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La mafia de la finance s’installe directement au pouvoir

Par Bernard Cassen  |  2 décembre 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

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Les gouvernements européens ne se donnent même plus la peine de le cacher : toutes leurs décisions ont pour seule et unique motivation de donner des gages aux marchés financiers, avec les agences de notation dans le rôle de distributeurs de bons et de mauvais points. Les marchés ont leur bras armé : la « troïka » Commission européenne/Banque centrale européenne (BCE)/Fonds monétaire international (FMI). Comme l’avant-garde d’une troupe d’occupation, elle prend ses quartiers dans les ministères des pays européens « bénéficiaires » de plans de « sauvetage » pour vérifier que ses diktats sont bien mis en œuvre.

Jusqu’à ces dernières années, ceux qui dénonçaient la dictature des marchés passaient pour des extrémistes. Aujourd’hui la formule est entrée dans le lexique courant, tant elle traduit une réalité aveuglante. Pour l’instant, cette dictature n’a pas besoin de s’imposer par la coercition physique puisque ce sont les gouvernements eux-mêmes qui, de démission en capitulation, lui ont permis subrepticement de s’installer. Au prix de la destruction des fondements de la démocratie représentative.

La faute la plus symbolique est d’avoir cautionné la légitimité des institutions de la « troïka » qui ont comme caractéristiques communes de ne pas être élues, d’être ouvertement les porte-parole de la finance et de n’avoir aucun compte à rendre aux citoyens. Un simple commissaire européen, comme le finlandais Olli Rehn chargé des affaires économiques et monétaires, a infiniment plus de pouvoir que les ministres des finances de la quasi totalité de la zone euro, qu’il ne se prive d’ailleurs pas de rappeler vertement à l’ordre.

Deuxième atteinte à une démocratie réelle, comme disent les Indignés : l’enfermement des électeurs dans un choix entre le pareil et le même. Les positions des partis de gouvernement en Europe - qu’ils soient sociaux-démocrates ou de droite - sur les mesures d’austérité sont interchangeables. Au Portugal et en Espagne, la colère des citoyens a chassé les « socialistes » du pouvoir, mais pour les remplacer par gouvernements ultra conservateurs qui ne font que poursuivre, voire durcir les politiques de leurs prédécesseurs. Une variante de cette alternance factice est la constitution d’un gouvernement soutenu par la social-démocratie et la droite, comme celui de Mario Monti en Italie. En Grèce, la situation est encore plus édifiante puisque, au nom de l’« unité nationale », le gouvernement de Loucas Papadémos comprend non seulement des ministres du Pasok et de la Nouvelle Démocratie, mais aussi de l’extrême-droite.

Dans ces deux cas, la mystification la plus grossière est de présenter ces gouvernements comme dirigés respectivement par un « professeur » à Rome et par un « technicien » à Athènes. Il s’agit de « vendre » à l’opinion l’idée qu’il existerait une manière quasi scientifique, non « politique », de surmonter la crise. En fait, par définition, les premiers ministres italien et grec font exactement la même chose que leurs homologues espagnol et portugais : des choix politiques. La seule différence est que, contrairement à ces derniers, ils n’ont pas subi l’épreuve du suffrage universel.

A Athènes et à Rome, la finance a réussi un double exploit : non seulement elle a conforté la déconnexion entre la sphère économique et financière et la sphère politique, mais elle s’est carrément installée dans cette dernière. Jusqu’ici les banquiers avaient comme interlocuteurs politiques des élus, maintenant ils dialoguent avec d’autres banquiers. Loucas Papadémos est en effet ancien gouverneur de la Banque centrale hellène qui, avec l’aide de Goldman Sachs, avait maquillé les comptes de la Grèce. Quant à Mario Monti, il est ancien conseiller international de Goldman Sachs. La mafia de la haute finance ne craint plus désormais d’apparaître au grand jour et de tourner la démocratie en dérision.





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