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Un archipel pénitencier oublié

Par Ramón Chao  |  1er avril 2013     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Les plages du silence
Serge Mestre
Sabine Weispieser Editeur, Paris, mai 2013
160 pages, 17 euros.

 

Il y a 74 ans, le 1er avril 1939, s’achevait la Guerre d’Espagne avec la défaite de la République et la victoire du camp national-catholique conduit par le général Franco, allié de l’Allemagne hitlérienne et de l’Italie mussolinienne. C’est donc l’occasion de se replonger dans l’une des grandes tragédies du XXe siècle. Le roman de Serge Mestre, Les Plages du silence (paru d’abord à Toulouse en 1991 et aujourd’hui réédité dans une version revue par l’auteur) nous en fournit l’occasion. L’auteur s’inspire de l’expérience dramatique de son père balloté par l’histoire et passé des fronts de la guerre civile espagnole à ces « plages du silence » du sud de la France où furent installés des camps de fortune pour accueillir les vaincus de la Guerre d’Espagne (1936-1939).

Le 12 novembre 1938, en plein conflit espagnol, le gouvernement d’Édouard Daladier (qui a succédé à Léon Blum, et vient se signer les infâmants Accords de Munich) interdit l’entrée en France de tous les "étrangers indésirables". Il vise en particulier, bien sûr, les républicains espagnols. Trois mois plus tard, sous la pression de l’opinion publique, Daladier sera contraint de faire rouvrir les frontières et d’accepter l’arrivée de centaines de milliers de combattants républicains poursuivis par l’armée du général Franco.

La chute de la Catalogne, tombée aux mains des franquistes en janvier 1939, va amplifier le mouvement. Quelque 465 000 Espagnols en guenilles entrent alors sur le territoire français. Parmi eux, environ 170 000 civils qui se dirigent vers les départements méditerranéens proches de la frontière pyrénéenne. Face à un tel afflux, les autorités françaises mettent en place à la hâte un archipel de camps de concentration sur des plages du Roussillon : Argelès, Barcarès, Saint-Cyprien... Le temps de l’urgence passé, des « succursales » sont organisées dans l’ensemble des départements du Centre et du Centre-Ouest. Les femmes et les enfants dans l’Aude ; les vieillards à Bram notamment, dans les Pyrénées-Orientales ; les Catalans, à Rivesaltes... Dans les Pyrénées-Atlantiques, à Gurs, (Basses Pyrénées) l’un des camps les plus importants, vont se retrouver enfermés, pêle-mêle, des Juifs, des Gitans, des Roumains et des brigadistes.

Comment savoir, dans ce labyrinthe pénitencier, où se trouve Manu, le père de Serge Mestre, auteur de ce remarquable roman ? Né à Castres en 1952, Serge Mestre - auteur également de Dix rêves d’Io (1983) et de La Lumière et l’Oubli (2009) - ne cesse de fouiller, de chercher dans tous ces camps des traces du passage en France de son père, qu’il désigne comme « le garçon ». Il se souvient de lui comme d’un révolté taciturne, membre du POUM (Parti Ouvrier d’Unification Marxiste).

Avec cette organisation révolutionnaire, pendant la guerre d’Espagne, au sein de qu’on appelait le « contingent biberon » - car tous ses membres avaient moins de vingt ans -, il avait débarqué à Porto Cristo, dans l’île de Majorque, à l’aube du 16 août 1936 sous le commandement du capitaine Alberto Bayo (celui-là même qui, trente années plus tard, au Mexique, formera Fidel Castro, son frère Raúl, Che Guevara et une poignée d’autres révolutionnaires cubains aux techniques de la guérilla).
Après une première victoire rapide, les miliciens réquisitionnent tous les véhicules, et prennent la route de Palma de Majorque. Quelques kilomètres plus loin, ils tombent dans une embuscade tendue par les franquistes. C’est peut-être là que le père de Serge Mestre perdit une jambe, à l’âge de dix-sept ans...

Le très grand mérite de ce récit consiste à nous révéler, avec un admirable talent, des aspects peu connus de la Guerre civile espagnole (dont Georges Bernanos, sur le même sujet, avait écrit Les grands cimetières sous la lune), et à le faire avec un infini respect pour les hommes (en réalité des adolescents) qui y participèrent y qui devaient se retrouver, dès 1939, parqués dans des camps français avant de s’engager, pour la plupart, dans la Résistance jusqu’à la victoire finale contre le nazisme en 1945.





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