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État d’exception

Coup de chaleur, coup d’essai ou coup d’Etat ?

Par Maurice Lemoine  |  7 octobre 2010     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Jeudi 30 septembre, des centaines de policiers se sont soulevés dans les principales villes équatoriennes, bloquant les rues et les avenues à l’aide de barricades de pneus enflammés, prenant le contrôle de l’Assemblée nationale, tandis que des effectifs des forces armées occupaient les aéroports de Quito, la capitale, et de Guayaquil, le cœur économique du pays.

Objectif déclaré de cette insubordination : l’adoption d’une « loi de service public » qui, supprimant toute une série de primes, gratifications et prébendes dont bénéficient militaires et policiers, va de pair avec une augmentation générale des salaires – en particulier pour les hommes de rang.

Se rendant immédiatement dans la caserne du Régiment 1 de Quito, occupée par les policiers rebelles, le président Rafael Correa a dû la quitter précipitamment sous les insultes et les gaz lacrymogène, sans avoir pu dialoguer, mais non sans avoir lancé : « Messieurs, si vous voulez tuer le président, il est là ! Tuez-moi si vous en avez envie, tuez-moi si vous en avez le courage, au lieu de rester au milieu de la foule, lâchement cachés ! »

Se blessant à un genou – qui vient d’être opéré – dans le tumulte qui accompagne son départ, le chef de l’Etat est transporté à l’Hôpital militaire métropolitain de Quito, où il se retrouve séquestré par les policiers qui encerclent l’établissement.

Dans un scénario qui rappelle celui du 11 avril 2002, à Caracas, lors de la tentative de renversement du président Hugo Chávez, le ministre des affaires étrangères Ricardo Patiño et le maire de Quito Augusto Barrera appellent la population, déjà rassemblée en masse devant le palais présidentiel, à se rendre à l’hôpital militaire, « de façon tranquille et pacifique », pour en sortir M. Correa.

Commence un long face à face pendant lequel les « forces de l’ordre » répriment – sans doute un mort et une centaine de blessés – les partisans du président, tentant, à l’aide d’un déluge de gaz lacrymogène, de les empêcher d’approcher. Ce n’est qu’au bout de onze heures de chaos, à 21h25, qu’un commando de l’armée, affrontant violemment les mutins, viendra « extraire » M. Correa.

Conflit social qui dérape, estiment les uns – le coup de chaleur.

« Conspiration qui se prépare depuis longtemps », d’après le président lui-même – le coup d’Etat.

A minima, un test – le coup d’essai.

Car, pendant les événements, on a pu noter que…

Il a fallu attendre un temps interminable, dénoncé par les partisans du président, pour que les militaires viennent à la rescousse de ce dernier, alors que son intégrité physique était menacée. Si, dans l’après-midi, le général Ernesto González, commandant en chef de l’armée, avait manifesté l’appui de celle-ci aux « institutions démocratiques » et affirmé son soutien au chef de l’Etat, il n’en avait pas moins demandé que la loi controversée « soit révisée ou retirée ».

Les dirigeants du mouvement indigène – jadis la force sociale la plus puissante du pays – poursuivent leur dérive aventuriste. Ayant appuyé le coup d’Etat mené contre le président Jamil Mahuad par le colonel Lucio Gutiérrez, en 2000, ils ont gouverné avec ce dernier – et l’on a célébré à l’époque la première arrivée d’Indiens au gouvernement –, alors même que, trahissant sespromesses, M. Gutiérrez a engagé le pays dans une politique néolibérale et s’est « vendu » à Washington – lui accordant, entre autres, une base militaire, à Manta.

Echaudés par cet épisode qui a gravement affecté leur crédibilité, ces dirigeants se sont repliés sur une ligne « indianiste ». Lors de l’élection présidentielle de novembre 2006, leur parti, Pachakutik, bras politique de la Confédération des nationalités indigènes de l’Equateur (Conaie), a choisi de se présenter contre le candidat Correa plutôt que de forger une alliance avec lui. La base indigène n’a pas suivi et, alors que l’économiste de gauche était élu avec 54,92 % des voix, M. Luis Macas, pour Pachakutik, ne recueillait que 2,10 % des suffrages.

Il semble que la leçon de ce désaveu n’a pas été tirée. Alors que les policiers mutins retenaient M. Correa, la Conaie, par la voix de son président, M. Marlon Santi, a publié un communiqué ambigu renvoyant dos à dos le chef de l’Etat et les factieux, et appelant « à l’unité pour une démocratie plurinationale des peuples ». Les leaders de Pachakutik ont été, pour leur part, beaucoup plus clairs. Tandis que Mme Lourdes Tibán applaudissait les policiers et militaires séditieux, en précisant « C’est l’heure ! », le chef du bloc Pachakutik à l’Assemblée nationale, M. Cléver Jiménez, convoquait « le mouvement indigène et les mouvements sociaux à constituer un seul front national pour exiger le départ du président Correa ».

Beaucoup suspectent leur ancien allié, M. Gutiérrez, chef du parti Société patriotique, d’être derrière cette tentative de déstabilisation. Absent du pays, il a, depuis le Brésil, appelé à dissoudre le Parlement et à organiser des élections présidentielles anticipées, précisant : « Dieu fasse que cela ne soit pas vrai, mais m’arrivent des messages m’informant que Correa appelle ses forces de choc, constituées, à la base, par des Vénézuéliens et des Cubains, à sortir pour l’appuyer et affronter les gens qui sont contre lui », avant d’ajouter : « Je crois que la tyrannie de Correa touche à sa fin ».

L’opposition, dans son ensemble, cherchait le moindre prétexte pour lancer une offensive contre M. Correa. L’action des policiers factieux le lui a permis. Mais, on l’aura compris, au-delà des aléas de la politique intérieure équatorienne, c’est – après la tentative de coup d’Etat contre M. Chávez au Venezuela (2002), la tentative de déstabilisation de M. Evo Morales en Bolivie (2008), le golperéussi au Honduras contre M. Manuel Zelaya (2009) – à nouveau un pays membre de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) qui est attaqué.

On ne manquera pas de noter à quel point l’existence de la chaîne de télévision subcontinentale TeleSur, créée précisément à l’initiative du président Chávez, est devenue essentielle en matière d’information  [1]. Elle seule a permis de suivre les événements en direct et en continu.

Comme il se doit, la « communauté internationale » a exprimé sa réprobation et appuyé M. Correa. Mais le vocabulaire n’est jamais innocent. Alors que l’Organisation des Etats américains (OEA), dont sont membres les Etats-Unis, rejetait « toute tentative d’altérer les institutions démocratiques », l’Union des nations sud-américaines (Unasur) condamnait, elle, « une tentative de coup d’Etat ».

Source :

Source : Le Monde diplomatique

Notes

[1] Lire « Telesur : le “Sud” s’arme pour renverser le monopole médiatique du “Nord” », par Renaud Lambert, Acrimed, 13 décembre 2005.





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