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Chávez

Par Ignacio Ramonet  |  6 mars 2013     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Un nom hante l’Amérique latine : celui d’Hugo Chávez. Ce commandant de quarante-cinq ans, auteur, en 1992, d’une tentative de coup d’Etat, a été élu président du Venezuela en décembre 1998. Dès sa prise de fonctions, comme il l’avait annoncé, M. Chávez, soutenu par les forces de gauche et par les déshérités, a entrepris une « révolution pacifique et démocratique » qui inquiète les propagandistes de la mondialisation.

Cette volonté de tout changer traduit l’exaspération d’une majorité de citoyens devant la gabegie et la corruption qui ont régné en maître durant quarante ans, et dont portent la responsabilité les deux partis s’étant partagé le pouvoir : Action démocratique (AD), social-démocrate, et Copei, démocrate-chrétien. Ces formations, dont nul ne nie le caractère démocratique, ont permis l’édification d’une des sociétés les plus corrompues et les plus inégalitaires du monde. « Rarement on aura vu un pays aussi opulent, affirme l’écrivain Arturo Uslar Pietri, être à ce point mis en coupe réglée par quelques centaines de familles qui se partagent, depuis des décennies, et quels que soient les aléas politiques, ses fabuleuses richesses [1] »

Un écart abyssal sépare une minorité de nantis du reste du peuple. Cela est d’autant plus choquant que le Venezuela, deuxième exportateur mondial de pétrole, a reçu ces vingt-cinq dernières années, au titre de la vente d’hydrocarbures, environ 300 milliards de dollars, soit l’équivalent de vingt plans Marshall... Mais plus de la moitié des habitants continuent de vivre dans la pauvreté, un quart de la population active est au chômage, un tiers des actifs survit grâce à l’économie informelle, et plus de 200 000 enfants subsistent en mendiant.

Est-il surprenant que, lors de l’élection présidentielle, les partis AD et Copei aient été balayés (ils ont obtenu, à eux deux, moins de 9 % des voix) et que le programme de M. Hugo Chávez ait recueilli 57 % des suffrages ? Peut-on s’étonner que la proposition de celui-ci de convoquer une Assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle Constitution et d’en finir avec le régime corrompu des partis traditionnels ait été approuvée, en avril, par 88 % des votants ?

Entouré des portraits des libertadores Bolivar, Miranda et Sucre dans son bureau du palais présidentiel, M. Hugo Chávez cite volontiers Gramsci : « Nous sommes en train de vivre, à la fois, une mort et une naissance. La mort d’un modèle usé, épuisé, détesté ; et la naissance d’un nouveau cours politique, différent, qui porte l’espoir d’un peuple. Le vieux tarde à mourir, et le neuf n’a pas encore pris ses marques, mais cette crise accouche d’une révolution. »

Quelle est la nature de cette révolution ? « Outre la crise économique, explique le commandant Chávez, le Venezuela connaissait surtout une crise morale, éthique, à cause du manque de sensibilité sociale de ses dirigeants. Or la démocratie, ce n’est pas seulement l’égalité politique. C’est aussi, voire surtout, l’égalité sociale, économique et culturelle. Tels sont les objectifs de la révolution bolivarienne. Je veux être le président des pauvres. Mais il nous faut tirer la leçon des échecs d’autres révolutions qui, tout en affirmant rechercher ces buts, les ont soit trahis, soit poursuivis mais en liquidant au passage la démocratie. »

CERTAINS médias internationaux [2] n’ont d’ailleurs pas tardé à accuser M. Chávez de « jacobinisme autoritaire », de « dérive autocratique » et de « préparer une forme moderne de coup d’Etat ». Pourtant, malgré l’atmosphère passionnée que connaît le Venezuela, où la richesse des discussions et des débats politiques rappelle la France de mai 1968, il n’y a pas eu, jusqu’à présent, de violences graves, aucune victime ni aucune sorte de censure à l’égard de l’opposition politique, des journalistes ou des médias, qui ne se privent pas, à l’occasion, de critiquer violemment le nouveau président.

« Ces accusations sont affligeantes, estime M. Chávez, car nous voulons, au contraire, passer de la démocratie représentative, qu’il ne s’agit pas forcément de mépriser, à une démocratie participative, directe. Avec une plus grande intervention du peuple à tous les échelons du pouvoir. Pour mieux s’opposer à toute violation des droits humains. » Le projet de Constitution, actuellement en discussion, prévoit en effet de donner plus de pouvoir et d’autonomie aux communes ; d’instaurer le référendum d’initiative populaire ; et de soumettre tout élu (y compris le président de la République), une fois passé la mi-mandat, à une nouvelle élection, si telle est la volonté populaire. La nouvelle Constitution, dont la rédaction s’achèvera en novembre et qui sera soumise à référendum, prévoit également, entre autres : le droit à l’objection de conscience ; l’interdiction explicite des « disparitions » pratiquées par les forces de l’ordre ; la création d’un défenseur du peuple (médiateur) ; l’instauration de la parité femmes-hommes ; la reconnaissance des droits des indigènes ; et la mise sur pied d’un « pouvoir moral », chargé de combattre la corruption et les abus.

Sur le plan économique, le commandant Chávez souhaite s’éloigner du modèle néolibéral et résister à la mondialisation. « Il nous faut, dit-il, rechercher le point d’équilibre entre le marché, l’Etat et la société. Il faut faire converger la main invisible du marché et la main visible de l’Etat dans un espace économique à l’intérieur duquel le marché existe autant que possible et l’Etat autant que nécessaire. » La propriété privée, les privatisations et les investissements étrangers restent garantis, mais dans la limite de l’intérêt supérieur de l’Etat, qui veillera à conserver sous son contrôle des secteurs stratégiques dont la vente signifierait un transfert d’une partie de la souveraineté nationale.

Au simple énoncé de ces projets, les acteurs principaux de la mondialisation peuvent-ils faire autre chose que diaboliser le président Chávez et sa révolution antilibérale ?

IGNACIO RAMONET

Le Monde diplomatique, octobre 1999.

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Notes

[1] Arturo Uslar Pietri, « Le Venezuela au seuil d’un grand changement », Le Monde diplomatique, décembre 1998.

[2] Lire, par exemple, The New York Times, 21 août 1999, et International Herald Tribune, 1er septembre 1999.





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