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Faire entrer l’Amérique latine dans le bercail atlantiste ?

Par Christophe Ventura  |  2 novembre 2013     →    Version imprimable de cet article Imprimer

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« L’Amérique latine prend une importance stratégique croissante, avec ses marchés en expansion, sa richesse énergétique et ses autres ressources naturelles  ». Pourtant, regrette amèrement le Conseil atlantique, « ni les Etats-Unis, ni les gouvernements européens n’ont fait de cette région une priorité de leur politique extérieure ces dernières années  ».

Ce constat, formulé par l’auguste institution d’influence fondée en 1961 - et dont l’objectif est la promotion acharnée de l’atlantisme partout dans le monde - l’a conduit à solliciter les recommandations de sa task force sur l’Amérique latine. Résultat : la publication d’un rapport intitulé The Trilateral Bond : Mapping a New Era for Latin America, The United States, and Europe [1]. Co-dirigé par José María Aznar [2], ancien président du gouvernement espagnol (1996-2004) et par l’ancien sénateur démocrate américain Christopher J.Dodd, ce document propose plusieurs orientations majeures formulées au service d’un objectif inédit : intégrer l’Amérique latine à l’axe atlantique.

Le rapport signale que, d’ici à 2060, le poids des Etats-Unis et de l’Europe dans l’économie mondiale passera de 40 % à 24%, alors que celui de l’Amérique latine croîtra inexorablement grâce à ses ressources naturelles, ses nouvelles multinationales compétitives (les multilatinas) opérant dans plusieurs secteurs économiques, sa classe moyenne consommatrice en augmentation permanente (estimée aujourd’hui à 225 millions d’individus), l’industrialisation en marche de plusieurs pays tels le Mexique, la Colombie et le Brésil.

Pour les auteurs - outre MM. Aznar et Dodd, une trentaine de banquiers, de dirigeants du monde des affaires, d’anciens responsables politiques de haut niveau issus de gouvernements, d’administrations nationales ou d’organisations multilatérales, d’universitaires actifs au sein de différentes institutions prestigieuses et de think-tanks - l’Amérique latine constitue, sur le plan géopolitique, un partenaire naturel pour une nouvelle configuration atlantiste au 21e siècle. Et ce,bienplus que l’Afrique,minée par « des guerres brutales et une corruption persistante  », mais également malgré les « fractures » supposéesdu sous-continententre pays d’« Amérique centrale et du Sud, entre pays de l’ALBA et pays disposant d’économies de marché plus libérales ».

Les Etats-Unis, malgré la montée en puissance de la Chine, restent le premier partenaire commercial de l’Amérique latine, et ils assurent 18 % des investissements directs étrangers (IDE) qui y affluent. Pour sa part, l’Union européenne (UE) - prise dans son ensemble - est le premier investisseur en Amérique latine. Elle représentait, en 2011, 39 % du total des IDE dans la région. Rien qu’au Brésil, les auteurs soulignent que les IDE européens sont plus importants que ceux dirigés, de manière « combinée  », vers « [la] Russie, [l’] Inde et [la] Chine  ». Et de rappeler que l’UE est également le premier marché d’exportation agricole pour le champion latino-américain (21,7 % du total du commerce extérieur brésilien).

A partir de ces constats, ils considèrent nécessaire et urgent le lancement, entre les trois régions, d’« un dialogue trilatéral  » sur le commerce et les investissements. Pour ce faire, ils recommandent aux dirigeants de s’appuyer sur l’opportunité constituée par les négociations du grand marché transatlantique (Transatlantic Trade and Investment Partnership, TTIP). Celles-ci, selon eux, devraient permettre d’impliquer directement les Latino-Américains dans un processus de négociations commerciales.

Un tel dialogue devrait, in fine, aboutir à l’harmonisation de l’ensemble des accords de libre-échange existants entre les trois entités géopolitiques avec, comme prolongement, l’intégration de l’Amérique latine au TTIP. Afin de faciliter ce mouvement, les gouvernements de l’UE et des Etats-Unis devraient accepter de réduire leurs subventions aux exportations agricole en signe de bonne volonté vis-à-vis des gouvernements latino-américains.

Pour les auteurs, il conviendrait également de rendre compatibles les marchés financiers latino-américains avec le système de normes juridiques et bancaires communes envisagé entre les Etats-Unis et l’Europe. Et ce, afin de promouvoir la participation des investisseurs du « premier monde » aux nouvelles places financières de Mexico, de Sao-Paulo (dont le rôle est déjà central pour le développement financier des multilatinas), de Santiago du Chili, de Lima et de Bogota (regroupées au sein du Marché intégré latino-américain - MILA) et, en retour, « de faciliter les échanges entre les Bourses latino-américaines et celles de New-York et de Londres ».

Parallèlement, ils recommandent le lancement d’un dialogue trilatéral spécifique sur la question géostratégique de l’énergie. Tandis que les Etats-Unis se dirigent vers l’auto-suffisance énergétique à l’horizon 2030, et que l’Europe s’apprête à réduire sa dépendance vis-à-vis de la Russie, le rapport préconise le développement d’une alliance énergétique inédite avec l’Amérique latine.

Comme ce document le rappelle opportunément, « l’Amérique latine est déjà un producteur majeur d’énergie, ceci incluant le pétrole et le gaz, l’énergie hydraulique et thermale, aussi bien que les agro-carburants  ». La région est, en effet, le duxième fournisseur d’énergie des Etats-Unis après le Canada. Elle leur fournit plus de pétrole que tous les Etats du Golfe réunis. Elle assure également une part toujours plus importante de la consommation énergétique chinoise et indienne.

Par ailleurs, « la richesse minière et minérale de l’Amérique latine est aussi importante aujourd’hui qu’elle l’était au 16e siècle, notamment parce que les besoins en la matière des industries électroniques mondiales ne cessent de croître  ».

Ainsi, un tel dialogue trilatéral devrait permettre « d’identifier les meilleures pratiques en matière d’action des Etats sur les réglementations sanitaires et environnementales et les structurations fiscales, notamment celles qui garantissent [pour les entreprises - notamment d’Europe et des Etats-Unis -] la transparence, la prévisibilité, le respect des règles du jeu et l’introduction de la concurrence dans le secteur ».

Enfin, pour la task force, d’autres leviers existent pour cimenter une relation transatlantique nouvelle incluant l’Amérique latine. Il s’agit principalement de l’éducation (coopérations universitaires visant à former des élites communes, ouverture de l’enseignement supérieur latino-américain aux financements des gouvernements et des entreprises, etc.) et de la gestion commune de certaines externalités négatives de l’économie mondialisée. Ici, la lutte contre la drogue et le commerce des armes (notamment des Etats-Unis vers l’Amérique latine) constituerait une problématique pleinement transatlantique.

Afin de construire l’ensemble de ces processus, le rapport du Conseil atlantique soutient l’idée de créer un nouveau cadre institutionnel permanent entre les trois régions. Il aurait vocation à se substituer aux structures existantes (Organisation des Etats américains, Sommet des Amériques entre Etats-Unis et pays latino-américains, Sommet UE-Communauté des Etats latino-américains et caraïbéens).

En conclusion, comme pour motiver les Latino-Américains sur l’ensemble de ces perspectives, les auteurs proposent d’accéder à l’une de leurs revendications géopolitiques : l’octroi d’un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Et l’œil du Conseil atlantique de se tourner vers Brasilia...

 

Traduction italienne de cet article : [L’America Latina presto nell’ovile atlantista ?]

Notes

[1] Publié le 13 mai 2013 : www.atlanticcouncil.org/the-trilateral-bond-mapping-a-new-era-for-latin-america-the-united-states-and-europe-1.

[2] L’ancien président du Parti populaire (droite) espagnol fut l’un des soutiens les plus actifs de l’invasion américaine en Irak en 2003 lorsque la première puissance mondiale était présidée par son ami George W. Bush. Incontournable homme d’influence politique et économique dans le monde ibérique, M. Aznar est également président de la non moins influente et ultralibérale Fondation pour l’analyse et les études sociales (FAES). Fondée en 1989, liée au Parti populaire, cette institution agit pour le développement de la pensée libérale et le renforcement de l’influence de la droite dans le monde, notamment en Amérique latine.





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