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Commentaire n° 469, 15 mars 2018

La péninsule de Corée en quête de stabilité. Un accord est-il possible ?

Par Immanuel Wallerstein  |  8 mai 2018     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Deux événements des plus inattendus concernant la péninsule de Corée ont eu lieu dans la première semaine du mois de mars 2018 : le chef de la Corée du Nord, Kim Jong-un, a proposé de rencontrer le président Trump en retirant certaines conditions qu’il y mettait jusqu’alors ; et Trump a accepté de son côté de rencontrer Kim en retirant lui aussi certaines conditions qu’il y mettait jusqu’alors.

Peut-être que quelqu’un, quelque part, l’avait prédit. Si oui, je ne l’ai lu nulle part. Maintenant que la chose est arrivée, tout le monde, partout, s’escrime à l’interpréter puis à dispenser ses conseils sur la meilleure façon d’y réagir. Commentateurs et politiques discutent du point de savoir : 1) pourquoi les deux dirigeants ont fait cela ; 2) quelles en sont les conséquences, et 3) si la rencontre aura vraiment lieu.

Dans le monde extérieur à la Corée du Nord, certains disent que Kim a reculé devant les maintes et volubiles menaces de Trump. D’autres, plus rares, prétendent au contraire que c’est Trump qui a reculé devant les maintes et volubiles menaces de Kim. Enfin, assez nombreux sont ceux qui considèrent que les menaces n’ont joué, au mieux, qu’un rôle secondaire et que les vraies raisons sont ailleurs.

Ainsi, parmi ces derniers, d’aucuns suggèrent que Kim s’est senti assez fort pour revoir à la baisse ses conditions préalables, avec pour objectif d’obtenir la légitimation à laquelle son régime aspire et qu’il retirerait d’une telle rencontre. D’autres avancent que c’est Trump qui s’est senti assez fort pour revoir à la baisse ses conditions préalables, avec pour objectif de s’attirer la réputation mondiale d’homme d’État et de grand président à laquelle il aspire, et que pourrait bien lui valoir une telle rencontre.

Et d’autres encore, bien sûr, croient simplement que chacun des deux hommes se fait fort de manœuvrer l’autre et n’a aucune intention de rechercher réellement un accord. Mais toutes ces opinions sur le « pourquoi » viennent de personnes qui sont extérieures à la Corée du Nord. Nous ne savons pas vraiment quel genre de débat existe dans le pays. Je suppose qu’il s’agit plus ou moins des mêmes discussions.

Le débat sur les conséquences dépend des réponses que l’on donne à la question des motivations de Kim et de Trump. Certains analystes voient dans cette affaire le génie tactique de Kim. Pour ceux-ci, les conséquences sont négatives pour les États-Unis, car Trump se prive de sa meilleure carte : la non-reconnaissance. D’autres y voient le génie tactique de Trump. Pour ceux-là, les conséquences sont très positives, puisqu’elles auront pour effet d’amoindrir les oppositions des États et des forces politiques aux mesures punitives ultérieures de Trump.

Enfin, la question même de savoir si la rencontre aura bien lieu dépend des réponses aux deux points précédents. Si l’un ou l’autre – ou l’un et l’autre – des deux dirigeants n’a pas vraiment l’intention d’aboutir, alors l’un ou l’autre annulera la rencontre. Et même si l’un ou l’autre ou les deux ont vraiment l’intention d’aboutir, il reste néanmoins possible que la rencontre n’ait pas lieu parce que l’un ou l’autre se rendra compte des erreurs tactiques qu’il a commises.

Évidemment, même si la rencontre a lieu, rien ne dit que les deux parties arrivent à réduire leurs très profonds différends au point de pouvoir conclure un accord. Et quand bien même les deux dirigeants signeraient officiellement un accord, reste à savoir comment chacune des parties pourra s’assurer que l’autre en respecte bien les termes. Beaucoup d’acteurs impliqués dans de précédentes négociations ont rapporté l’extrême difficulté d’une telle vérification.

On se souvient du mot célèbre de Ronald Reagan à propos d’un accord avec le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev : « Faites confiance, mais vérifiez. » Or le niveau de confiance entre les États-Unis et la Corée du Nord est proche de zéro. Si, en outre, on ne peut rien vérifier, l’« accord » supposé n’est que douce illusion.

J’ai écrit ce texte en formulant des énoncés parallèles pour Kim et Trump parce que je crois qu’ils agissent en miroir l’un de l’autre. Mon sentiment personnel est qu’il y a peu de chances qu’une rencontre se concrétise, et que chaque partie tirera de ce fait des conclusions négatives.

S’il devait en être ainsi, ce processus aurait finalement compliqué la quête de la stabilité en péninsule de Corée, et non l’inverse. Ce serait à mon sens un désastre, car cela pourrait bien conduire à la guerre que nous sommes nombreux à redouter.

Je ne crois pas pour autant qu’une guerre nucléaire soit inévitable, loin de là. Le progrès de la stabilité (terme plus approprié que celui de paix) en péninsule de Corée dépend très probablement des pressions « de la base », c’est-à-dire de nous tous. Il est absolument crucial de les mettre en œuvre, ce qui n’est pas encore le cas à une échelle suffisante.

Il faut enfin mentionner un élément supplémentaire qui pourrait aller dans le même sens : les décisions personnelles hautement imprévisibles de Kim et de Trump. Celles-ci nous ont surpris au cours de ce mois de mars, et bien souvent auparavant. Peut-être nous surprendront-elles encore.

 

Traduction : Christophe Rendu

Illustration : Wikimedia

© Immanuel Wallerstein, distribué par Agence Global. Pour tous droits et autorisations, y compris de traduction et de mise en ligne sur des sites non commerciaux, contacter : rights@agenceglobal.com1.336.686.9002 ou 1.336.286.6606. Le téléchargement ou l’envoi électronique ou par courriel à des tiers sont autorisés pourvu que le texte reste intact et que la note relative au copyright soit conservée. Pour contacter l’auteur, écrire à : immanuel.wallerstein@yale.edu.

Ces commentaires, bimensuels, sont des réflexions consacrées à l’analyse de la scène mondiale contemporaine vue dans une perspective de long terme et non de court terme.





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