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ENTRETIEN AVEC MANUEL ZELAYA, PRESIDENT LEGITIME DU HONDURAS (2006-2010)

« La résistance est la voie pour restaurer la démocratie »

Un entretien exclusif pour Le Monde diplomatique en español

Par Christophe Ventura  |  20 septembre 2010     →    Version imprimable de cet article Imprimer

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Il y a un peu plus d’un an, le 28 juin 2009, un coup d’État organisé par des secteurs de la droite, les forces armées et mené avec l’accord, au moins tacite, de l’administration des États-Unis, renversait José Manuel Zelaya, président légitimement élu du Honduras (2006-2010). Depuis le 27 janvier 2010, Manuel Zelaya réside, exilé, en République dominicaine. De là bas, il dirige le Front national de résistance populaire (FNRP) et conduit le combat pour la restauration de la démocratie dans son pays.

Il vient d’être nommé, le 18 septembre 2010, député du « Parlacen » - Parlement centre-américain - qui constitue le forum politique régional du Guatemala, du Honduras, du Nicaragua, du Panama et du Salvador [1]. Pour le président nicaraguayen de cette institution, Jacinto Suárez, « il n’était pas concevable que ce parlement puisse prendre une position aboutissant à la négation des droits politiques du président Zelaya  ». De son côté, le FNRP considère qu’il s’agit d’un pas important vers la possibilité « que Manuel Zelaya puisse revenir de l’exil  ». Et ce, alors que le mouvement populaire hondurien vient de remporter une importante victoire politique malgré la persistance de la répression organisée par le gouvernement du nouveau président Porfirio Lobo. Près de 1,4 millions de honduriens [2] ont, en effet, signé une pétition du FNPR intitulée « Oui à la Constituante ! » en faveur de la refondation démocratique du Honduras.

Le Honduras est devenu un espace de confrontation politique et diplomatique entre, d’une part, les États-Unis et leurs alliés locaux (gouvernements de droite et de centre-gauche conservateurs [3]) et, d’autre part, les États progressistes [4] de la région. Ces derniers sont opposés au retour des ambitions impérialistes des États-Unis en Amérique latine et ne reconnaissent pas Porfirio Lobo.

Dans cet entretien réalisé à Saint-Domingue, le président Manuel Zelaya analyse la situation du Honduras, expose sa vision géopolitique de l’Amérique centrale et latine en général, et donne son point de vue sur le rôle joué par les États-Unis dans la région. Il juge également l’action de l’Union européenne et présente, en conclusion, sa stratégie pour rétablir la démocratie au Honduras.

 

 

 

Christophe Ventura : Un peu plus d’un an après le coup d’Etat dont a été victime le Honduras, et après les “élections” du 28 novembre 2009 qui ont installé Porfirio Lobo au pouvoir, quelle est la situation précise de votre pays au regard de la crise économique et sociale, la crise politique et démocratique, la répression et la violation des droits de l’homme, sujets peu abordés par les médias ?

Manuel Zelaya :Un coup d’Etat est une tragédie. Comme le décrit l’écrivain italien Curzio Malaparte, il s’agit d’une rupture surprenante et très violente. Une attaque d’un pouvoir de l’Etat contre un autre pouvoir de l’Etat. Dans le cas hondurien, les forces armées ont pris le pouvoir indirectement, par l’intermédiaire de civils. Dans mon pays, un an après, nous vivons les conséquences tragiques de l’arrivée au pouvoir d’une des oligarchies des plus extrémistes et criminelles d’Amérique centrale. Dix familles dirigent le pays. Elles contrôlent les ressources naturelles, énergétiques ainsi que les principaux moyens de production, les banques, les moyens de communication et les deux principaux partis politiques qui se sont répartis le pouvoir pendant les cent dernières années. Rares ont été les périodes démocratiques. Désormais, elles contrôlent totalement les trois pouvoirs de l’Etat et toutes les institutions, y compris les forces armées et la police.

Ces familles ont décidé d’utiliser les armes parce qu’elles avaient perdu le contrôle politique de l’Etat et n’avaient plus la capacité d’arrêter les réformes mises en place par notre gouvernement. Cette offensive a montré la fragilité des nouvelles démocraties d’Amérique centrale qui sont nées dans les années 80 avec les accords de paix et la fin supposée de la guerre froide.

Un an après le coup d’Etat, près de 99% des mesures mises en place durant les trois années et demie de mon gouvernement ont été annulées : la démocratie participative, le respect de la souveraineté populaire, la liberté économique et la liberté de la presse, et aussi la liberté en matière de relations internationales.

Le Congrès national, contrôlé par le nouveau président Porfirio Lobo et par Roberto Micheletti [5], a abrogé la loi de participation citoyenne qui donnait au peuple le plein accès au droit d’être consulté sur tous les sujets d’intérêt national. Il a remis en place le système que nous avions aboli qui permettait d’organiser, en faveur des grandes compagnies du capital international, la prolifération de contrats juteux dans la production de l’électricité. Il a mis fin à la réglementation que nous avions mise en place en matière de politique monétaire. Grace à elle, nous avions obtenu une baisse drastique des taux d’intérêt pratiqués pour le crédit au public. Il a également suspendu la loi sur le salaire minimum que nous avions instaurée.
Les privilèges accordés aux transnationales nord-américaines du pétrole, que nous avions supprimé, ont été restitués. Ce Congrès a cassé le traité international souscrit avec l’Alliance bolivarienne des peuples d’Amérique (ALBA) que nous avions signé avec les pays socialistes d’Amérique du Sud. Il a suspendu le projet de récupération de la base militaire de Palmerola qui était utilisée par le Commando Sud de l’Armée nord-américaine. Nous étions en train de faire de cet espace l’aéroport civil le plus grand d’Amérique centrale. En conclusion, l’économie est en récession. Elle est affectée par la réduction drastique des recettes. L’année fiscale se solde par une croissance négative de notre économie de - 4% accompagnée d’une baisse conséquente de l’investissement et de l’augmentation accélérée du nombre de pauvres.
Tout cela va à l’encontre des résultats de mon action. En trois ans, et pour la première fois dans l’histoire du Honduras, nous avions réduit l’extrême pauvreté de plus de 12 points et obtenu une croissance économique de 6 à 7 %.

Un an après le coup d’Etat, la situation politique est dramatique. Le pays est victime de fréquentes exécutions extrajudiciaires, de torture et d’assassinats politiques. Des neuf mille dénonciations de violations des droits de l’homme, plus de quatre mille correspondent à des cas de personnes emprisonnées, violées, torturées, sans compter les 166 assassinats de personnes qui portent d’évidents signes de torture et de viol. Toutes les victimes, femmes et hommes, sont des membres connus du Front national de résistance populaire (FNRP). Pour notre plus grande honte, les auteurs intellectuels et matériels du coup d’Etat et de ses crimes continuent d’assumer leurs fonctions. Ils ont même été promus aux plus hautes fonctions au sein du gouvernement de Monsieur Porfirio Lobo. L’impunité est au cœur du régime.

Nous pouvons affirmer que depuis le mois de novembre 2009, (qui correspond au moment où le gouvernement des Etats-Unis a donné son appui au régime du dictateur Micheletti pour organiser des élections sous pression et avec une persécution des opposants - et auxquelles ont participé seulement 30% des inscrits sur les listes électorales - ), Washington a assumé totalement la véritable conduite du pays. Et ce, tant sous le régime de Micheletti que sous celui de son successeur Porfirio Lobo en feignant d’ ignorer que celui-ci n’a pas fait un seul pas vers la restauration de la démocratie et du plein droit de notre peuple.

CV : Quelles sont vos relations avec le FNRP ? Quels sont les secteurs qui y sont les plus impliqués ? Quelles actions mène-t-il et quelles sont ses perspectives ?

MZ : Aujourd’hui, l’opposition s’est regroupée au sein de cette nouvelle force connue sous le nom de Front national de résistance populaire (FNRP). Le Front est né le même jour que le coup d’Etat, dans d’horribles conditions de répression. C’est une plateforme de lutte qui regroupe toutes les organisations sociales et politiques dont le but est de sauver la démocratie du groupe d’oligarques usurpateurs actuellement au pouvoir. Au mois de juillet dernier, durant sa première assemblée nationale, le FNRP m’a nommé coordinateur général du mouvement. Mes relations avec le FNRP se sont consolidées à travers la construction d’un objectif commun : refonder le Honduras. La conduite du Front opère de manière sui generis dû à ma condition d’exilé.

Aujourd’hui, le FNRP est limité dans ses actions. Mais, jour après jour, grandit au sein du peuple la nécessité d’avancer vers un système politique basé sur une plus grande participation citoyenne qui puisse, par des moyens pacifiques et participatifs, restaurer la légitimité institutionnelle de l’Etat. A court terme, le but du FNRP n’est pas de se convertir en parti politique car des forces de diverses tendances y sont impliquées : ouvriers, paysans, secteurs sociaux organisés, mouvements démocratiques qui ont surgi en opposition au coup d’Etat, socialistes, libéraux progressistes, ainsi que d’autres personnes provenant de secteurs politiques conscients de la nécessité de faire vivre les réformes que nous avions impulsées. Actuellement, nous travaillons à l’élaboration d’un projet de nouvelle Constitution.

Nous pourrions avancer plus si Washington ne se mêlait pas autant de la situation et si des membres de la communauté internationale aidaient à trouver des solutions au lieu de contribuer à masquer la réalité de ce qui se passe au Honduras. Je suis conscient que nous vivons dans un monde où il est difficile de penser librement. Quand un chef d’Etat décide de le faire, les droites internationales, avec leurs gouvernements et leurs partenaires régionaux, font le pari d’une « normalisation » forcée du statut quo et laissent impunis les auteurs de cette « rupture violente » qu’elles ont elles-mêmes encouragé.

 

CV : Que pensez-vous de la proposition des Etats-Unis et de Porfirio Lobo d’organiser la réintégration du Honduras à l’Organisation des Etats Américains (OEA) ?

MZ  : Les forces d’extrême droite de notre région et d’Amérique du Nord déploient, comme elles l’ont démontré publiquement, un plan de contrôle du Honduras et utilisent leur influence et des moyens de pression multiples pour créer la fiction d’une reconnaissance politique du gouvernement Lobo, même si elles savent pertinemment que s’est installé au Honduras un régime incapable de répondre à une seule des conditions de cette reconnaissance fixées par les organisations internationales.
Sans méconnaître le fait que, sur quelques questions secondaires, le président Lobo a fait preuve de bonne volonté, il faut tout de même rappeler qu’il contrôle tout l’appareil médiatique et qu’il a mis en place une politique de répression dans notre pays. Il n’existe aucun signe tangible de son gouvernement témoignant d’une volonté réelle de construire un dialogue avec sa véritable opposition, le FNRP, et de restaurer la démocratie. Ceci est le véritable accord entre Mme Hillary Clinton et Porfirio Lobo.

CV : Comment jugez-vous l’attitude de Washington et du Président Barack Obama ?

MZ :S’il est certain que le Département d’Etat nie sa participation au coup d’Etat, cela ne veut pas dire qu’il n’en était pas pleinement informé. Une des choses qu’il n’ignore pas est que le Commando Sud – qui contrôle la base de Palmerola – s’est associé à la CIA, aux militaires honduriens et à deux pouvoirs de l’Etat pour destituer le pouvoir exécutif. Il y a suffisamment de preuves aujourd’hui pour le démontrer. Et comme on dit en matière pénale, « A qui profite le crime ».
La Bible nous dit : « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits ». Il est maintenant facile de comprendre pourquoi Washington s’obstine autant et quel est son intérêt à affirmer qu’au Honduras “tout est revenu à la normalité”.

CV : Certains médias affirment que Porfirio Lobo cherche à passer un accord avec vous. Le Secrétaire général de l’OEA, José Miguel Insulza, après avoir eu une entrevue avec Porfiro Lobo à Miami, est venu en République Dominicaine au mois de juillet pour vous rencontrer. Un accord serait-il possible ?

MZ :C’est une campagne médiatique. En réalité, les Etats-Unis, ainsi que ses acolytes impliqués dans le coup d’Etat, font tout pour empêcher mon retour. Les procédures judiciaires lancées contre moi par Micheletti durant la période où il a dirigé le « gouvernement de facto » devaient, selon la Constitution, être annulées. Elles ne l’ont pas été. Dans son rapport du 30 juin dernier, la Commission de haut niveau de l’OEA affirme clairement que ces procédures « relèvent de motivations politiques  ». Lobo et son gouvernement continuent d’engager de telles procédures contre moi dans le but de m’humilier et de m’obliger à me présenter devant un appareil judiciaire co-auteur du coup d’Etat. Pour que mes propres bourreaux deviennent mes juges. Une ruse grossière …

CV : La droite a repris le pouvoir au Panama. Le centre gauche conservateur gouverne au Costa Rica et au Guatemala. Il y a des ambiguïtés au Salvador, car le FMLN gouverne avec une base qui sympathise avec votre cause mais, en même temps, le président Mauricio Funès appuie la proposition de réintégration du Honduras au sein de l’OEA. Certains pays de l’Alba comme le Nicaragua, la Bolivie, Cuba, l’Equateur et le Venezuela sont en votre faveur. Dans ce contexte géopolitique international, comment analysez-vous la configuration de possibles alliances en Amérique centrale ?

MZ  : Le Honduras, comme le disent les experts qui travaillent sur les logiques du pouvoir, est aujourd’hui le laboratoire de la droite-extrême en Amérique latine. Une droite-extrême qui essaie de paralyser, au moyen de la peur, toute tentative de réforme. On perçoit clairement un retour aux politiques de répression du XXème siècle. Les castes militaires, qui ont causé tant de tort aux nations, sont de retour. Porfirio Lobo a récompensé les militaires qui ont fait le coup d’Etat en plaçant les plus importants de ces personnages dans son cabinet. Et ceci dans l’objectif d’envoyer un message aux présidents démocrates d’Amérique centrale et de les effrayer.

CV : Selon vous, quels sont les facteurs internes, régionaux, politiques et économiques qui peuvent expliquer ce coup d’Etat ?

MZ : Au fond, ce qui est totalement clair et prouvé, c’est que l’intérêt économique des transnationales américaines et de leurs affidés locaux l’a emporté au Honduras. Elles se sont senties mises en danger par les politiques menées par mon gouvernement. Et en particulier par notre association avec Petrocaribe et l’Alba, qui nous a permis d’avoir du pétrole à meilleur prix et de profiter de remises sur ce produit [6]. En un an, le Honduras a obtenu plus de bénéfices économiques et sociaux qu’il en a obtenus en dix avec les Etats-Unis… Au niveau intérieur, la crainte de la classe possédante suscitée par notre proposition de développer une démocratie participative basée sur l’exercice de la démocratie directe et de la souveraineté populaire a déclenché un séisme. Elle a eu peur de perdre ses privilèges traditionnels et le monopole des décisions politiques.

CV : Sur le plan politique et philosophique, plusieurs écoles nourrissent votre pensée. Vous vous définissez comme un “libéral prosocialiste”. Qu’est-ce que cela signifie ?

MZ  : Quand Adam Smith a formulé ses premières réflexions sur le libéralisme économique, il n’a pas écarté l’objectif social de celui-ci dans le sens d’une responsabilité assumée dans le processus de création de richesses. Mais nous devons comprendre que le concept de libéralisme économique, loin d’assurer de telles promesses, a évolué dans la direction contraire. Le néolibéralisme, la mondialisation du commerce, les échanges financiers spéculatifs et commerciaux licites ou non, les brevets, les subventions à l’agriculture et les politiques protectionnistes de l’Union européenne et de l’union Mexique - Etats-Unis - Canada sont des processus de perversion du libéralisme philosophique qui contient, lui, une promesse de justice.

Je considère qu’un processus libéral à but social doit organiser le transfert équitable à l’ensemble de la société des chances qui étaient jusqu’ici réservées à une élite. Il s’agit d’un processus de transfert qui doit s’orienter vers les principes du socialisme. Le libéralisme prosocialiste est un combat pour une liberté avec équité. C’est, au fond, une « idéologie de transition ».

CV : Vous êtes exilé en République dominicaine. Une partie de votre famille réside toujours au Honduras. Comment vivez-vous sur le plan personnel cette situation ?

MZ :L’exil est une torture pour la personne qui la subit, ainsi que pour sa famille. C’est un déracinement forcé. Tout ce qui a une signification profonde dans la vie d’une personne est affectée : la terre, les gens, la lumière, la Patrie… C’est particulièrement vrai et douloureux pour des personnes qui, comme nous, viennent d’une zone rurale où l’attachement à la terre nous enseigne de puiser profondément dans la racine des choses.

Ce qui a soulagé ce sacrifice, c’est l’hospitalité et l’affection du peuple dominicain, ainsi que celle du président Leonel Fernández et de sa famille. L’ambassadeur des Etats-Unis au Honduras, Hugo Llorenz (accepté à ce poste par mon gouvernement en 2008), qui avait apporté de l’aide à ma famille au début du coup d’Etat pour lui permettre de sortir du pays, n’a pas plus de droit que nous de respirer l’arôme des pins qui m’ont vu naître. Surtout lorsqu’il s’oppose maintenant activement à mon retour et promeut l’impunité de ceux qui ont mené, dans le sang, le coup d’Etat.

Durant trente ans, j’ai lutté avec mon peuple pour arriver à la présidence. Je suis un homme politique à temps complet. Quand je reviendrai au Honduras, je reprendrai le poste qui me correspond. Je ne serai pas candidat à la présidence car la Constitution l’interdit, mais je serai actif aux côtés de mon peuple en résistance. Pour ce faire, j’ai décidé de créer une Fondation pour la défense de la démocratie du XXIème siècle dont la vocation sera de la protéger de ses ennemis, qui sont ceux de nos peuples et de nos victoires.

CV : Quel serait votre message pour les Européens ? Quelles sont vos attentes concernant les gouvernements de l’Union européenne ?

 MZ :Je remercie les efforts faits par les pays de l’Union européenne, mais ils n’ont pas été pas suffisants… Encore moins pour un pays qui, comme le Honduras, a été gouverné pendant cinquante ans par les préceptes du “consensus de Washington” et qui, de ce fait, est devenu le pays d’Amérique latine le plus pauvre et inégal. Au début de la crise, l’Europe a montré une certaine force lorsqu’elle a condamné le coup d’Etat. Mais celle-ci lui a ensuite manqué pour exiger un processus de restauration de la démocratie. Elle a ensuite reconnu sans conditions le nouveau régime, par intérêt commercial et en opposition aux positions de nombreux mouvements sociaux européens et à la majorité des gouvernements d’Amérique latine. L’Union européenne a appelé Porfirio Lobo à signer l’Accord d’association qu’elle souhaite finaliser avec les pays d’Amérique centrale.

Méconnaissant les véritables problèmes d’une Amérique latine qui fait face à la réapparition du néofascisme militaire putschiste, l’Europe a accepté que le gouvernement de Porfirio Lobo résulte d’élections illégitimes conduites par une dictature. Elle n’a rien fait jusqu’à aujourd’hui pour empêcher la violation des droits de l’homme, pour contenir la répression et la persécution des résistants, et encore moins pour résoudre le problème de restauration de l’ordre démocratique.

Les processus sociaux et leurs avancées en Amérique latine et dans les Caraïbes ne pourront pas être freinés par les transnationales du commerce même lorsque ces dernières influencent des gouvernements ou renversent des présidents. Mon message aux droites européennes est donc le suivant : elles doivent commencer à comprendre que la démocratie ne se résume pas seulement à faire du business dans les pays d’Amérique latine. Il s’agit de respecter mutuellement les revendications légitimes de justice de nos peuples, de veiller sur nos institutions et le bien-être des citoyens et citoyennes.

Je dis aux peuples européens et au réseau d’organisations sociales qui nous appuient que nous ne disparaîtrons pas avant d’avoir réussi à restaurer la légalité constitutionnelle et la démocratie dans mon pays.

 

* Entretien réalisé par Christophe Ventura à Saint-Domingue (République Dominicaine) le 13 juillet 2010. Revu par Manuel Zelaya dans sa version finale du 27 juillet 2010.

Source :

Traduction réalisée par Sarah Testard

Notes

[1] Le Parlacen a été créé en 1991. La République dominicaine y est également représentée par le bias de députés de son Assemblée nationale désignés.

[2] Le pays compte près de 7,5 milions d’habitants.

[3] Le Colombie, le Costa Rica, le Guatemala, El Salvador, le Panamá, le Perou, le Mexique et le Chili constituent le club des pays qui ont rétabli les relations commerciales et/ou diplomatiques avec le gouvernement de Tegucigalpa.

[4] Les membres de l’Alliance bolivarienne des peuples d’Amérique (Alba) - Antigua et Barbuda, Bolivie, Cuba, La Dominique, Equateur, Nicaragua, Saint-Vincent et les Grenandines, Venezuela - , ainsi que l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.

[5] Roberto Micheletti a conduit le « gouvernement de facto  » issu du coup d’Etat jusqu’aux « élections » du 28 novembre 2009.

[6] Petrocaribe est un accord passé à partir de 2005 entre le Venezuela et une quinzaine d’Etats de la Caraïbe et de l’Amérique centrale. Aux termes de cet accord, le Venezuela fournit du pétrole à des prix préférentiels, la différence avec le cours mondial faisant l’objet de prêts ou de fourniture de biens et de services en troc.





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