrices du monde contemporain.

Chaque numéro thématique est le fruit d’un désir collectif, réalisé hors de l’actualité médiatique, académique ou ministérielle. Dans une société du spectacle où le postmodernisme et le libéralisme, associés, étouffent la pensée, Illusio propose le développement de l’autonomie intellectuelle, l’imagination conceptuelle, le droit au débat épistémologique.

S’inscrivant dans la tradition de la Théorie critique de l’École de Francfort, de l’institutionnalisme, de la critique de la valeur, la revue poursuit l’analyse – dans le cadre d’une dialectique négative – de la quotidienneté, de l’idéologie, de la modernité capitaliste ne s’interdisant aucun objet : le corps, la médecine, le politique, la mafia, les technosciences, la sexualité, le sport, etc. Elle accueille des chercheurs de tous horizons disciplinaires – philosophie, sociologie, anthropologie, science politique, histoire, économie, psychologie, psychanalyse, sciences de l’éducation, afin de défendre la multiréférentialité, la complexité, la complémentarité nécessaire à la compréhension et à la mise au jour de tout fait social.





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