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Ukraine : ni troupes russes ni fascisme ni institutions euro-atlantiques

Par Catherine Samary  |  4 mars 2014     →    Version imprimable de cet article Imprimer

La chute de Viktor Ianoukovitch n’est pas « un coup » fasciste. Mais la composition et les orientations du « gouvernement d’union » soutenu par les puissances occidentales vont faire exploser l’Ukraine.

Les présentations complotistes et polaires occultent les enjeux sociaux et démocratiques, tout en s’appuyant sur une part de vérité.

Du coté de Maïdan

C’est un mouvement populaire, défiant à l’égard de tous les partis. Il a fait chuter Ianoukovitch à cause de ses propres méthodes : plus que sur l’Europe, Maïdan s’est en effet massivement mobilisée contre la « famille » régnante, oligarchique, et contre le cours de plus en plus répressif et personnel du régime, en craignant qu’une intégration aux projets de Vladimir Poutine n’aggrave ces dérives.

Mais cela a donné du poids au parti Svoboda qui célébre toujours les bataillons SS et valorise pour l’instant l’ « l’Ukraine européenne » contre la Russie. De même ont été populaires les militants de Pravyi Sektor camouflant leur xénophobie derrière une logique « anti-système » [1]. Cette présence active de l’extrême-droite, populaire dans un mouvement idéologiquement confus et de type Indignés, a divisé et affaibli les forces de gauche.

Le passage d’un mouvement social de rue à un « gouvernement d’union » modifie cependant la donne : il donne du poids aux partis valorisés en bloc par une Union européenne (UE) trop contente de remettre sur la table son projet de « partenariat oriental » ultra-libéral. Or ce projet, présenté par l’UE en contradiction avec les projets russes, est destructeur de l’Ukraine, socialement et nationalement.

Du côté russe et russophone

Poutine, indépendamment des événements récents, voulait modifier le traité signé avec l’Ukraine afin de prolonger le maintien de sa base militaire à Sébastopol – ville dotée d’un statut autonome au sein d’une Crimée elle-même disposant d’un statut special – moyennant une baisse des tarifs gaziers russes [2]. Au nom de la protection des populations locales (à 60% russophones), il cherche aujourd’hui à obtenir par un rapport de forces ce qu’il négociait avec Ianoukovitch depuis 2010 : la sortie des troupes de leurs bases pour contrôler la Crimée et contrer les orientations anti-russes. Et cela au risque d’une guerre.

Mais les peurs, la mobilisation et l’appel à l’aide des populations locales ne sont pas pour autant un vent soufflé de Moscou : le premier acte du « gouvernement d’union » mis en place après la chute de Ianoukovitch a été la remise en cause du statut de langue officielle du russe dans les régions russophones. Cette mesure a immédiatement exacerbé les tensions, tout comme l’entrée au « gouvernement d’union » des ministres de Svoboda. Le déboulonnage des statues de Lénine et l’interdiction du Parti des Régions et du Parti communiste, là où dominent Svoboda et Pravyi Sektor, interviennent dans la confusion des héritages, étiquettes et mémoires de l’histoire passée. Le comprendre n’est pas l’accepter.

Contre les faux dilemmes : recentrage social et démocratique

Pour punir les crimes commis, il faut non pas l’interdiction de partis, mais une justice indépendante des partis. Il est décisif de combattre les idéologies racistes et xénophobes : les Tatars musulmans de Crimée – déportés par Staline et de retour dans leur foyer depuis 1991 – pourtant pro-Maïdan par crainte de la domination grand-russe, seront autant menacés par l’idéologie de Svoboda au pouvoir à Kiev que par Pravy Sektor qui défend la « chrétienté » contre « les burquas ».

Il faut mettre l’accent sur ce qui rapproche les populations de toute l’Ukraine : l’attachement à l’indépendance, assortie de la langue nationale ukrainienne, mais associée aux droits culturels et linguistiques des Tatars de Crimée, tout comme à ceux des Ukrainiens russophones. Les enjeux sociaux sont également essentiels. Comme en Bosnie, l’aspiration démocratique doit transformer les défiances « anti-système » en assemblées citoyennes mettant à plat les privatisations qui ont démantelé les droits sociaux. Contre les plans d’austérité du FMI, il faut dénoncer le caractère illégitime de la dette.

L’autonomie et, demain, la démilitarisation de la Crimée impliquent une neutralité militaire de l’Ukraine. Son unité et celle de tout le pays vont de pair avec la défense de droits sociaux et culturels pour l’ensemble des populations contre le fascisme, contre la domination grand-russe et contre celle des institutions euro-atlantiques.

Source : http://npa2009.org/content/ukraine-ni-troupes-russes-ni-fascisme-ni-institutions-euro-atlantiques

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Notes

[1] Lire Emmanuel Dreyfus, « En Ukraine, les ultras du nationalisme », Le Monde diplomatique, mars 2014.

[2] Voir http://blog.mondediplo.net/2014-02-28-En-Crimee-j-y-suis-j-y-reste





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