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Commentaire n° 464, 1er janvier 2018

Trump, boom, Trump, boom boom !

Par Immanuel Wallerstein  |  22 janvier 2018     →    Version imprimable de cet article Imprimer

J’allais écrire sur les élections en Catalogne ou les débats en Australie [1] sur ce que devrait faire ce pays face aux rivalités entre les Etats-Unis et la Chine en Asie du Sud-Est. Je considère qu’il s’agit là de deux sujets d’importance primordiale pour l’avenir immédiat de notre système-monde capitaliste. Mais ce dont tout le monde veut débattre, semble-t-il, c’est de Donald Trump – de ce qu’il va encore bien pouvoir dire, et de l’importance que ça peut avoir.

La question que se posent les gens, ses amis comme ses ennemis, est : « Peut-il durer ? » Je ne le croyais pas avant, mais maintenant j’en suis convaincu, et voilà pourquoi. Que savons-nous au juste de la situation présente ? Trump est très largement impopulaire et sa cote de popularité dans les sondages, déjà extrêmement basse, pourrait bien encore baisser dans un avenir proche.

Trump clame que les bas taux de popularité que lui attribuent les sondages sont des « fake news » (fausses informations). Et il semble le croire lui-même. Trump agit pour satisfaire son ego. Il mesure son succès à sa capacité à rester au pouvoir aujourd’hui, et à gagner sa réélection en 2020 pour se maintenir à son poste jusqu’en 2024.

C’est là je crois sa tactique. D’abord, il veut rester constamment présent dans les médias, même si les informations diffusées sont négatives. Vous remarquerez que ce commentaire prouve qu’il a réussi son coup avec moi aussi. L’une des choses fort justes qu’a dites Trump, c’est que de nombreux journaux eux-mêmes ne survivent que parce qu’ils parlent de lui. Sans cela, dit Trump, beaucoup d’entre eux feraient faillite.

Mais être présent dans les médias n’est toutefois pas suffisant. Trump doit continuer à polariser toujours davantage les opinions publiques dans l’arène médiatique américaine et mondiale. Plus les résidents et les électeurs américains sont polarisés, plus il est en sécurité. Une menace pèse sur sa tête : qu’un grand jury puisse faire la preuve qu’il a sollicité et reçu l’aide de la Russie dans son élection en 2016. Ce qu’il nie, bien entendu. Et en outre, ses sous-fifres attaquent férocement quiconque prétend apporter la preuve qu’il a fait quelque chose d’illégal. Ne jamais admettre même la plus petite chose, voilà leur mot d’ordre. Et faire tout leur possible pour discréditer ses détracteurs.

Trump pourrait-il être être frappé d’« impeachment- » (destitution) [2] ? À mesure que le temps passe, cela semble de moins en moins probable. Et même si Chambre des Représentants votait majoritairement en faveur d’une mise en accusation, cela renverrait simplement la question devant le Sénat Et là, il faudrait un vote à la majorité qualifiée des deux tiers pour le déclarer coupable [3]. Est-ce que le Parti républicain lui refusera son investiture s’il est candidat en 2020 ? Cela semble encore plus improbable, dans la mesure où Trump se présenterait alors sous l’étiquette de candidat indépendant, ce qui garantirait presque à coup sûr une victoire des Démocrates.

L’issue électorale d’un mouvement anti-Trump pourrait être le résultat de deux facteurs. Le noyau dur de ceux qu’on considère comme ses inconditionnels refuserait de soutenir tout homme politique qui tenterait d’évincer Trump. En même temps, ses partisans « modérés », pourraient aussi s’abstenir de voter pour lui parce que gênés par ses positions « extrêmes ». Les grands gagnants seraient bien évidemment les Démocrates. C’est pourquoi certains analystes prévoient ce qu’on appelle un raz-de-marée électoral : des victoires démocrates partout.

La menace d’un raz-de-marée démocrate tend à ressouder les Républicains et, dans une certaine mesure, à diviser les Démocrates, qui s’interrogent sur leur propre tactique. La chose la plus importante dont il faut se souvenir, c’est que Trump ne va jamais faire les choses calmement – Trump fait le coup de poing ! Il va se battre comme un tigre blessé jusqu’au bout. Il fera tout ce qu’il peut, même les choses les plus répréhensibles, si cela peut l’aider à gagner. C’est là sa force personnelle. Moi-même je ne suis pas persuadé qu’une réélection de Trump serait si désastreuse que ça. Je crois, comme beaucoup, que Pence président serait encore pire que Trump président pour les causes progressistes – juste moins bruyant.

Dans le reste du monde, Trump n’a aucun pouvoir. Toutefois, ce fait même le rend hautement dangereux. À mesure qu’il progresse d’une ignorance totale du monde à une compréhension un peu plus grande, il fait de plus en plus d’erreurs. Il ruine ainsi de plus en plus sa capacité – et par conséquent celle de tout futur président – à gagner un quelconque avantage diplomatique. Mais il est dangereux aussi parce qu’il contrôle le déclenchement des armes nucléaires américaines, avec un penchant irrépressible à lancer des menaces provocatrices, alors même qu’il n’est pas vraiment prêt à les mettre à exécution.

Nous sommes, j’en ai bien peur, condamnés à subir Trump. Mais cela ne veut pas du tout dire que nous ne sommes pas capables de remporter certaines victoires pour défendre des causes progressistes. C’est sur ce que nous pouvons faire, et non pas sur ce que Trump peut faire, que nous devrions nous concentrer.

 

Traduction et notes : Mireille Azzoug

© Immanuel Wallerstein, distribué par Agence Global. Pour tous droits et autorisations, y compris de traduction et de mise en ligne sur des sites non commerciaux, contacter : rights@agenceglobal.com1.336.686.9002 ou 1.336.286.6606. Le téléchargement ou l’envoi électronique ou par courriel à des tiers sont autorisés pourvu que le texte reste intact et que la note relative au copyright soit conservée. Pour contacter l’auteur, écrire à : immanuel.wallerstein@yale.edu.

Ces commentaires, bimensuels, sont des réflexions consacrées à l’analyse de la scène mondiale contemporaine vue dans une perspective de long terme et non de court terme.

Notes

[1] NDT. L’Australie se trouve prise entre deux feux dans les rivalités géopolitiques entre les Etats-Unis et la Chine dans le Sud-Est asiatique, les premiers étant son partenaire stratégique (auquel elle est liée de longue date par un pacte militaire), et la seconde son plus grand partenaire commercial (elle a signé le 19 novembre 2015 un large accord de libre-échange avec la Chine). L’Australie, incitée dans cette affaire par les États-Unis, qui entendent garder leur suprématie militaire dans la région, a poussé les Philippines (qui suite à un accord signé en 2012 abriteront 5 bases militaires américaines) et le Vietnam à avancer énergiquement leurs revendications territoriales contre la Chine. Le verdict rendu le 12 juillet 2016 par la Cour permanente d’arbitrage de la Haye a nié les droits maritimes de la Chine en mer de Chine. En cas de conflit armé entre les Etats-Unis et la Chine, l’Australie, qui abrite des bases américaines, constituerait en quelque sorte une tête de pont. (Cf. entre autres Olivier Jazec, « Un concurrent pour le traditionnel partenaire américain, l’Australie séduite par la Chine », Le Monde diplomatique, janvier 2015 ; Vince Scapatura, « L’Australie, pièce centrale du “pivot” américain », Manière de voir n° 139, Le Monde diplomatique, février-mars 2015).

[2] La procédure d’impeachment (article 2, section 4 de la Constitution américaine), qui permet de juger et éventuellement de destituer le président ou le vice-président des États-Unis ou un haut fonctionnaire de l’État, est la suivante :
1ère étape : la Chambre des représentants, à la majorité simple, porte des accusations (impeachments) à l’encontre du président si elle considère qu’il s’est rendu coupable de « trahison, corruption, crimes et délits majeurs ». Elle seule est habilitée à le faire et à décider de ce qui constitue un crime en la matière. Les accusations sont examinées d’abord par la Commission judiciaire de la Chambre, laquelle enquête sur les accusations, auditionne des témoins… et se prononce par un vote sur les chefs d’accusation puis les soumet au vote de la Chambre, qui peut ou non les retenir, ou en proposer d’autres.
2e étape : si l’inculpation est votée à la majorité simple par la Chambre des représentants, un procès est organisé au Sénat, présidé pour l’occasion par le président de la Cour suprême. Le procès est instruit par des magistrats, des délégués de la Chambre assumant le rôle de procureurs et l’accusé étant défendu par des avocats. Le Sénat, qui constitue le jury, est seul habilité à rendre le verdict, lequel est sans appel : s’il déclare le président coupable par un vote à la majorité des 2/3 des votants, celui-ci est alors destitué, voire frappé d’inéligibilité permanente. Sinon il est déclaré non coupable.
Les crimes commis sont ensuite, s’il y a lieu, jugés par les tribunaux civils ordinaires.
Trois présidents ont été mis en accusation : Andrew Johnson (1868) et Bill Clinton (1998-1999, affaire Paula Jones) ont été acquittés par le Sénat ; Richard Nixon (1974, Watergate) a démissionné avant d’être jugé.
Source : www.historyplace.com/unitedstates/impeachments/

[3] Actuellement, au Sénat et à la Chambre des représentants, les Républicains sont majoritaires (51% au Sénat et 55% à Chambre des représentants).





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