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Vers une conversion d’Attac au post-altermondialisme ?

Par Bernard Cassen  |  22 août 2012     →    Version imprimable de cet article Imprimer

« Nous souhaiterions susciter une rencontre à la rentrée entre Attac et le Front de Gauche, pour discuter des mobilisations qui pourraient nous rassembler ces prochains mois (…). Pour mener ces mobilisations, la convergence entre associations, syndicats, réseaux citoyens et forces politiques nous semble indispensable ». Cette démarche d’Attac, effectuée le 10 août dernier en direction des responsables des organisations composant le Front de gauche, paraîtra parfaitement naturelle et, de plus, hautement souhaitable à tous ceux qui, entre autres motivations, aspirent à mener efficacement le combat pour une véritable rupture avec les politiques européennes - et françaises - d’austérité.

Pour les connaisseurs des arcanes de ce que nous appellerons par commodité la nébuleuse altermondialiste [1], cette invitation, si elle est suivie d’effet [2], constituera un virage spectaculaire par rapport à la ligne suivie par la direction d’Attac depuis cinq ans. L’association pourrait ainsi s’engager dans une stratégie que certains de ses responsables avaient longtemps tournée en dérision, et dont le terrain avait été balisé lors d’un colloque international organisé par Mémoire des luttes et la revue Utopie critique en janvier 2008. Ce terrain, c’est celui du post-altermondialisme, à distinguer de l’altermondialisme. Pour comprendre ce qui n’est pas une simple chicane sémantique, un petit retour en arrière…

Dans la nébuleuse altermondialiste, le mouvement international Attac, et en premier lieu Attac France [3], occupe une place centrale. C’est Attac France qui, avec des partenaires brésiliens, a été à l’origine de la création des Forums sociaux mondiaux (FSM) dont le premier s’est tenu en janvier 2001 à Porto Alegre et dont le prochain se tiendra en Tunisie en 2013. L’association a même donné aux FSM leur mot d’ordre – « Un autre monde est possible » – après l’avoir elle-même emprunté au Monde diplomatique.

Chaque mouvement social ou politique est façonné par le contexte dans lequel il a pris naissance. À la fin des années 1990, la forteresse néolibérale est au faîte de sa puissance : tous les gouvernements appliquent strictement les préceptes libéraux ; les traités européens les verrouillent, comme le font la Banque mondiale, le FMI et l’OMC à l’échelle planétaire. Cette toile de fond, se combinant à l’hétérogénéité des composantes du mouvement altermondialiste, constitue un facteur d’explication pour comprendre pourquoi la culture moyenne de ce dernier s’est construite comme une culture de contre-pouvoir, d’hostilité à tous les gouvernements (ou presque) et de méfiance envers les partis.

Dans la deuxième moitié des années 2000, la situation est bien différente. Le capitalisme entre dans une crise structurelle. Le FMI, la Banque mondiale et l’OMC sont affaiblis et discrédités. Surtout, en Amérique latine, des gouvernements à forte assise sociale, à commencer par ceux du Venezuela, de la Bolivie et de l’Equateur mettent en oeuvre des politiques de rupture allant dans le même sens que celles réclamées à l’occasion des Forums sociaux mondiaux : les forces populaires ne sont pas condamnées au statut d’éternelles opposantes.

Le mouvement altermondialiste se trouve alors au pied du mur : va-t-il se comporter en simple observateur de ces politiques de rupture ? Ou bien va-t-il, chaque fois que c’est nécessaire, se solidariser avec elles sans pour autant aliéner son indépendance ? Va-t-il continuer à tenir Forum sur Forum - comme il y a chaque année une Fête de L’Humanité à La Courneuve – et en rester à une posture tribunicienne de dénonciation ? Ou bien, armé de ses propositions, va-t-il s’engager concrètement dans des stratégies de changement social ? Dans cette hypothèse, les mouvements sociaux ne sont pas les seuls acteurs. Pour passer à l’acte, il faut aussi des forces politiques et des gouvernements progressistes nationaux ou locaux. Il faut alors admettre – et cela ressemble fort à une abjuration pour un nombre non négligeable de mouvements et d’ONG - que les partis et les gouvernements ne sont pas le Diable et que l’on peut s’attabler avec eux sans se munir d’une longue cuiller…

Cette problématique avait été posée au sein d’Attac à partir du milieu des années 2000 par ses responsables de l’époque, au vu, entre autres, de la déshérence des Forums sociaux européens. Mais, dans leur quasi totalité, les organisations participant à ces rencontres, y compris celles membres d’Attac, s’étaient liguées contre cette opération vérité, accusant même ceux qui la préconisaient de vouloir « casser le mouvement social européen ». Rien de moins…

Au fil des années suivantes, la consolidation des conquêtes sociales et les victoires dans les urnes des projets politiques se qualifiant de révolutionnaires dans plusieurs pays d’Amérique latine ont ébranlé les gardiens de la flamme altermondialiste pure et dure, version vintage. Ils réagissaient un peu comme si on leur coupait l’herbe sous le pied…

C’est pour répondre à ce nouveau contexte historique que, lors d’un colloque international organisé le 26 janvier 2008, Mémoire des luttes a avancé le concept de « post-altermondialisme ». Il fallait bien en effet nommer une perspective inédite. De quoi s’agit-il ? Certainement pas de se substituer au mouvement altermondialiste qui conserve sa pertinence comme facteur de « conscientisation » et d’agglutination de forces très diverses (ce qui n’est déjà pas mal). Ce dont il s’agit, c’est, à partir de lui, et pas contre lui ou à sa place - de procéder à un essaimage, d’imaginer de nouvelles configurations prenant notamment la forme d’actions et d’initiatives communes entre les mouvements sociaux qui le désirent, les partis et, au cas par cas, les gouvernements engagés dans des processus de profonde transformation démocratique et sociale. C’est le sens de l’appel final (http://www.medelu.org/Appel-final) de cette rencontre.

Quatre ans après [4], la direction d’Attac en place depuis 2007 reprend à son compte l’analyse et les formulations [5] de Mémoire des luttes. La chose étant plus importante que le mot, on ne lui tiendra pas rigueur de ne pas faire référence au post-altermondialisme dans ses documents. On lui souhaite au contraire de pouvoir entraîner sur cette voie l’ensemble de l’association et ses partenaires.

C’est sans doute aussi pour Attac l’occasion de se redonner un rôle spécifique dans le paysage citoyen français et de tenter ainsi de retrouver tout ou partie de l’influence qu’elle avait dans la première moitié des années 2000 (30 000 adhérents contre 11 000 actuellement) et dont portera historiquement témoignage sa contribution décisive à la victoire du « non » le 29 mai 2005.

Notes

[1] Disons qu’il s’agit d’une nébuleuse d’organisations – mouvements sociaux et citoyens, syndicats, ONG, médias - qui ont chacune leur finalité, sont parfois concurrentes et se retrouvent seulement côte à côte de manière ponctuelle, principalement à l’occasion des Forums sociaux mondiaux et des manifestations contre, entre autres, le FMI, l’OMC, la Banque mondiale et l’Union européenne. Leur seul trait d’union permanent est le refus des politiques néolibérales et la revendication.

[2] Déjà, Attac a invité ses « partenaires associatifs, syndicaux et politiques » à participer à une session plénière de son université d’été, le lundi 27 août à Toulouse, sur le thème « Les luttes face aux politiques d’austérité ». Programme de l’université : <www.france.attac.org/articles/programme-universite-citoyenne-face-la-crise-les-transitions>

[3] Attac France a été créée en juin 1998. Au cours des années suivantes, des associations Attac ont vu le jour en Europe, en Amérique latine, au Québec, en Afrique et au Japon.

[4] Ce délai est à peine exceptionnel. Malgré les demandes pressantes d’un bon nombre de membres de l’association, la direction actuelle d’Attac a mis plus de deux ans pour accepter d’organiser des débats contradictoires sur les processus de transformation sociale en Amérique latine, sur le libre-échange et sur l’euro. Des sujets longtemps tabous…

En revanche, en juin 2011, elle a réagi au quart de tour pour fustiger la notion de “démondialisation”. Certains ont vu dans cette charge virulente une crainte irraisonnée de voir cette notion se substituer dans le débat public à celle d’altermondialisme, “coeur de métier” d’Attac... Lire http://www.medelu.org/L-heure-de-la-demondialisation-est.

[5] L’invitation d’Attac ne s’adresse évidemment pas au gouvernement français… Les « révolutions citoyennes » d’Amérique latine n’ont pas encore franchi l’Atlantique !





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