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Trois mois de coup d’Etat néolibéral au Brésil

Par João Pedro Stedile  |  8 août 2016     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Le Brésil fait face à une grave crise économique, politique, sociale et environnementale d’une magnitude comparable à celle vécue lors de crises antérieures traversées au cours des années 1930, 1960 et 1980. Chacune d’entre elle a donné lieu, systématiquement, à d’intenses débats politiques et à des conflits propres à ceux qui caractérisent les luttes de classes. Chaque fois, le dénouement fut lent et a débouché sur l’élaboration d’un nouveau projet capable de mobiliser une base sociale pour le soutenir ou sur l’intervention des militaires au service des classes dominantes.

Que se passe-t-il aujourd’hui ?

La classe dominante n’a pas de « projet pays ». Le gouvernement intérimaire Michel Temer /Eduardo Cunha représente au mieux une tentative d’application rapide de mesures qui intéressent une fraction de la classe capitaliste dominante, divisée elle même en trois noyaux correspondant à trois directions politiques différentes.

Le noyau du pouvoir économique, dominé par le capital financier et les entreprises transnationales, veut appliquer la solution néolibérale, mais ce projet est perçu comme « anti-national » et « anti-populaire ».

Le deuxième noyau, « lumpen bourgeois » [1], est composé des législateurs des partis conservateurs, dirigés par Michel Temer (président par intérim), Eduardo Cunha (ancien président de la Chambre des députés) et Romero Jucá (sénateur et ancien ministre démissionnaire de la planification de Temer). Ce noyau agit uniquement pour ses intérêts mesquins et individualistes.

Enfin, il existe un troisième noyau qui agit pour des motivations idéologiques et qui bénéficie de relais internationaux. Ce groupe est composé du mastodonte médiatique Globo, du juge Sergio Moro, du ministère public fédéral et de la police fédérale. Ces acteurs sont confrontés à des divergences et à des contradictions entre eux car leur seule motivation est la défense de leurs intérêts particuliers. Ils n’ont pas de « projet pays ».

Devant l’aggravation de la crise et sans projet, ils ont décidé d’organiser un coup d’Etat institutionnel contre la présidente Dilma Rousseff. Ils se sont lancés à l’assaut du gouvernement, avec la connivence du pouvoir judiciaire, pour essayer d’appliquer un programme néolibéral d’urgence.

Depuis lors, le gouvernement de facto prend tous les jours des mesures contre les travailleurs et leurs droits. Son principal objectif est de favoriser les taux de profit et le processus d’accumulation de la richesse au Brésil, au bénéfice des banques et des grandes entreprises transnationales. En plus d’organiser l’augmentation du chômage pour atteindre son but – ce qui est une manière de réduire les salaires et de dominer la classe des travailleurs – ce gouvernement s’attaque à leurs droits et aux droits sociaux dans leur ensemble.

Il est en train de vider les caisses publiques et de réduire les dépenses sociales pour pouvoir transférer les budgets destinés auparavant à l’éducation, à la santé et à la protection sociale vers des initiatives qui bénéficient exclusivement aux capitalistes.

Selon les économistes, les nouveaux dirigeants intérimaires se disputent environ 200 milliards de reais (57 milliards d’euros) du budget de l’Union. Et bien évidemment, les 400 milliards (114 milliards d’euros) destinés au paiement des intérêts des banques sont eux intouchables.

Ce gouvernement veut augmenter l’âge du départ à la retraite à 70 ans, comme l’a proposé l’imposteur Temer, mais rien n’a été dit à propos des 62 milliards de reais (environ 18 milliards d’euros) offerts aux entreprises au titre de leurs exemptions de cotisations pour la protection sociale en 2015.

Le patrimoine public sera une autre source de ressources pour le secteur privé. Le processus de privatisation est relancé, en commençant par le secteur du pétrole – centré sur le pré-sal – et celui de l’électricité. Les services publics vont être démantelés comme l’indique la menace qui pèse sur les écoles publiques, le système unique de santé (SUS) ou sur le programme « Plus de médecins ». Les autorités ont déjà annoncé que nos terres seront offertes au capital étranger. Le ministère du développement agraire (MDA) a été fermé et la fin des politiques pour l’agriculture familiale et la réforme agraire a débuté.

Les nouvelles autorités de facto disent lutter contre la corruption. Elles doivent avoir honte. Trois des ministres du nouveau gouvernement ont déjà été obligés de démissionner suite à des dénonciations, sans compter tous ceux qui font l’objet de poursuites pour détournement d’argent public. Le ministre démissionnaire Romero Jucá a clairement indiqué que le coup d’Etat avait été organisé pour mettre un terme à l’Opération « Lava Jato » [enquête sur les cas de corruption liés à l’entreprise pétrolière publique Petrobras]. Eduardo Cunha a démissionné de la présidence de la Chambre des députés pour sauver sa peau et mettre fin à ses douleurs. Jamais auparavant il n’y a avait eu un tel gouvernement, compromis dans autant de dénonciations pour corruption.

Les mouvements populaires réunis au sein du Front Brésil Populaire ont systématiquement soutenu le respect de la démocratie. Cela signifie que la présidente élue Dilma Rousseff doit reprendre les commandes du gouvernement, mais qu’elle doit immédiatement rendre publique une lettre d’engagements en faveur d’un nouveau programme de défense des besoins du peuple et de la souveraineté nationale.

Il s’agit ensuite de procéder à une réforme politique profonde afin de reconstruire et de démocratiser le système électoral brésilien. Il s’agit de donner au peuple le droit d’élire ses véritables représentants. Le Parlement actuel ne souhaitant, ni n’ayant la légitimité morale pour faire adopter ces projets de réforme politique, la seule issue possible serait de convoquer, via un référendum, une assemblée constituante exclusive pour mener rapidement à bien la réforme politique, avant les élections de 2018.

Enfin, nous devons approfondir la construction d’un nouveau projet populaire pour le Brésil sur la base d’un large débat d’idées entre tous les secteurs de la société brésilienne. Même si cela prendra du temps, c’est le seul chemin pour sortir véritablement de la crise.

Seule cette stratégie apportera aux masses de la classe des travailleurs la force de participer activement et d’occuper les rues. Il est nécessaire d’organiser de grandes mobilisations au niveau national contre le coup, le chômage et toutes les mesures prises par les putschistes qui menacent la souveraineté nationale.

L’idée est de promouvoir une grève générale des travailleurs pour protester et pour changer le rapport de forces actuel.

Dans cette perspective générale, le Front Brésil populaire et le Front peuple sans peur ont organisé une mobilisation le 5 août dernier à Rio de Janeiro et dans d’autres villes du pays à l’occasion de l’ouverture des Jeux Olympiques.

Le dénouement de cette crise reste inconnu mais la lutte sera longue et ardue.

 

Source : http://www.alainet.org/es/articulo/178706
Traduction : Rosa Gutierrez

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Notes

[1] Le concept de « lumpen-bourgeoisie » apparaît pour la première fois vers la fin des années 1950 dans certains textes de “Ernesto Germain”, pseudonyme d’Ernest Mandel, pour parler de la bourgeoisie brésilienne, que l’auteur considérait comme une classe à moitié coloniale, « arriérée », pas vraiment « bourgeoise ».





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