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Commentaire n° 325, 15 mars 2012

Israël : ses fantasmes et ses réalités

Par Immanuel Wallerstein  |  26 mars 2012     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’est rendu en visite aux Etats-Unis en ce début de mois de mars 2012. Une fois encore, il est venu répéter qu’un Iran nucléarisé représenterait une menace existentielle pour l’Etat d’Israël et que son pays se réservait le droit, le moment venu, de passer à l’action pour contrer les projets iraniens. Barack Obama a affirmé avec la même vigueur qu’en effet, un Iran nucléarisé représenterait bien une menace existentielle pour l’Etat d’Israël et que les Etats-Unis ne sauraient admettre une telle situation mais que le timing proposé par Netanyahou n’était pas adapté : la voie non-militaire contre l’Iran devrait d’abord être épuisée avant que l’on se mette à réfléchir à d’autres possibilités d’action.

Intéressons-nous au fond de la question. Pourquoi un Iran doté de l’arme nucléaire représenterait-il une menace existentielle pour Israël ? Autrement dit, qui sont ceux qui pensent que si l’Iran disposait de la bombe, ses autorités l’utiliseraient pour bombarder Israël ? En réalité, personne parmi les responsables israéliens, états-uniens ou ailleurs dans le monde n’y croit. On dit seulement y croire.

Reprenons les arguments mis ostensiblement en avant : les responsables israéliens soulignent que Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien, et d’autres avec lui, disent souhaiter « rayer de la carte » Israël (ou d’autres formules du même acabit). Bien entendu, nombre d’experts ont fait remarquer que cette traduction était incorrecte. Et fût-elle-même correcte, va-t-elle réellement plus loin que ce que répètent depuis longtemps un grand nombre de gens au Moyen-Orient qui s’opposent au concept d’Etat juif et préconisent des solutions radicales à ce différend ancien ?

Pourquoi grand Dieu les Iraniens bombarderaient-ils Israël ? Ils risqueraient de tuer au moins autant d’Arabes que d’Israéliens et ils s’exposeraient à une réplique immédiate d’Israël, pays bien équipé en armes nucléaires. Que l’Iran puisse bombarder Israël est une possibilité sur laquelle aucun dirigeant responsable ne peut sérieusement fantasmer.

Alors pourquoi le disent-ils s’ils ne le pensent pas ? A mes yeux, la réponse est claire. Si l’Iran se dotait finalement d’armes nucléaires, la situation deviendrait bien sûr différente. L’équilibre géopolitique du Moyen-Orient s’en trouverait bouleversé et la position d’Israël politiquement affaiblie. Un certain nombre d’autres pays – je pense à l’Arabie saoudite, à l’Egypte et à la Turquie, pour commencer – s’empresserait probablement d’acquérir eux-aussi l’arme nucléaire.

Qu’Israël ou les Etats-Unis se décident à bombarder l’Iran à titre préventif et les conséquences politiques seraient immédiatement gigantesques. En premier lieu, il est quasi certain qu’une telle décision ne parviendrait pas à arrêter les projets des Iraniens. En second lieu, cette décision affaiblirait sur le plan politique la position d’Israël et des Etats-Unis dans le monde entier. Ces deux raisons réunies expliquent pourquoi l’armée et les services de renseignement dans ces deux pays manifestent une telle opposition au discours reposant sur l’option miliaire. Ils redoutent que ce discours puisse prendre dans l’esprit de certains de leurs dirigeants qui ne sont pas actuellement aux affaires mais qui pourraient être assez stupides pour se croire autorisés à commencer une guerre.

Israël et les Etats-Unis sont pris au piège d’une situation perdante à tous les coups. Quoiqu’ils fassent, ils sont politiquement perdants. Je pense d’ailleurs qu’ils en sont conscients et que Netanyahou comme Obama sont incapables d’imaginer ce qu’ils peuvent vraiment faire, et comment, pour défendre leurs intérêts politiques sur le plan intérieur. Ils passent donc leur temps à s’accuser mutuellement et à se faire du chantage. Pendant ce temps, les dirigeants iraniens s’emparent du discours sur l’option militaire pour faire vibrer la corde patriotique et renforcer leur position en interne, pourtant sérieusement ébranlée il n’y pas si longtemps encore.

Et pendant ce temps encore, la Palestine reste une vraie question pour Israël. Ce n’est pas un fantasme. Le Hamas a maintenant pris la décision de lier sa stratégie à l’Egypte et aux Frères musulmans, lesquels sont sur le point de prendre le contrôle du gouvernement égyptien. Le Fatah craint clairement, et à juste titre, de perdre le contrôle de la Cisjordanie au profit du Hamas. Pris entre ce dernier et le gouvernement américain, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas se trouve lui aussi dans une position perdante à coup sûr et lui non plus ne sait quoi faire. Alors il tergiverse, ce qui ne passe pas pour être la meilleure tactique de survie.

L’avenir appartient à la rue palestinienne. Et je ne peux tout bonnement pas croire que celle-ci va rester tranquille. Est-ce qu’Israël est capable de trouver un terrain d’entente avec la rue palestinienne ? C’est ce que l’on va bientôt savoir.

 

 

© Immanuel Wallerstein, distribué par Agence Global. Pour tous droits et autorisations, y compris de traduction et de mise en ligne sur des sites non commerciaux, contacter : rights@agenceglobal.com1.336.686.9002 ou 1.336.286.6606. Le téléchargement ou l’envoi électronique ou par courriel à des tiers sont autorisés pourvu que le texte reste intact et que la note relative au copyright soit conservée. Pour contacter l’auteur, écrire à : immanuel.wallerstein@yale.edu.

Ces commentaires, bimensuels, sont des réflexions consacrées à l’analyse de la scène mondiale contemporaine vue dans une perspective de long terme et non de court terme.





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